Acharné comme Grégoire
Dans une échappée à six,
Romain Grégoire a été le plus fort, hier.
Le jour de Grégoire
Vainqueur, comme l’an passé, d’une étape du Tour de Suisse, le puncheur a assumé une nouvelle fois son statut de leader de Groupama-FDJ United hier.
«J’ai abordé l’étape comme une course d’un jour,
sans penser à la veille»
- ROMAIN GRÉGOIRE
«C’est un mec d’une lucidité et d’une honnêteté incroyables»
- YVON CAËR, DIRECTEUR SPORTIF
DE GROUPAMA-FDJ UNITED
19 Jun 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
LOCARNO (SUI) – Les plans du matin – aller piquer une tête dans le sublime lac Majeur – ont été revus et hier soir, en rentrant à son hôtel, Romain Grégoire n’était plus vraiment sûr de pouvoir sortir son slip de bain: « J’ai perdu 1h30 dans le bazar mais j’ai peut-être encore le temps d’aller faire un petit plouf. »Dans une échappée à six, Romain Grégoire a été le plus fort, hier.
Le « bazar », sa deuxième victoire sur le Tour de Suisse après celle de l’an passé, il a bien voulu le mettre tout au long de la journée d’hier où il est parti après trois kilomètres avant de se faire rouler dessus par le bulldozer UAE, ce qui l’a moyennement fait rire. Mais il a ensuite remis ça avec un groupe de 14 coursiers dont son équipier Ewen Costiou mais aussi Julian Alaphilippe, Afonso Eulálio, Fred Wright, Bart Lemen, Filippo Zana…
Du beau monde mais là encore, le coureur de GroupamaFDJ United n’était pas certain de lever les bras: « Je me suis dit que cela n’allait pas être pour moi car je n’étais pas dans une grande journée. Sur le plat, j’avais mal aux jambes, qu’est-ce que cela allait être dans les bosses! Je pète à environ 300 mètres du sommet mais je sais que j’ai l’opportunité de me refaire derrière.»
« Dans la petite cuvette, j’ai tout lâché, poursuit-il, j’ai mis un gros sprint pour reboucher ces cinq secondes. Je suis allé chercher loin mentalement, j’ai dû me battre pour rentrer. Dans les cinq derniers kilomètres, j’avais des crampes de partout, c’était dur de pédaler mais c’est la tête qui guide le truc. » « Quand il a son steak dans la bouche, il ne le lâche pas, sourit Costiou. Dans la dernière bosse, je n’étais pas très loin derrière lui et je voyais qu’il pétouillait mais il sait se transcender. Je savais qu’il allait tout donner pour gagner. » Car le Bisontin de 23 ans est un chewing-gum ou « un chien » selon Yvon Caër, son directeur sportif, qui l’a accueilli avec une bonne bourrade dans le dos. « À un moment, dans le final, il est débordé mais il se bat pour virer en tête (dans le virage) et là, c’était gagné, jubilait le dirigeant breton. Sur un sprint long, on connaît sa qualité, il faut être fort pour aller le chercher car c’est un gagneur. Hier (mercredi), on est passé au travers et ce (jeudi) matin, il a fait reset. »
Avant, même : « J’étais vraiment déçu sur le coup (il a terminé 37e à 13’ 22), j’avais fait 70 bornes de gruppetto, j’avais donc eu le temps d’y penser (sourire). Pendant la course, j’avais déjà switché, j’économisais mes efforts dans le groupe pour garder de l’énergie. Et j’ai abordé l’étape d’aujourd’hui (hier) comme une course d’un jour, sans penser à la veille. »
À l’arrivée, sous la tente de contrôle antidopage, son regard partait dans le vide, sonné par son effort (« Je finis dans un sale état, j’ai géré comme j’ai pu » ), le visage scarifié par les sangles de son casque. Deux heures après, il portait encore les stigmates de la douleur, les joues encore en surchauffe mais le sourire épanoui du leader qui a rempli sa mission, vainqueur de sa deuxième course de la saison après la Faun Drôme Classic en mars.
