Victor Wembanyama UNE FRUSTRATION EXCUSABLE ?
Après un long recours à la vidéo, Victor Wembanyama a écopé d’une
faute flagrante de type 2 après son coup de coude dans le cou de Naz Reid.
WEMBANYAMA SERABIENLÀ
Exclu à Minneapolis après un coup de coude lors du match 4, le Français n’a pas été suspendu par la NBA.
“Je suis content que Victor ait pris les choses en main (…)
Il va devoir se protéger lui-même si personne ne le fait pour lui"
- MITCH JOHNSON, COACH 'DE SAN ANTONIO
12 May 2026 - L'Équipe
MAXIME AUBIN
MINNEAPOLIS (USA) – « Qu’est-ce que ça veut dire ? Je suis expulsé ? » Assis sur le banc, son coéquipier Harrison Barnes à ses côtés, l’oeil rivé sur l’écran géant du Target Center, Victor Wembanyama n’a d’abord pas semblé comprendre la sentence prononcée par l’arbitre au micro de la salle : « Une faute flagrante de type 2 », confirmée après un ralenti vidéo accablant. Secoué par la défense des Wolves en début du match, la nuit dernière à Minneapolis, l’intérieur français a rapidement perdu ses nerfs alors qu’il restait plus de huit minutes à jouer dans le deuxième quart-temps.
Après avoir récupéré le rebond offensif devant Jaden McDaniels et Naz Reid, l’intérieur français, pris à deux par ses adversaires et le bras retenu par McDaniels, a essayé de protéger son ballon avant d’asséner un violent coup de coude au menton de Reid en se retournant. Assez pour l’envoyer au tapis et provoquer un attroupement.
Un geste qualifié d’inutile et excessif
Cette toute première expulsion de sa carrière, la plus rapide pour un joueur au statut de All-Star dans un match de play-offs, « Wemby » l’a acceptée sans broncher. On l’a ensuite vu frapper dans les mains de chacun de ses coéquipiers pendant cette interruption du jeu, puis les applaudir pour les motiver, avant de marcher seul en direction du tunnel qui menait à son vestiaire, sans s’attarder sur les fans des Wolves qui le conspuaient et l’insultaient dans les gradins autour.
Si le géant français (2,24 m) a été sanctionné d’une faute flagrante de type 2, c’est parce que les arbitres ont estimé à juste titre que son contact du coude était à la fois inutile et excessif, entraînant une expulsion immédiate, alors qu’une flagrante de type 1 sanctionne un contact inutile mais sans intention malveillante avérée.
Sa sortie rapide a forcément plombé son équipe, lui qui avait porté les siens deux jours plus tôt dans le match 3 (39 points, victoire 115-108). Les Spurs, habitués à jouer sans leur pièce maîtresse en saison régulière (il a manqué 17 matches sur blessure), ont cependant fait mieux que résister sans lui, parvenant mêmeà prendre une avance de 8 points à l’approche de la fin du troisième quart-temps (80-72), avant de finalement déposer les armes dans les dernières minutes.
Ce fait de match et cette défaite, les coéquipiers de Wembanyama ne lui en ont pas tenu rigueur après la rencontre. Même si la plupart d’entre eux avaient du mal à défendre son geste. « Je comprends la frustration. Pour lui, c’était sans doute : '' J’essaie juste de me protéger parce que personne ne le fait pour moi'', a commenté le rookie Dylan Harper, meilleur marqueur de San Antonio à égalité avec De’Aaron Fox (24 points chacun). Il sait maintenant qu’il ne faut plus faire ça. On est là pour lui, et je pense qu’il va apprendre de ça. » « J’étais à côté, j’ai tout vu, a enchaîné le meneur Stephon Castle. On lui tenait les bras, et je pense que c’était une réaction naturelle que d’essayer d’écarter le ballon du défenseur. Il l’a quand même touché. Mais je comprends les deux côtés. »
« La douleur, c’est la faiblesse qui quitte le corps » (Pain is weakness leaving the body), s’est quant à lui contenté de répondre le principal concerné, l’ailier-fort des Timberwolves Naz Reid, citant cette expression américaine viriliste, après la victoire des siens.
Un casier rapidement vidé
À la mi-temps, alors que les Spurs comptaient 4 points de retard (60-56), Wembanyama avait pris la parole dans le vestiaire, encourageant les siens à « garder la même mentalité et continuer à attaquer, attaquer, attaquer » , selon Harper.
Un peu plus de trente minutes après le match, en revanche, alors que la franchise des Spurs daignait enfin rouvrir le vestiaire à la presse pour les interviews des joueurs (la NBA impose une ouverture 20 minutes après le buzzer), le Français avait déjà disparu, son casier déjà entièrement vidé.
S’il n’a donc pas pu ou voulu s’expliquer sur son geste, son entraîneur Mitch Johnson l’a fait pour lui, le défendant bec et ongles avec une longue tirade en forme de coup de pression sur le corps arbitral. « Je suis content que Victor ait pris les choses en main. Pas dans le sens où je voulais qu’il mette un coup de coude à Naz Reid, je tiens à être clair là-dessus, je suis rassuré que le joueur aille bien. Mais il va devoir se protéger luimême si personne ne le fait pour lui. Le défi physique que les adversaires essaient de lui imposer depuis ses débuts dans la Ligue, combiné au manque de protection de la part des arbitres, c’est vraiment décevant. Ça commence à devenir même franchement écoeurant ».
Désormais revenus à égalité en demi-finales de la Conférence Ouest (2-2), les Wolves de l’intérieur français Rudy Gobert (11points, 13 rebonds) se déplaceront à San Antonio regonflés à bloc dans la nuit de mardi à mercredi (match à 2 heures du matin en France), avec toutefois la certitude que Wembanyama ne sera pas suspendu pour ce match 5 si important.
