PRESSION BLANCHE


Frustré par la saison blanche du Real, KYLIAN MBAPPÉ a publiquement mis en cause les choix de son coach, ALVARO ARBELOA, à l’issue du match contre Oviedo (2-0) débuté sur le banc. Le symptôme du malaise actuel avec son club et son environnement. 

LA REAL POLÉMIQUE

La sortie médiatique de Kylian Mbappé jeudi contre son entraîneur, Alvaro Arbeloa, et certains de ses détracteurs au sein du vestiaire du Real soulève plusieurs questions qui animeront les prochaines semaines à Madrid.

16 May 2026 - L'Équipe
ANTOINE SIMONNEAU

MADRID – Après la rencontre du Real Madrid jeudi contre Oviedo (2-0), qu’il a débutée sur le banc, Kylian Mbappé s’est présenté en zone mixte et s’en est pris à son entraîneur, Alvaro Arbeloa. Mais aussi, en creux, à certains de ses coéquipiers, évacuant plusieurs mois de frustration liée au départ de Xabi Alonso, en janvier, un entraîneur qu’il appréciait beaucoup, à des erreurs commises par le staff médical et aux résultats décevants de l’équipe. « Je me sens bien, à 100 %, et j’étais prêt à jouer dès la première minute, mais je n’ai pas été titularisé car l’entraîneur m’a dit que j’étais le quatrième attaquant de l’effectif ce ( jeudi) soir, derrière Gonzalo (Garcia), Vinicius et (Franco) Mastantuono » , a notamment déclaré Mbappé.Ci-contre, Kylian Mbappé contre Oviedo jeudi. En bas à gauche, le Français avec son entraîneur, Alvaro Arbeloa, en janvier. En bas à droite, le président du Real, Florentino Pérez.

Va-t-il rejouer cette saison ?

En conférence d’après-match, Arbeloa a répondu à la sortie de Mbappé et a été très clair : « Je décide qui joue ou pas, et peu importe le nom des joueurs. Je me fiche qu’ils soient d’accord avec mes décisions. Si ça ne leur convient pas, qu’ils attendent le prochain entraîneur. » Après les attaques de Mbappé à son encontre, l’entraîneur du Real, qui avait déjà mis le Français de 27 ans sur le banc alors qu’il était « à 100 % » , pourrait être tenté d’éviter de lui donner plus de temps de jeu et de le titulariser à nouveau. Mais pour acheter la paix sociale, l’Espagnol a visiblement l’intention de le fai recontre le Séville FC. « On a un match dimanche (demain, 19 heures) et c’est sûr qu’il sera le premier attaquant » , a-t-il assuré.

Mbappé, lassé par la situation et les turbulences actuelles, pourrait, lui, être tenté de se préserver afin d’éviter une blessure avant la Coupe du monde. Mais il veut jouer. Pour retrouver du rythme et des sensations en vue du Mondial et remporter un second titre de Pichichi d’affilée, alors qu’il est sous la menace de Vedat Muriqi, l’attaquant de Majorque (22 buts contre 24 pour le Français). « Ce qui me blesse le plus, c’est que les gens pensent que je ne voulais pas jouer (quand il était blessé) » , a d’ailleurs déclaré le Bondynois jeudi.

L’aversion des supporters va-t-elle s’accentuer ?

Copieusement sifflé par les supporters madrilènes jeudi soir, Mbappé risque de voir le phénomène se répéter après sa prise de parole. Car elle peut être perçue comme un signe de ce que les fans du Real lui reprochent: faire passer son cas personnel avant l’intérêt collectif. « Les supporters du Real ont toujours détesté les divas » , a écrit le journal Marca dans son édition d’hier.

Les supporters apprécient de voir leurs joueurs se référer à la célèbre phrase de l’ex-président Santiago Bernabeu: « Le maillot du Real peut être taché de boue, de sueur et de sang mais jamais de honte. » Ou à celle de la légende du club, Alfredo Di Stefano, affichée avant d’accéder au terrain: « Aucun joueur n’est aussi bon que quand on est tous ensemble. »

La fracture avec ses coéquipiers va-t-elle s’agrandir ?

« Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui ne parlent pas et je suis obligé de lire la presse pour savoir ce qu’ils pensent. Moi, je préfère parler directement, comme ça c’est plus clair » , a lancé Mbappé à l’encontre de ses détracteurs au sein du vestiaire madrilène. Un discours pas franchement collectif et fédérateur, alors que la majorité de ses coéquipiers lui reprochent une attitude trop individualiste et ont pris le parti de Vinicius, plus rassembleur et apprécié. Même s’il s’entend bien avec le Brésilien, le Français, de plus en plus isolé au sein du vestiaire, risque de l’être davantage après sa sortie.

Un autre entraîneur peut-il améliorer sa situation ?

Remettre de l’ordre et de l’harmonie dans le vestiaire et parvenir à ce que Mbappé soit à nouveau épanoui seront les gros chantiers du prochain entraîneur, après l’intérim d’Arbeloa. LeFrançais aurat-il son mot à dire sur ce choix ? A priori non, car Florentino Pérez, le président du Real, est le seul à décider de qui il nomme sur le banc. « Je ne parle pas avec les joueurs de l’entraîneur » , a-t-il confirmé mercredi lors d’une interview à la Sexta. Et il est hautement probable que Pérez (79 ans) soit réélu à l’occasion d’une élection présidentielle dont il a demandé la tenue pour faire face à la crise traversée par le club.

José Mourinho est actuellement la priorité de Pérez. Fin avril, Mbappé a « liké » une publication Instagram où il apparaissait au côté du Portugais et d’Arda Güler, dans un remake de 2012 quand Mourinho entraînait Cristiano Ronaldo et Mesut Özil au Real. Mais le « Special One », qui a pris la défense hier de « son ami » Arbeloa, goûte très peu les attaquants qui ne pressent pas et ne font pas d’efforts défensifs. Karim Benzema s’en souvient encore.

Son départ est-il envisageable ?

Interrogé jeudi sur l’éventualité d’un départ, Mbappé a été catégorique: « Je suis très heureux à Madrid. Pourquoi voudrais-je partir? » En interne, certains dirigeants pousseraient pourtant pour se séparer, cet été, du Français ou de Vinicius, dont l’association technique ne fonctionne pas. Les deux ont leurs partisans, mais un départ du Bondynois, arrivé il y a seulement deux saisons et sous contrat jusqu’en 2029, semble plus qu’improbable.

Le Brésilien, libre en 2027, n’a, lui, toujours pas prolongé. Mais Pérez, qui a fait de la prolongation de Vinicius une obsession, comme pour celle de Mbappé, la pierre angulaire de son projet sportif, ne compte se séparer ni de l’un ni de l’autre. « Mbappé a mis beaucoup de buts et c’est le meilleur joueur du Real actuellement, même s’il doit améliorer certaines choses », l’a défendu mercredi le président merengue. Pérez devrait prochainement s’entretenir avec le Français, dont l’attitude et le mécontentement de ces derniers mois préoccupent de plus en plus en haut lieu.


***


Kylian Mbappé et Luis Enrique lors de Rennes-PSG (1-3), en octobre 2023.

Avec Luis Enrique, entre révérence et exigence

Pendant leur saison commune au PSG (2023-2024), l’entraîneur espagnol a souvent loué et défendu les qualités de Kylian Mbappé. Sans le ménager pour autant.

16 May 2026 - L'Équipe
JOSÉ BARROSO

Il y a deux manières de considérer les relations entre Luis Enrique et Kylian Mbappé. Les deux hommes ont partagé une saison au PSG (2023-2024) et il est impossible de détacher leur histoire commune du contexte de l’époque : la dernière année de contrat du Bondynois, son annonce à ses dirigeants mi-février 2024 qu’il ne prolongera pas. À partir de là, le technicien a commencé à « préparer l’avenir » et Mbappé est devenu un élément secondaire de la phase retour.

