Retour sous les projecteurs
Le champion du monde du 110 m haies (2025),
Cordell Tinch, sera présent au Meeting de Doha.
Avec le meeting de Doha en Ligue de diamant, le Qatar accueille aujourd’hui la première compétition internationale majeure depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Un test pour l’émirat, qui cherche à rassurer les acteurs du sport et à retrouver sa place dans le calendrier mondial.
"C’est sur cet aspect de la sécurité que les pays du Golfe
vont devoir rassurer les acteurs du sport"
- RAPHAËL LE MAGOARIEC, DOCTEUR EN GÉOPOLITIQUE
19 Jun 2026 - L'Équipe
ÉLOI THOUAULT
Il y a trois ans et demi, le Qatar vivait son heure de gloire. Une Coupe du monde de football au milieu du désert, des supporters venus de partout, et cette sensation d’être devenu, l’espace d’un mois, le centre du monde. Depuis une quinzaine d’années, Doha et ses voisins du Golfe utilisent les grandes compétitions sportives commeun moyen d’exister, de séduire et parfois de faire oublier les critiques récurrentes sur les droits humains.
Mais depuis le printemps, le calendrier s’est comme mis en pause dans la région. Le Golfe s’est tenu à distance des grands rendez-vous sportifs, rattrapé par les tensions liées à la guerre au Moyen-Orient.
Initialement prévu le 8 mai en ouverture de la Ligue de diamant, le meeting de Doha avait été repoussé dans un contexte devenu trop instable. Les frappes étatsuniennes et israéliennes contre l’Iran avaient entraîné des représailles de Téhéran et ravivé les craintes dans toute la région. Dans la foulée, plusieurs rendezvous majeurs du sport mondial avaient été impactés: les Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite en Formule 1 ont été annulés, le MotoGP du Qatar a été décalé au 8 novembre, les 1 812 km du Qatar en WEC reportés du 22 au 24 octobre, tandis que la Finalissima entre l’Argentine et l’Espagne a également été annulée.
L’accord signé entre les ÉtatsUnis et l’Iran mercredi soir, mettant fin aux hostilités, devrait rétablir la stabilité dans la région. Ce meeting de Doha (à suivre en direct sur L’Équipe live à partir de 19 heures) ressemble presque à un retour à la normale. Une sorte de premier test sur la capacité du pays à organiser une grande compétition internationale. « Même si son coeur gazier a été frappé par les Iraniens durant la guerre, le Qatar a construit un système d’interdépendance qui lui permet aujourd’hui de se passer un temps de l’organisation d’événements sur son territoire, explique Raphaël Le Magoariec, docteur en géopolitique spécialiste des pays du Golfe. Avec ce meeting, l’émirat relance donc sa stratégie, dans un contexte où la sécurité semble revenue dans la région, ou du moins il y a une forme d’accalmie. Et cette accalmie suffit, pour l’instant, à replacer le Qatar sur la carte du sport mondial comme un prétendant. »
L’émirat, plutôt proche du régime iranien, contrairement à son voisin saoudien, n’a récemment connu aucune frappe sur son sol. Suffisant pour rassurer les athlètes et les fédérations internationales à revenir au Qatar ? C’est sans doute tout l’enjeu des prochains mois pour ce pays du Golfe : comment redonner confiance aux acteurs du sport. Et, pour cela, l’argent devrait de nouveau se retrouver sur la table.
« C’est sur cet aspect de la sécurité que les pays de la région vont devoir rassurer les acteurs du sport, assure Raphaël Le Magoariec. Et ils vont sans doute devoir maintenir des dotations très élevées pour rester compétitifs et continuer à attirer les grands événements, comme l’a fait auparavant l’Arabie saoudite, qui a dû se montrer plus attractive que ses voisins. C’est une hypothèse mais il y aura peut-être aussi une surenchère du prize-money pour attirer les sportifs. »
Avec un plateau solide, le meeting semble pour l’instant tenir ses promesses. Et c’est peut-être déjà une petite victoire. Le champion du monde du 110 m haies, Cordell Tinch, sera sur la ligne de départ, le Grec Emmanouil Karalis, deuxième performeur mondial de l’histoire à la perche, sera de la partie, tout comme le retour attendu du double champion olympique du 3 000 m steeple, Soufiane el-Bakkali.
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