Le geste était suffisamment violent pour laisser penser à une suspension possible, mais la NBA a estimé que le Francilien avait déjà payé sa dette en manquant la majeure partie du match 4 perdu par les siens.
Wembanyama, lui, a sans doute déjà retenu la leçon, prêt à montrer un bien meilleur visage devant son public, la nuit prochaine.
***
Wembanyama est-il mal arbitré ?
Après l’expulsion du Français, l’entraîneur des Spurs Mitch Johnson s’est plaint que le joueur n’était pas assez protégé par les arbitres. Mais peut-être ne sait-il pas encore assez les influencer.
12 May 2026 - L'Équipe
XAVIER COLOMBANI (avec B. M.)
Pendant une fraction de seconde, le temps d’un coup de coude circulaire ayant atteint le visage de Naz Reid, Victor Wembanyama s’est transformé en « Prince des ténèbres », le surnom de Bill Laimbeer. Avec à la clé une expulsion. Mais à écouter l’entraîneur des Spurs, Mitch Johnson, les Bad Boys sont plutôt à chercher chez les Timberwolves : « Il n’aurait pas dû donner ce coup mais avec la violence dont font preuve ses adversaires à son égard, à un moment il faut savoir se défendre. »
Cette polémique a remis sur le devant de la scène le débat sur la façon dont est arbitré Wembanyama. Le traitement que lui réservent ses adversaires serait « révoltant » et il devrait « être protégé » , estime Johnson, c’est-àdire bénéficier d’un arbitrage différencié, une individualisation contestable en soi. Cette demande rappelle que l’arbitrage comprend une part de subjectivité. Le « protéger » équivaudrait à reconnaître une suspicion de bonne foi due à sa supériorité technique. Un biais appelé le « superstar whistle (coup de sifflet) ». Si un joueur d’un tel niveau rate une action, c’est qu’il a forcément dû être gêné et cela pousserait instinctivement à siffler.
Aujourd’hui, l’incarnation du « superstar whistle » est Shai Gilgeous-Alexander, au point que le Canadien est souvent vu comme surprotégé. De fait, le MVP en titre est le joueur qui obtient le plus de lancers francs à la minute dans ces play-offs (0,283/min). Bien plus que Wembanyama (0,186/min).
Trouverait-on là la trace d’un traitement arbitral objectivement défavorable au Français ? Pas si simple, car cela découle en partie du fait que « SGA » joue plus de ballons avec un usage rate (les actions où un joueur prend un tir, délivre une passe décisive ou perd le ballon) plus élevé (31,3 % des actions du Thunder) que celui du Français (26,3 % des Spurs).
L’importance de la gestuelle
Trouver la preuve irréfutable d’un prétendu irrespect des arbitres envers le Français est une quête du Graal. Certes, il tire moins de lancers en play-offs qu’en saison régulière (- 23 % à temps de jeu égal), mais cela épouse là encore le fait d’être moins sollicité (-19 % d’usage rate). On peut même trouver en fouillant la dynamique inverse : le pourcentage des tirs sur lesquels il obtient une faute a augmenté entre la saison régulière (14,8 %) et les play-offs (15,5 %).
Reste que s’il touche moins le ballon en attaque, c’est parce que Minnesota fait tout pour qu’il soit servi moins souvent et moins bien. Une défense âpre qu’il faut replacer dans le contexte d’un duel où les deux équipes jouent des muscles, avec une star adverse, Anthony Edwards, qui a aussi droit à un traitement de faveur, pas toujours réglementaire. Face à «Wemby», les Wolves multiplient les poussettes et entrées dans son périmètre. Ces gestes mériteraient plus de sanctions, même si cela relancerait le débat «peut-on encore défendre en NBA ? » et qu’on revient là sur du subjectif, le fait d’entrer dans le cerveau des arbitres.
Ce combat pour éviter ce qui lui « semble injuste parfois » est mené depuis de longs mois. Dès janvier 2025, le pivot estimait que les arbitres ne sanctionnaient pas assez les contacts sur lui : « C’est difficile de faire changer les choses. Il y a des choses que je peux faire, comme m’expliquer et parler davantage aux arbitres… Mais ce n’est pas quelque chose que je devrais essayer d’influencer. Je joue au basket, je ne suis pas là pour faire de la politique. »
Parler n’est pas la seule solution. Il existe toute une gestuelle, dans le déplacement des bras ou la façon de rebondir sur les impacts, qui influence les interprétations, accentue les contacts et induit les coups de sifflet. Une attitude maîtrisée à la perfection par « SGA ». « Parfois tomber n’est pas une mauvaise chose », estimait la star des Spurs en février. Néanmoins, ce jeu de basket autant que d’acteur n’est pas la nature première de Wembanyama.
Avec son physique hors norme, le géant renouvelle les codes, y compris pour les arbitres. Ces derniers doivent trouver où placer le curseur de la justesse et si cela est si compliqué en défense, comme l’a montré le récent débat sur l’aspect illicite de certains de ses 12 contres du match 1, ça l’est aussi en attaque, où son amplitude autant que sa créativité sont visuellement perturbantes.
Son profil atypique devrait en faire le candidat idéal aux fautes sifflées mais il le dessert presque. Car comme David Stern, l’ancien patron de la NBA, l’avait répondu à Shaquille O’Neal, l’ex star des LA Lakers au physique atypique dans un autre genre (2,16 m, 147 kg), quand celui-ci se plaignait de ne pas avoir assez de coups de sifflet : « Si on sifflait chaque faute que tu subis, le match durerait quatre heures. » Victor Wembanyama, lui, voudrait juste quelques minutes de plus.
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