« C’est arrivé plusieurs fois dans ma carrière d’avoir des jours où je ne suis pas très bien et de rebondir le lendemain, rembobine-t-il. Je n’ai jamais plongé, c’est une question peut-être de fierté, d’ego mal ou plutôt bien placé. J’ai envie de prouver que je suis un bon coureur, capable de bonnes choses, de montrer qui je suis réellement. Et vis-à-vis de mes équipiers, je suis un des leaders, je ne peux pas me permettre de ne pas avoir de résultats de la semaine quand l’équipe tourne autour de moi.»
Compagnon de virée, Ewen Costiou s’est ainsi mis à la planche pour lui, sans chouiner: « Je n’ai aucun mal à me sacrifier pour Romain. C’est le leader le plus calme, le plus posé que j’ai connu, très sûr de lui mais sans faire de bruit. Il est dégoûté quand il fait 2, quand il foire sa course. C’est un des plus gros gagneurs que j’ai côtoyé. » Les parties de cartes au sein de la famille Grégoire sont, paraît-il, assez épiques, ce qui ne sur prend pas Caër: « Il a son caractère, sinon cela ne se termine pas comme ça aujourd’hui (hier). C’est un mec d’une lucidité et d’une honnêteté incroyables, capable de s’excuser quand il a merdé et d’assumer pour dire quand il a les meilleures qualités pour gagner. Dès qu’il est là, le groupe est transcendé. »
L’attachement est réciproque et, à trente kilomètres, venu pour se ravitailler, il a pris feu en apprenant la victoire sur la Route d’Occitanie de son copain Thibaud Gruel. « Il m’a dit : “Putain, c’est génial”, rit son directeur sportif. Romain aime vraiment l’équipe. » Il y a quinze jours, il a prolongé avec la formation française jusqu’en 2028, non sans ambition.
Auteur d’une campagne ardennaise solide, il n’a pas prévu d’attendre pour « remettre le couvert » selon l’expression de Costiou. Peut-être pas cette semaine mais dans dix jours sur les Championnats de France, où il rêve d’endosser le maillot tricolore, ou sur le Tour en juillet, il faudra compter sur le bouledogue de Besançon : « L’image me plaît plutôt bien. »
***
Pogačar, « bouleversé » après la chute d’Urška Žigart
19 Jun 2026 - L'Équipe
Yohann Hautbois, à Locarno
Si Urška Žigart a arrêté de regarder son compagnon Tadej Pogačar dévaler les descentes, elle n’est pas à l’abri non plus de se prendre « une sacrée gamelle » comme le note Mauro Gianetti, manager général d’UAE Emirates-XRG. Car la coureuse slovène, sous la flamme rouge de la 2e étape du Tour de Suisse féminin, a pris hier un bourrelet à l’amorce d’une rue qui l’a envoyé tête la première sur le bitume brûlant de Locarno.
Très rapidement évacuée vers l’hôpital le plus proche, à quelques centaines de mètres de l’arrivée, elle souffre d’une fracture de la mâchoire. Au moment de la chute, Pogačar n’était pas encore parti pour la 2e étape de la course des hommes et s’il n’a pas assisté à la scène en direct (non-diffusée à la télévision mais plus tard sur les réseaux), il a rapidement été mis au courant de la situation : « Ce n’était pas facile pour lui, il n’avait pas l’esprit à la course, a reconnu Gianetti. J’ai pu le rassurer, c’est un professionnel et à la fin, il a essayé de faire au mieux. Normalement, il fait abstraction des à-côtés mais logiquement, quand il s’agit de sa copine, c’est différent. Il était bouleversé avant le départ, il n’était pas comme d’habitude. »
Logiquement, il a décliné ses obligations médiatiques au départ puis à l’arrivée pour se rendre le plus rapidement possible au chevet de la coureuse de AG Insurance - Soudal. Par le biais de sa formation, celui qui a terminé 8e de l’étape et reste en tête du général a juste évoqué « une journée très difficile avec une super échappée devant. Le plan était de jouer Jhonny (Jhonatan Narváez) ou moi dans le final, on a essayé aussi avec Brandon (McNulty), on avait plusieurs options mais l’échappée était tellement forte. Chapeau à Romain Grégoire pour sa victoire. »
Commenti
Posta un commento