VINGEGAARD La première flèche


Jonas Vingegaard s’est détaché à 5,5 km de l’arrivée pour remporter, 
au sommet du Blockhaus, sa première victoire sur le Giro.

Sous un vent tempétueux, le leader des Visma-Lease a bike a signé hier son premier succès sur le Giro, au Blockhaus, sans écraser totalement la concurrence. 
Deuxième de l’étape, Felix Gall n’a concédé que 13 secondes.

«Je suis simplement heureux de gagner une étape ici, 
au Blockhaus, qui est une montée spéciale en Italie»
   - JONAS VINGEGAARD

«Ça a été une erreur de suivre Vingegaard»
   - GIULIO 'PEL'LIZZARI

16 May 2026
L'Équipe - JULIEN CHESNAIS

BLOCKHAUS (ITA) – Entre deux rincées givrantes, la fumée qui émanait des grillades de brochettes de mouton, les fameux arrosticini, s’élevait à l’horizontale, hier, aux abords de la ligne d’arrivée ouverte aux quatre vents. Le service météorologique italien avait placé les Abruzzes en vigilance modérée, mais les rafales soufflaient plutôt en tempête, là-haut, sur les flancs de ce Monte Blockhaus (2143 m) peuplé de pâturages verts, de caillasses grisâtres, de tire-fesses à l’arrêt, et sur lequel trônait encore une épaisse couche de neige. En attendant les coureurs du Giro, les cyclos avaient trouvé refuge dans l’Albergo Mamma Rosa, en contrebas de la ligne perchée à 1 665 mètres.

On s’y changeait de partout, dans les couloirs, les escaliers, avant de se poser, blonde en main, devant la télé branchée sur la RAI. Dehors, les voitures garées subissaient la houle, commedes rafiots piégés en haute mer, lorsque apparut enfin la silhouette de Jonas Vingegaard, la grande voile jaune et noir levée. Le Danois a traversé cette septième étape sans la moindre avarie pour frapper le premier grand coup sur ce Tour d’Italie. Cette montée du Blockhaus, longue de 13,6 km à 8,4 %, constituait la première arrivée au sommet, le premier test pour les prétendants à la victoire finale. Et le leader de Visma-Lease a bike l’a dominée haut la main. Sans la moindre surprise. « Dès que j’ai vu le parcours du Giro, j’avais hâte d’être à ce jour, confiait-il après l’arrivée. Au final, c’était un bon jour pour gagner. »

Comme Eddy Merckx en 1967, il aura donc glané sa première victoire sur le Giro au Blockhaus, une comparaison qui le fit sourire en conférence de presse, sans vraiment l’inspirer : « Je suis simplement heureux de gagner une étape ici, au Blockhaus, qui est une montée spéciale en Italie. » Cette nouvelle case cochée lui permet de devenir le 115e vainqueur d’étape sur les trois grands Tours, « quelque chose de spécial » , assure-t-il. Mais l’essentiel était pour lui ailleurs, bien sûr. Il voulait taper du poing sur la table. Et il l’aura donc fait dès sa première occasion.

Ce n’était pas sa première attaque sur le Giro. Il avait allumé une mèche dès la deuxième étape, en Bulgarie, sur les routes glissantes du Grand Balkan. Giulio Pellizzari l’avait suivi, et les deux hommes s’étaient neutralisés ensuite sur les hauteurs de Veliko Tarnovo. Cette fois encore, le jeune Italien a pu accompagner le double vainqueur du Tour lorsque celui-ci a placé son démarrage à 5,5 km du sommet, juste avant le passage le plus raide (14 %).

Mais le duel que toute l’Italie espérait voir s’installer n’aura pas duré bien longtemps. Pellizzari a coincé un kilomètre plus loin, et avec fracas. Déposé par Felix Gall, il fut même repris par son coéquipier Jai Hindley, le vainqueur sortant au Blockhaus (2022), sur qui il concéda trois secondes sur la ligne. «Ça a été une erreur de suivre Vingegaard », reconnaissait le grimpeur de 22 ans, qui promet de « retenir la leçon » . Les deux leaders de Red Bull-BORA-hansgrohe ont terminé à plus d’une minute en prenant les 3e et 4e places.

