« C’est un animal » : Khvicha Kvaratskhelia, le volcan qui réveille le PSG
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Khvicha Kvaratskhelia a inscrit deux buts face à Chelsea,
le 11 mars, lors des huitièmes de finale aller de la Ligue des champions.
« Avant, je n’étais pas comme ça, je me concentrais sur l’attaque, mais je sais maintenant que chaque joueur doit apporter sa pierre à l’édifice en défense. J’ai progressé à ce niveau grâce à l’entraîneur » Khvicha Kvaratskhelia ailier gauche au Paris Saint-germain
C. R.
Signé Khvicha Kvaratskhelia. À l’image du Vésuve, au pied duquel il a joué pendant deux ans et demi, avec le Napoli, l’ailier géorgien (47 sélections, 20 buts) de 25 ans est entré en éruption mercredi dernier, face à Chelsea (5-2). Et c’est en grande partie grâce à lui que les Rouge et Bleu arrivent à Stamford Bridge avec trois buts d’avance ce mardi (21h), en huitième de finale retour de Ligue des champions. «Il a fait tourner le match. Lui… et Filip Jörgensen (gardien de Chelsea, NDLR) », résume l’ex-portier parisien Jérôme Alonzo.
Et d’ajouter : « Juste avant son entrée, en voyant son regard, on pouvait se dire : “Il n’est pas content, ça va faire mal.” Mais c’est de la bonne rage. » Car, oui, « Kvara » avait été relégué sur le banc par Luis Enrique, qui l’a lancé à la 62e minute, à 2-2. « En termes de gestion, le coach a été très bon. Pour moi, Dembélé devait jouer, Barcola aussi. Après, il fallait faire un choix. Je pense que “Kvara” a été piqué. Il y a des joueurs qu’on peut piquer, d’autres moins. Ce qui est important, c’est la manière dont tu réponds. Et il a parfaitement répondu, comme Désiré Doué à Monaco», juge le consultant Canal+ Sidney Govou.
Pas content ? Résultat, un doublé. Avec une passe décisive sur le but du 3-2 en prime. «Aucun joueur ne souhaite démarrer sur le banc », avait soufflé l’intéressé après la rencontre, ajoutant « respecter les choix du coach ». Dans son entourage, on met en avant son esprit d’équipe et le fait qu’il place toujours le collectif devant tout le reste. Évidemment, il y avait la déception de ne pas débuter, d’autant qu’il avait effectué de bonnes séances d’entraînement. Mais rien de dramatique dans son esprit. D’ailleurs, son attitude sur le troisième but parisien et sa passe pour Vitinha en sont la démonstration.
Au-delà de ses buts, « Kvara » a aussi et surtout été déterminant par son agressivité des deux côtés du terrain. Il a réveillé un PSG qui ronronnait sévèrement depuis le début de la seconde période et avant son entrée. Et, la « grinta », c’est ce qui impressionne le plus l’ex-international tricolore (49 sélections, 10 buts) Govou chez lui : « Le jour où il est un peu moins bien, il va faire des efforts défensifs qui vont aider l’équipe. À un moment donné, je trouve qu’il s’était un peu égaré, dans le sens où il ne voulait faire que du beau. Or, c’est un joueur qui doit avoir une grinta supérieure pour que tout le monde l’adoube. »
Et le septuple champion de France de poursuivre : « Depuis un certain temps, il faisait peut-être un peu moins les efforts défensifs, et encore, tout est relatif. Mais là, il a retrouvé un impact. C’est un joueur qui a besoin de donner énormément. Dans le football moderne, où les mecs veulent tous être beaux, il a besoin de courir, de donner, de se tromper. C’est un joueur de devoir qui a des qualités. Il peut faire des choses extraordinaires, mais il sera toujours bien vu par ses coéquipiers, même s’il rate des choses, s’il met l’implication. »
Un côté guerrier sur les aspects défensifs que l’intéressé a cultivé à Paris. «Avant, je n’étais pas comme ça, je me concentrais sur l’attaque, mais je sais maintenant que chaque joueur doit apporter sa pierre à l’édifice en défense. J’ai progressé à ce niveau grâce à l’entraîneur », expliquait-il dernièrement. Faire progresser un joueur moyen, c’est une chose. Amener un cador à un niveau supérieur, c’est fort. Et c’est ce que le coach espagnol de 55 ans a fait.
« Je lui trouve un côté animal, un côté un peu “old school”, abonde Jérôme Alonzo, consultant sur la chaîne L’équipe. C’est tout ce que j’aime dans l’attitude, l’engagement… Pour ce qui est du talent, on n’en parle même pas. Ces dernières semaines, il était comme les autres, KO. En plus de la fatigue, il a aussi dû digérer la non-qualification de sa sélection pour le Mondial. Même si c’est un monstre, il reste humain. Il a peut-être tendance à se frustrer, en tout cas on voit sur le terrain qu’il peut s’énerver vite. Ça aurait été mon pote (rires).»
Grinta hors du commun, un côté animal pour le joueur Kvaratskhelia ? Ça ne pourrait pas être moins éloigné de l’homme Khvicha. Loin d’une tête brûlée… Marié depuis 2023 et papa d’un petit Damiane depuis 2024 - dont le joueur préféré est… Bradley Barcola -, le natif de Tbilissi n’est pas destiné à faire les gros titres de la presse people ou à défrayer la chronique.
