OLIVIER ROUYER « En Argentine en Concorde »
Olivier Rouyer en conduite de balle sous son
maillot rayé vert et blanc contre la Hongrie en 1978.
L’ancien attaquant, qui a participé à la Coupe du monde 1978, revient notamment sur l’épisode des maillots rayés vert et blanc, contre la Hongrie, et son départ dans le cockpit du Concorde.
“On nous demande d’ouvrir nos survêts. Et merde ! Maillot blanc. On voit nos adversaires : en blanc aussi '' Le moment le plus surprenant ?
19 Jun 2026 - L'Équipe
DAMIEN DEGORRE
Quel fut le souvenir le plus marquant, hors terrain, de votre Coupe du monde en Argentine ?
Olivier Rouyer en conduite de balle sous son maillot rayé vert et blanc contre la Hongrie en 1978.
C’ est celui d’ une police agressive à notre arrivée. Elle escortait notre car et tapait sur les bagnoles quand elles ne voulaient passe mettre sur le côté. C’ était chaud bouillant, un truc assez fou. Cela contrastait avec l’ accueil sympathique à l’ aéroport de Buenos Aires et encore plus avec celui, joyeux, reçu à Dakar. Parce qu’ il faut savoir qu’ on avait fait Paris-Buenos Aires via Dakar en Concorde. À Dakar, cela ne faisait pas dix minutes que l’ avion était posé que, d’ un seul coup, des centaines de gens ont afflué autour, sur let armac.U ne marée humaine. On a fait notre escale d’ une heure, une heure et demie et il sont fait évacuer tout le monde. Le Concorde s’ est remis en position et là, j’ ai demandé si je pouvais aller dans la cabine de pilotage. Le commandant de bord a accepté. J’ ai fait le décollage dans le cockpit du Con corde. Magnifique! J’ ai vu les sensations extraordinaires de l’ avion quand il relève le nez: un moment magique. Christian Lopez, lui, afait l’atterrissage à Buenos Aires. Et, oui, là-bas, la première image forte, c’ était ça: la rudesse des flics qui sortaient laKa la ch ni kovparlaf en être et ta paient avec la crosse sur les voitures.
Votre premier fou rire ?
Au coup d’envoi, je suis sur le banc, une petite “guito une” bas de plafond. Bernard Lacombe ouvre le score dès la 30e seconde (face à l’Italie; 1-2 score final). On est six remplaçants à l’ époque et on se lève tous comme des cinglé se ton se cogne la tête contre le haut du banc. Quelle rigolade! Moi, j’ entre en seconde période et j’avais cette faculté assez intéressante de ne pas me prendre la tête. J’ entre enjeu comme si j’entrais avec Nancy. Sur le moment, je fais totalement abstraction du fait que je suis en Coupe du monde. C’ est après, seulement, quejemedis: “Putain, c’ est mon premier match de Coupe du monde .” Et j’en mesure l’ impact après, quand mes parents ou mes potes m’ appellent pour me féliciter. À l’ époque, on en est encore avec le téléphone fixe et le décalage entre le moment où on parle et celui où votre interlocuteur vous entend. On attend bien que la personne termine de parler pour répondre.