Felix Gall est donc celui qui a le mieux résisté. Et de loin. L’Autrichien s’est montré bluffant en ne concédant que 13 secondes à Vingegaard. « Au début, j’étais frustré de n’avoir pas pu suivre Jonas et Giulio, expliquait le leader de Decathlon-CMA CGM, 5e du dernier Tour de France. Mais finalement, c’était une bonne chose, car j’ai pu me mettre à mon propre rythme. »

Eulalio toujours en rose

Les deux hommes ont fait à peu près jeu égal lors des quatre derniers kilomètres, ce qui peut dresser un espoir pour les rivaux de Vingegaard, pas si intouchable que ça, et préserve l’intérêt de la suite de ce Giro. « Je ne suis pas surpris de l’avoir vu finir si près, car il peut pousser beaucoup de watts, assurait le Danois. Felix est très fort, il l’a déjà montré plein de fois, et pas seulement cette saison. »

Au classement général, avec 17 secondes de retard, Gall demeure le seul à moins d’une minute de l’immense favori de l’épreuve. La hiérarchie se dessine mais Vingegaard ne la domine pas encore entièrement.

En rose depuis l’étape folle de Potenza, Afonso Eulalio (BahrainVictorious) demeure le leader de ce Giro. Le Portugais, 15e au Blockhaus, compte encore 3’17’’ de marge sur Vingegaard. Il peut espérer garder sa tunique jusqu’au deuxième jour de repos, lundi. Avant, probablement, de le céder lors du chrono de Massa (42 km), mardi, prochain rendezvous ciblé par Vingegaard.

***


Épatant, Rondel

Alors qu’il espérait un top 10 pour « bien démarrer en montagne », le jeune Francais de Tudor (22 ans), a 
fait bien mieux en se classant 6e à 1’29’’ de Vingegaard.

«Si j’ai ces sensations-là sur les prochaines montées, 
je ferai l’effort directement et je sais que j’arriverai à tenir jusqu’en haut»
   - MATHYS RONDEL

16 May 2026 L'Équipe
J. C.

Mercredi, sur la route de Potenza, Mathys Rondel s’était encastré de plein fouet dans la voiture d’UAE Emirates-XRG. La vitre arrière était brisée. Mais le Manceau, lui, carrosserie intacte, avait « déjà oublié une minute après ». Hier, il gardait de cet accident « plus impressionnant à la caméra qu’à vivre » des douleurs persistantes « aux épaules et aux bras ». Le timing ne lui semblait pas idéal en vue de la première étape de montagne de ce Giro : « Car c’est souvent deux jours après que c’est le pire. » Finalement, le Français de 22 ans a connu le meilleur, à l’échelle d’un néophyte en grand Tour, en se classant 6 de la première grande explication entre grimpeurs. Sitôt la ligne franchie, après avoir enfilé sa veste noire, il ne sautait pourtant pas de joie alors qu’un spectateur, de l’autre côté de la barrière, glissait sur un névé en tentant d’approcher. « Ce n’est pas trop mal, lâchait le Pyrénéen d’adoption. J’ai fait une belle montée, c’était assez dur, assez venteux. Mais je pense que j’aurais pu faire un poil mieux.

Lorsque Jonas Vingegaard a placé son attaque, à 5,5 km du sommet, il demeurait au contact, fermant la marche de ce premier groupe de dix. Ensuite, il juge avoir fait « une petite erreur en n’allant pas jumper » sur deux coureurs situés devant lui avant « d’essayer de rattraper le coup en faisant un écart avec le petit groupe dans lequel j’étais. » Ce qu’il a réussi, avec l’aval de Michael Storer, l’autre leader de Tudor, sur qui repose, en principe, les principales ambitions de la formation suisse. « Si j’ai ces sensations-là sur les prochaines montées, je ferai l’effort directement et je sais que j’arriverai à tenir jusqu’en haut », annonce Rondel, qui convenait finalement que le résultat du jour « est un peu mieux que ce qu’( il) espérait » . En finissant 6e, à 1’29’’ de Vingegaard et 27’’ de Hindley, il avait largement atteint son objectif « d’être au moins dans les dix ». « C’est de bon augure », résumait-il avant de redescendre vers son bus, situé 5 kilomètres plus bas, muni d’un sifflet blanc.

Commenti

Post popolari in questo blog

I 100 cattivi del calcio

Echoes' Cycling Biography #4: Jean-Pierre Monseré

SKIP DILLARD`S STORY: COCAINE, CRIME, PRISON, HOPE