LE TRÈS- HAUT DU PAVÉ


Intouchable, MATHIEU VAN DER POEL a remporté Paris-Roubaix pour la deuxième fois, après une échappée en solitaire de 60 km Une semaine après le Tour des Flandres, c’est déjà son sixième Monument à 29 ans

8 Apr 2024 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL ALEXANDRE ROOS

ROUBAIX (NORD) – Il n’y avait qu’à voir comment il s’envoyait encore avec joie dans les virages du Carrefour de l’Arbre, alors que tout était plié, à aller mordiller l’herbe grasse sur les bas-côtés comme il le fait depuis tout petit, prêt à prendre des risques tant que la nuit n’est pas tombée, pour comprendre que tout ça est resté pour lui un jeu. Seul le théâtre a changé. Mathieu Van der Poel est un pur cycliste, c’est sa première identité, et ne comptez pas sur lui pour vous parler de l’histoire de son sport, de la grandeur de ce qu’il réalise, des thèmes qu’il a à peine effleurés, hier soir au Vélodrome de Roubaix, après un nouveau morceaude bravoure.

Branchez-le en revanche sur la pression de ses pneus, la direction du vent, la difficulté d’un secteur, il se connectera naturellement. Au fil de ses succès, il s’est d’ailleurs débarrassé du poids de son histoire personnelle, des comparaisons avec son grand-père, Raymond Poulidor, ou avec son père, Adrie, les précédents champions de la lignée, qui le dérangeaient davantage qu’elles ne l’animaient.

Depuis son titre mondial à Glasgow l’été dernier, il est dans sa propre dimension et son nouveau triomphe, hier, sur les pavés du Nord, l’a conforté dans sa classe à part. Un sixième Monument, un doublé sur ParisRoubaix après la victoire de l’an passé, un doublé dans la semaine après le succès au Tour des Flandres, un écart de trois minutes avec ses premiers poursuivants, qui situe l’ampleur de la raclée, une vitesse record (47,802km/h). On sentait bien que le Néerlandais allait sortir le scalpel de bonne heure, c’est de toute manière sa manière d’opérer, mais de là à préparer le bloc à 60km de l’arrivée, alors que tout le monde était encore sur la digestion du piquenique…

La démonstration collective puis le concassage façon «VDP»

À Orchies, sur le chemin des Prières puis celui de l’Abattoir, une forme d’annonce de programme, Van der Poel appuya tellement fort sur les pédales qu’il chassa de la roue arrière. Il déboîta tout le monde sur la gauche du secteur et c’était rideau. À l’entrée des terribles pavés de Mons-enPévèle, l’écart avait déjà atteint la minute, mais la différence visuelle était encore bien plus impressionnante, entre un Van der Poel qui pilonnait la caillasse, débouchait dans le faux plat de Mérignies toutes dents dehors, la babine du guerrier retroussée, et l’abattement de Mads Pedersen, Stefan Küng, Laurence Pithie, Nils Politt, Tom Pidcock… Il n’y aurait plus rien à faire.

Van der Poel, comme les autres zinzins de sa génération, disloque tellement la concurrence qu’il inverse le cheminement classique de la course et annihile sa montée en puissance naturelle. Il faut désormais être de bonne heure devant son poste, un peu moins à la fin, en tout cas pour le suspense, car on ne se lassera pas du spectacle du maillot arc-en-ciel qui avale les pavés de son pilotage délicat, dans un déluge de puissance. Hier, la décision s’est ainsi nouée entre 140 et 60km du Vélodrome, ensuite ce fut la parade. Après quatre secteurs, à la sortie de Briastre, il n’y avait déjà plus qu’une trentaine d’éléments dans le groupe de tête, qui allait bientôt retomber sur l’échappée matinale. Avec un tel écrémage, la fameuse chicane posée à l’entrée de la tranchée d’Arenberg ne posa aucune difficulté. Pedersen s’engouffra le premier dans la Forêt, où le peuple du Nord venait de chanter les Corons, mais c’est Van der Poel qui s’en extirpa en tête, avec dans sa roue le Danois, son équipier Jasper Philipsen et le valeureux Mick Van Dijke, et ce fut le signal que les choses sérieuses allaient s’enclencher. L’étau Alpecin-Deceuninck, la formation du champion du monde, allait se resserrer et concasser ce qu’il restait de soldats debout, dans une nouvelle démonstration collective après celle des Flandres.

Un champion comme lui ne partage rien, 
mais dévore tout sur son passage

Alors qu’un deuxième groupe était revenu sur la tête, Philipsen subit une crevaison, un pépin queGi an ni Ver me ers ch se charge a de colmater, en freinant le rythme et les velléités d’attaquer. On entra alors dans un festival du troisième couteau des Alpecin, qui attaqua immédiatement après le secteur du Pont Gibus, au moment où Philipsen était parvenu à faire la jonction. Vermeersch fut rejoint par Politt et Küng, qu’il ne relaya pas. Derrière, Van der Poel et Philipsen pouvaient laisser leurs rivaux bosser pour boucher le trou, même si on vit le Néerlandais rouler dans un premier temps sur son équipier. Le regroupement eut lieu après le secteur de Sars-et-Rosières et si Tim Wellens tenta d’attaquer à ce moment-là, c’est… Vermeersch encore qui alla le repêcher.

Tous ces mouvements avaient préparé le terrain pour l’attaque maousse de «VDP».

Ils aboutirent à un carton à Roubaix, avec un nouveau doublé puisque Philipsen domina au sprint Pedersen, récompensé de ses efforts d’un premier podium dans l’Enfer du Nord, et Politt. Vermeersch (6e) parvint à s’intercaler entre les Groupama-FDJ, Küng, qui avait lâché prise à la toute fin, sur le pavé de Gruson, et Laurence Pithie, tombé à l’entrée du secteur de Cysoing mais encore épatant pour son premier Roubaix.

Devant de telles démonstrations, s’ennuie-t-on? Un peu. Est-ce grave? Non. La même lassitude a souvent accompagné les périodes d’hégémonie, c’est le prix à payer pour être le témoin du règne d’un champion, qui par nature ne partage pas et fait le vide autour de lui. Quand Eddy Merckx a atomisé le Tour des Flandres 1969 d’une cavalcade de 70 km, il éradiqua également tout suspense et pourtant cette édition est restée dans l’histoire et les mémoires. Il est en revanche également vrai que le cyclisme s’est nourri de rivalités, quitte parfois à les fabriquer, et que Merckx est aussi devenu le Cannibale parce qu’il a brisé des oppositions de prestige, de Rik Van Looy à Roger de Vlaeminck. Aujourd’hui, la dramaturgie souffre quand un seul des Fantastiques est au départ, ce qui fut le cas les deux derniers week-ends. Cela tombe bien, Van der Poel va poursuivre son printemps fou, avec l’Amstel Gold Race dimanche, puis Liège-Bastogne-Liège dans deux semaines. Et qui sera au départ de la Doyenne au côté du champion du monde? Tadej Pogacar.



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