Évidemment, c’ est l’ histoire des maillots rayés vert et blanc face à la Hongrie (3-1). C’est Henri Patrelle, l’ intendant de l’ époque, quigérait nosmaillots. Il n’avait pasfait attention à la couleur de ceux de la Hongrie et avait embarqué à Mar del Plata notre jeu de blanc. Nous, on va s’ échauffer, on revient dans le vestiaire, on avait nos maillots accrochés aux porte manteaux. On les enfile, met nos vestes de sur vêts pardessus, on sorte ton se range derrière l’ arbitre, dans le couloir du stade. Puis, à ce moment-là, on nous demande d’ ouvrir nos sur vêts. Maillot blanc. On voit nos adversaires: en blanc aussi! Henri n’ avait amené qu’ un seul jeu de l’hôtel de Buenos Aires. Il n’avait pas pris les bleus. Nous, on ne comprend rien. On nous dit de rentrer dans le vestiaire. Là, c’ est interminable, un truc de cinglés. On nous dit que ce ne sont pas les bons maillots, qu’il faut aller chercher d’ autres maillots. “Mais attendez, ils ne vont pas aller les chercher à Buenos Aires en avion?”, s’écrie l’un d’entre nous. Il y avait une petite salle d’échauffement à l’intérieur du vestiaire. On nous dit alors de continuer à nous échauffer. On était là, on tournait en rond. C’était long, très long. Tout à coup, on nous dit que quelqu’ un est parti chercher des maillots. Et on nous ramène les vert et blanc. On se regarde tous :“On va jouer avec ça ?” Les dirigeants nous répondent: “Les gars, il faut yaller.” On se regarde. On se redit: “Maison met ça ?” En plus, c’ était une texture un peu bizarre et ils étaient petits. “Il faut yaller, c’est tout !”, nous rétorque-t-on. On n’ était pas réfractaires mais bon, ça nous emmerdait. Même pas le coq, rien! Seulement, la télé, qui retransmettait le match, commençait à râler. Ça faisait quasiment une heure que Michel Drucker comblait le vide. Même à l’époque, cela coût ait cher. Finalement, on y est allés, avec ces maillots sous nos vestes de sur vêt. Quand on les a enlevé es… Ce fut une énorme crise de rire dans les tribunes. Il n’ y avait pas beaucoup de monde au stade, peut-être 20000 dans un stade qui en comportait le double, mais c’ était affreux. Ces maillots étaient ceux d’ un club de pêcheurslocal (le Club Atlético Kimberley). Les gens ne connaissaient pas. C’ était un peu clownesque. Je suis sûr de l’ avoir gardé car c’ était quand même un souvenir unique. Mais, je ne sais pas pourquoi, je ne le retrouve pas. J’ ai dû me le faire taxer.
Le coéquipier le plus drôle ?
C’ était Doudou Janvion. On faisait chambre ensemble. On étaithyperpo tes. Nous deux, on s’ est bien marrés. À chaque fois qu’ on se voit, d’ ailleurs, on en reparle parce qu’ on a eu des souvenirs extraordinaires. L’hôtel, par exemple, était inoubliable. L’Hindu Club! C’était le même que celui des Italiens. Vous imaginez? On cohabitait avec l’ adversaire de notre premier match de Coupe du monde! C’ était hallucinant. Le terrain d’ entraînement était situé dans l’ hôtel et on le partage ait aussi. Nous, on commençait l’ entraînement, eux arrivaient ensuite et prenaient le relais. Cen’était même pas un terrain de foot mais une surface aménagée, avec des pote aux, des buts, etc. À chaque étage de l’hôtel, il y avait un flic en civil assis sur sa chaise, dans le couloir, qui nous empêchait de sortir. Si on voulait sortir, on n’ avait pas le droit.
Platini, qui avait 23 ans, était-il déjà Platini ?
Il était déjà Platini au sens où il était déjà important dans le groupe. Il lui manquait juste un peu de vécu européen à lui, le Nancéien, par rapport aux Stéphanois ou aux Nantais. Il faut se rappeler que dans les années 1970, ceux qui dominaient étaient toujours Nantes et Saint-Étienne. Il y avait une rivalité assez forte. Par contre, en équipe de France, les mecs étaient unis .»
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70 ANS
Attaquant.
287 matches et 84 buts en Division 1. 17 sélections entre 1976 et 1981.
Clubs : Nancy (1973-1981), Chaumont (1974-1975), Strasbourg (1981-1984),
Lyon (1984-1986). Palmarès : Coupe de France 1978.
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SA VIE D’EX
19 Jun 2026 - L'Équipe
D. D.
Après avoir été entraîneur à l’AS Nancy Lorraine, son club de coeur, pendant trois ans, de 1991 à 1994, Olivier Rouyer a basculé dans les médias, comme consultant. D’abord à Canal+, pendant une dizaine d’années, puis, à partir de 2016, sur la chaîne L’Équipe où il participe aux différentes émissions. Il vit à Nancy et suit avec attention, forcément, les résultats de l’équipe, en Ligue 2. Ils ne correspondent pas toujours à ses attentes, ce qui lui vaut quelques railleries de ses collègues chroniqueurs.

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