Ils n’ont pas oublié le « match de la honte »


L’Algérie s’apprête à retrouver l’Autriche, protagoniste du « match de la honte » avec la RFA. Les anciens de 1982 gardent encore cette injustice en eux.

"Face à un voisin, on aurait peut-être fait pareil, on ne saura jamais"
   - SALAH ASSAD, ATTAQUANT DE L’ALGÉRIE

27 Jun 2026 - L'Équipe
MATTEO AMGHAR

Le hasard est taquin. Pour sa cinquième participation en Coupe du monde, l’Algérie s’apprête à défier l’Autriche lors d’un troisième et dernier match de phase de groupes décisif en vue d’un potentiel 16e de finale. Et avec l’Allemagne (ex-RFA), déjà recroisée en 2014 lors d’un 8e de finale inoubliable (1-2 a.p.), le futur adversaire des Verts ravive un souvenir très douloureux, datant de 1982.À gauche, la colère des supporters algériens qui crient à la corruption en tribune lors de RFA-Autriche du « match de la honte » (1-0), le 25 juin 1982. En haut à droite, l’Allemand Karl-Heinz Rummenigge lace ses chaussures devant ses adversaires autrichiens. En bas à droite, Rabah Madjer lors de la victoire de l’Algérie face à la RFA (2-1), premier match du groupe.

Les trois nations sont effectivement liées par un épisode controversé du Mondial espagnol qui a laissé une trace indélébile dans l’histoire de la compétition et continue de hanter les mémoires de ses acteurs côté DZ. Le 25 juin à Gijon, la RFA se défait de l’Autriche lors du dernier match du groupe et condamne l’Algérie, pourtant victorieuse du Chili la veille (3-2). Le but précoce de Horst Hrubesch (10e) qui donne ce score précis (1-0) fait alors basculer Nordine Kourichi et ses partenaires au 3e rang, un strapontin qui rime avec élimination à la différence de buts (*). Naît ainsi « le match de la honte ».

Le défenseur bordelais fait alors partie des 41 000 spectateurs présents, en compagnie de son compatriote Mustapha Dahleb. Les deux assistent impuissants à ce scénario qui n’aurait pourtant jamais existé sans un revers contre l’Autriche (0-2) entre-temps. « Les deux équipes sont restées progressivement dans leur camp. Il n’y avait que Walter Schachner et Hans Krankl (voir par ailleurs) qui essayaient de jouer. »

Ce match, qu’on assimile à du walking football (« football en marchant ») en Algérie, malgré 22 acteurs plus actifs que les souvenirs ne le laissent paraître, n’est pas près d’être oublié. La génération dorée (Belloumi, Madjer, Assad, Dahleb) reste l’unique équipe à deux victoires à ne pas passer le premier tour d’un Mondial. « On aurait jamais pensé qu’ils puissent combiner pour nous éliminer. Même si on savait que jouer la veille nous défavoriserait », rejoue le capitaine Ali Fergani.

Si aucune illégalité n’est établie, l’épisode reste également en travers de la gorge de Salah Assad, double buteur contre le Chili: « Ils étaient frontaliers et s’entendaient bien. Face à un voisin, on aurait peut-être fait pareil, on ne saura jamais. Mais ce n’était pas un bon exemple pour le sport. »

L’aventure s’arrête prématurément mais les esprits sont marqués. Si l’Algérie, alors jeune nation, s’était retrouvée dans une telle position, alors que personne ne les y attendait, c’est qu’un coup de tonnerre avait fait vrombir le ciel de Gijon quelques jours plus tôt: une victoire de prestige contre la RFA. Le duo Madjer-Belloumi magnifie une prestation collective bluffante (2-1) face à des champions d’Europe (1980) et futurs finalistes très arrogants. « Leur sélectionneur (Jupp Derwall) avait dit : “Si on perd, je rentre à pied en Allemagne” », se rappelle Kourichi alors que Paul Breitner osait carrément : « On dédiera notre 7e but à nos femmes et le 8e à nos chiens. »

« En battant le Chili mais surtout la RFA, on savait qu’on avait marqué l’histoire » , lance Assad. Et les joueurs algériens, même amers, peuvent se gargariser d’avoir fait changer les choses. Depuis « l’injustice de 1982 », la FIFA a trouvé une parade pour éviter de nouveaux cas: tous les derniers matches de groupes doivent se jouer en simultané.


(*) Les trois équipes terminant à égalité de points, elles sont alors départagées à la différence de buts générale. La RFA (+ 3) devançant ainsi l’Autriche (+ 2) et l’Algérie (0).

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Hans Krankl lors de RFA-Autriche (1-0), 
en phase de groupes de la Coupe du monde 1982.

Krankl: « Pas lieu de présenter des excuses »

Quarante-quatre ans après le RFA-Autriche (1-0) qui avait éliminé l’Algérie de la Coupe du monde 1982, l’ancien attaquant autrichien n’a rien oublié de cette soirée si particulière qui fait encore parler aujourd’hui.

27 Jun 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL ALEXIS MENUGE

LINZ (AUT) – Sa crinière blanche ne le rajeunit guère mais à 73 ans, Hans Krankl n’a pas changé. Aujourd’hui consultant sur ORF, la principale chaîne du pays, l’ancien attaquant, passé par le FCBarcelone (1978-1979, puis 1980), reste l’un des joueurs les plus importants de l’histoire du football autrichien. Il n’a rien oublié de l’une des rencontres les plus controversées de l’histoire de la Coupe du monde à laquelle il a participé.