Remplacé à la mi-temps à Monaco (0-0) le 1e r mars puis à l’heure de jeu pour son dernier Classique à Marseille (2-0) le 31 mars, l’intéressé a eu du mal à digérer ce déclassement qui a assombri la fin de son septennat parisien sans qu’il n’abîme complètement ses liens plus profonds avec l’Asturien. En mai 2024, une fois le départ de l’attaquant officialisé, ce dernier disait d’ailleurs : « Je lui mets 10/10 en tant que personne et 10/10 en tant que joueur. »

Ces deux compétiteurs forcenés, animés par la même détermination et la même soif de titres, se sont d’emblée reconnus. Luis Enrique est à peine installé à Paris à l’été 2023 que Nasser alKhelaïfi écarte son attaquant star du groupe pro. Pour avoir envoyé un courrier où il annonce déjà qu’il ne prolongera pas, Mbappé est placé avec les lofteurs. En cette intense pré-saison, l’entraîneur s’engage discrètement en sa faveur, en respectant la décision de son président. Il explique à ce dernier qu’une équipe avec le Français et une équipe sans lui, ce n’est pas pareil. Sous-entendu : les objectifs ne peuvent pas être les mêmes.

Piquer son orgueil pour qu’il défende davantage

Mbappé n’a jamais oublié cette prise de position initiale. Les deux hommes n’étaient pas proches mais ont nourri un respect professionnel réciproque. Conscient de ses qualités hors norme, Luis Enrique s’est adapté au profil de son buteur. Un écart rarissime à sa philosophie collective, comme il le fit au Barça avec Lionel Messi (2014-2017). Dès les premières semaines, après avoir expliqué que tous devront se plier aux efforts de pressing et de repli, il précise que le seul qui pourrait en être dispensé est Mbappé, au nom de ce qu’il apporte par ailleurs. Pour autant, il a bien essayé de changer son numéro 7 sur cet aspect. En novembre 2023, après un triplé du joueur à Reims (3-0), il lance à la presse : « Je ne suis pas très content de Kylian aujourd’hui. Sur les buts, je n’ai aucun reproche à faire. Mais il peut plus aider l’équipe, dans un autre registre. » Une stratégie préméditée.

Confirmation en avril 2024 lors de la fameuse scène diffusée dans le doc de Movistar. Avant le quart retour de C1 contre le Barça (2-3, 4-1), l’Espagnol briefe Mbappé : « J’ai lu que tu aimais Michael Jordan. Michael Jordan attrapait tous ses coéquipiers par les coui… et défendait comme un fils de p… […] Tu es un phénomène, un top joueur mondial, aucun doute. Mais ça ne me suffit pas. Un leader c’est : quand tu ne peux pas nous aider par tes buts, fais-le sur l’aspect défensif. […] En attaquant, je sais que tu es Dieu, il n’y a personne comme toi. Mais le jour où tu n’attaques pas, tu dois être le meilleur de l’histoire en défendant. Ça, c’est un leader. Ça, c’est Michael Jordan. »

L’objectif : piquer son orgueil, le pousser à s’arracher au-delà de son talent, le ramener vers des préceptes collectifs en titillant son ego. Luis Enrique a toujours pensé qu’il pouvait faire progresser son joueur et il n’est pas le seul à avoir tiré sur cette corde avec le Bondynois. À l’automne 2019, avant un grand rendez-vous européen, Thomas Tuchel avait présenté à ses joueurs une série de stats des attaquants du continent. Offensivement, Mbappé figurait en première place devant Messi, alors au Barça. Mais défensivement, le champion du monde 2018 se situait au… dernier rang des ballons interceptés. Un briefing provocateur qui visait à faire réagir le Français, ce qui eut son petit effet à l’époque. Álvaro Arbeloa n’a rien inventé.

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