BOUADDI - EL-AYNAOUI Duo en Nord massif
Les deux Marocains entretiennent un rapport profond avec Lille et Lens, deux clubs fiers de leur réussite.
«C’est un joueur différent, c’est Kylian (Mbappé), (Paul) Seixas,
(Victor) Wembanyama, c’est de la même veine»
- OLIVIER LÉTANG D'ELILLE, PRÉSIDENT
AU SUJET D’AYYOUB BOUADDI
19 Jun 2026 - L'Équipe
HERVÉ PENOT
BOSTON – On peut être un pays méditerranéen et s’appuyer sur des hommes passés ou formés dans le Nord. Aux États-Unis, le Maroc a donné les clés de son milieu à Neil el-Aynaoui, 25 ans, Lensois pendant deux ans (2023-2025), et Ayyoub Bouaddi, tout juste la majorité, pur produit de l’école lilloise. Leur performance a rendu fiers des clubs très attachés à leur histoire, à leurs racines.
Tous les observateurs ont vanté les mérites du gamin de 18 ans pour un baptême mondial (1-1 face au Brésil samedi dernier) mais il ne faut pas oublier l’impact du Romain, impressionnant depuis qu’il s’est installé chez les Lions de l’Atlas et peutêtre le meilleur Marocain de la dernière CAN. « Ça fait plaisir, note Adrien Thomasson, son ancien équipier à Lens, mais c’est logique. Il est arrivé en cinquième milieu chez nous et il est passé numéro 1. Je peux dire que j’ai de la chance d’avoir joué avec lui. »
C’est ce que devraient dire, un jour peut-être, les Lillois qui ont côtoyé Bouaddi au LOSC tant son avenir s’écrit en lettres d’or. Depuis gamin, il est (et s’est) programmé pour réussir. « Il va devenir l’un des meilleurs milieux de terrain du monde, assure Olivier Létang, son président très proche de lui et de la famille. On le connaît depuis très longtemps. Il y a trois ans, il était remplaçant en réserve, j’ai demandé pourquoi. On m’a répondu à cause de son âge. Mais je m’en moquais, il a le talent, donc il joue. J’ai demandé dès le mois de septembre à Paulo (Fonseca) de le mettre dans le groupe. Ensuite, il l’a fait jouer à 15 ans et 10 mois. » Dans les deux clubs, personne n’est étonné de leur association de bienfaiteurs, de leur capacité à répondre à cet événement planétaire sans trembler. « Neil a voulu tout de suite comprendre, apprendre, c’était impressionnant » , note Jean-Louis Leca, l’ex-gardien sang et or devenu directeur sportif. Létang, enthousiaste: « Je suis surpris que beaucoup s’émerveillent de sa performance contre le Brésil. Ayyoub a joué toutes les Coupes d’Europe et la Coupe du monde à seulement 18 ans. Ce n’est donc pas une découverte. Le monde le connaît depuis le 2 octobre 2024, où il prend le Real le jour de ses 17 ans. » Et sort une master class équivalente face à la Maison blanche de… Carlo Ancelotti, déjà.
Bouaddi présentait toutefois un profil de crack, moins El-Aynaoui. Mais des personnalités assez similaires dans leur approche des événements, leur rapport aux autres. « Ayyoub est unique dans son genre, ne râle jamais, écoute », avait dit un jour son coéquipier lillois Thomas Meunier. Thomasson livre un sentiment identique: « Audelà du joueur, c’est une top personne. Il est arrivé sur la pointe des pieds de Nancy mais il avait un respect pour tout le monde. Et en dépit de sa timidité, il avait une vraie personnalité sur et en dehors du terrain, ça m’a marqué. » Comme Bouaddi marque ses partenaires par sa maturité.
Létang passe d’ailleurs de longs moments à discuter avec lui de thèmes divers qui peuvent embrasser la religion, le management, la vie en général. « Lui, c’est un joueur différent, c’est Kylian (Mbappé), (Paul) Seixas, (Victor) Wembanyama, c’est de la même veine. Il a le talent et la personnalité. Il est d’une intelligence hors du commun. Mais il faut garder les pieds sur terre. Et il a la capacité de faire plus et mieux. »
La doublette donne raison à Fouzi Lekjaa, le président de la Fédération marocaine qui s’est largement impliqué pour séduire ces talents et leur offrir les meilleures conditions d’accueil. « Je ne fixe aucune limite à Neil, anticipe Thomasson. Pour moi, il pourra aller dans les plus grands clubs. » Ce qui sera peut-être le cas de Bouaddi dès l’année prochaine. En attendant, ils seront scrutés pour leur deuxième test majeur face à l’Écosse.

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