En 1982, à Gijon (Espagne), l’Allemagne de l’Ouest et l’Autriche se sont arrangées en seconde période d’un match de la phase de groupes, alors que la RFA menait 1-0, afin de figer définitivement le score qui qualifiait les deux nations et qui éliminait dans le même temps l’Algérie. À quelques encablures de Linz, il a évoqué ses souvenirs et expliqué pourquoi il n’a aucun regret plus de quatre décennies plus tard. 

Le début du match
« Ce n’était pas prévu d’arrêter subitement de jouer à fond »

« Au coup d’envoi, ce n’était pas prévu d’arrêter subitement de jouer à fond, mais à un moment donné, nous n’avions plus vraiment envie de donner notre maximum. Les Allemands devaient g a g ner, mais e ux non p l us n’étaient pas au mieux de leur forme. Et ils avaient peur. On le sentait. Puis, après vingt minutes, Horst Hrubesch a ouvert le score. Ils étaient ravis. Ils ne savaient pas qu’on était physiquement à bout, complètement épuisés. Etcroyezmoi: si j’avais été aux abords de la surface adverse en mesure de frapper au but, je l’aurais évidemment fait, et l’Allemagne serait rentrée chez elle. Nous étions cuits, au bout du rouleau.

Le pacte avec les Allemands
« Après la pause, Paul Breitner est venu nous voir »

En première période, tout était encore normal. Ce n’est qu’en seconde que nous nous sommes figés. Les Allemands ont dit : “Hé, ça va. Qu’est-ce que vous voulez de plus ?” Après la pause, Paul Breitner est venu nous voir: “Vous n’allez tout de même pas vouloir marquer l’égalisation. On a réussi, vous avez réussi. C’est dans la poche.” Et on a répondu: “D’accord.” Je comprends que les gens se soient indignés, surtout dans le stade, parce que c’était vraiment insupportable à regarder. On peut bien se passer le ballon pendant cinq ou dix minutes, mais avec le recul, cela a duré trop longtemps. Nous sommes allés trop loin. Après le 1-0, les Allemands ont encore eu quelques énormes occasions, le score aurait dû être de 3-0, voire 4-0 en leur faveur. Et à un moment donné, les deux équipes ont pris conscience qu’elles avaient quelque chose d’énorme à perdre. Elles sont devenues de plus en plus prudentes, elles ont de plus en plus reculé. C’est ainsi que naissent ce genre de matches qui existent d’ailleurs encore aujourd’hui.

L'élimination de l'Algèrie
« Il faut aussi se mettre à notre place »

Je ne vois pas pourquoi nous devrions nous excuser. Nous nous sommes vraiment battus. Nous nous étions donnés à fond avant de logiquement baisser le pied pour nous contenter de ce score qui arrangeait tout le monde. Quand on voit ce qui s’est passé lors des duels entre Bruno Pezzey et Hrubesch par exemple, je me demande si ceux qui ont prétendu y voir des ententes ont bien regardé ce qui se passait. Certains joueurs des deux pays ont joué à fond jusqu’au coup de sifflet final.

Il n’y avait donc pas lieu de présenter des excuses. Les émotions étaient vraiment à leur maximum, mais nous savions pertinemment que nous n’avions rien à nous reprocher après le match. Il n’était question que de l’enjeu sportif. Il faut aussi se mettre à notre place, même si avec le recul, on voit les choses différemment. Je n’ai pas à m’excuser pour quoi que ce soit ni réellement de regrets à avoir. À l’époque, rien n’avait été prévu, c’est juste arrivé comme ça pendant le match. Rien n’a été arrangé avant le match entre les deux nations, jamais. C’est bien cela le plus important.

Les retrouvailles en 2026
« Ce qui s’est passé en 1982 ne jouera aucun rôle »

Ce qui s’est passé en 1982 ne jouera aucun rôle, j’en suis persuadé. C’est trop loin. Pas mal de joueurs qui vont disputer ce match ne connaissent même pas cette histoire.

Quant aux perspectives de notre sélection, elles sont reluisantes. La force de cette équipe, c’est que les joueurs évoluent ensemble depuis longtemps. Ils possèdent un excellent niveau, nous n’avons jamais eu une telle qualité et une telle profondeur de banc. Ralf Rangnick (le sélectionneur) est l’artisan principal de cette montée en puissance. »

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Tout faire pour éviter l’Espagne ?

27 Jun 2026 - L'Équipe
M. Am.

Chercheront-ils à se mettre d’accord au coup d’envoi ? Ce serait évidemment tentant car un résultat nul entre Autrichiens et Algériens qualifierait d’office les deux formations pour la suite de la compétition. Et puis aucune autre nation ne pourrait s’estimer lésée puisque la Jordanie est d’ores et déjà éliminée et l’Argentine assurée de finir en tête de ce groupe J. Le principal enjeu réside peut-être ailleurs : celui qui terminera deuxième (la formation de Ralf Rangnick pour l’instant) se coltinera le leader du groupe H, vraisemblablement l’Espagne, en 16es de finale. Une équation pas simple.

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