On décrit un jeune homme très attaché à ses racines, humble, passionné par son métier et qui accorde la plus grande importance à sa famille et à son rôle de père. Son appétence pour la NBA n’est un secret pour personne. Amateur de rap, fan du film Intouchables et admirateur de l’acteur Jim Carrey, cet enfant de la balle discret et casanier a grandi en idolâtrant son père, Badri, qu’il imaginait comme le meilleur joueur du monde et dont il suivait les exploits via des cassettes VHS enregistrées par sa mère. L’un de ses deux frères, Tornike Kvaratskhelia, né en 2010, évolue déjà avec les U17 géorgiens. Avant de crever l’écran, il a crevé… un certain nombre de ballons sur les pics du portail de ses grands-parents, lors de ses vacances à Nakipu, en Géorgie, en jouant avec ses cousins. Ils ont enfoncé des poires pour les protéger. Bien vu.
Toujours est-il que Kvaratskhelia, plutôt froid vu de l’extérieur, se révèle en fait très enjoué et proche de ses coéquipiers. Il aime plaisanter et détendre l’atmosphère, contribuant ainsi à une bonne ambiance et à la cohésion du groupe. Bon camarade, bon soldat, mais caractère bien trempé, on l’a dit.
Jusqu’à l’excès? C’est peut-être dans ce registre que celui qui a rapidement été surnommé «Kvaradona» à Naples, en référence à Diego Maradona bien évidemment, qu’il a sa plus grande marge de progression. «S’il corrigeait cela tout en gardant ce côté complètement allumé… au bon moment, c’est-à-dire presque tout le temps, mais pas quand ça ne sert à rien, il serait éligible au Ballon d’or chaque année », note Jérôme Alonzo, conquis par le joueur et le personnage. Sidney Govou n’a pas plus envie de le voir brider ses instincts volcaniques : « Tu as besoin de ce genre de joueur. Si tu le calmes, il ne va pas être ce qu’il est. Et, au final, il ne va pas t’apporter dans les moments clés, comme face à Chelsea. »
Et de poursuivre : « Sa marge de progression ? C’est surtout son intelligence de jeu. Paris est une équipe posée. Et lui, c’est un mec qui veut tout le temps aller de l’avant, provoquer. Mais, au fond, j’ai envie de dire qu’il ne faut pas qu’il change. Le brider, ce serait aller à l’inverse de ce qu’il est. » En clair, Khvicha Kvaratskhelia, arraché à Naples en janvier 2025 pour 80 M€, a les défauts de ses qualités. Un profil qui fait du bien au sein d’un groupe parisien très sage et discipliné.
Tout bon pour le Paris Saint-germain, où il est lié jusqu’à 2029. Il n’a que 25 ans et l’avenir devant lui. Évidemment, s’il pouvait montrer le même niveau de performance dans toutes les compétitions, ce serait encore mieux. Six buts et quatre passes décisives en dix matchs de Ligue des champions cette saison, contre quatre buts et trois « passes D » en 21 matchs de Ligue 1. Il a été décisif 11 fois lors de ses 11 derniers matchs de Coupe d’europe.
Dans son entourage, on assure que sa motivation, sa préparation et son engagement restent les mêmes pour chaque compétition. On notera que les matchs peuvent être plus ouverts sur la scène européenne, ce qui lui offre davantage d’occasions d’exprimer ses qualités, à l’image du but en finale de Ligue des champions, contre l’inter (5-0) la saison dernière. « En C1, ce style de joueur a plus d’opportunités, confirme Govou. En Ligue 1, il est craint, tandis qu’en Ligue des champions les adversaires sont un peu plus dans le rapport de force. Et c’est dans le rapport de force qu’il est très fort. » Nouveau bras de fer ce mardi.
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Ligue des champions : formalité ou désastre, le PSG à Chelsea pour prendre le quart
Après leur victoire 5-2 à l’aller, les Parisiens doivent terminer le travail contre les Blues ce mardi, à Londres, au match retour.
17 Mar 2026 - Le Figaro
Christophe Remise Envoyé spécial à Londres
Et la lumière fut. Plongé dans les ténèbres du doute et «clairement en difficulté» dernièrement, selon l’aveu de Luis Enrique, le PSG a retrouvé des couleurs face à Chelsea (5-2), mercredi dernier. Assez pour entrevoir les quarts de finale de la Ligue des champions, avant le huitième retour, ce mardi (21 heures, Canal+), à Stamford Bridge.
Le score final ne dit toutefois pas tout de la partie. Tous les maux ne sont pas guéris, envolés comme par magie. D’ailleurs, il est « impossible » de retrouver à 100% le jeu de la saison passée, comme l’a confessé le coach espagnol, estimant que Paris «paie le prix de ce (qu’il) a fait la saison dernière ». Trop peu de préparation, trop de blessures, trop d’imperfections à tous niveaux.
Non, la victoire face aux Blues n’était ni un déclic, ni un match référence. Un résultat référence, oui. Et le grand réveil, la démonstration qu’en allant puiser au fond d’eux-mêmes, les Parisiens peuvent, au moins par séquence, retrouver les ingrédients qui ont fait leur force la saison passée. On pouvait se poser la question, notamment après le barrage inquiétant face à Monaco (3-2, 2-2). La réponse est là. Mercredi dernier, ils ont fait fructifier leurs deux temps forts avec une efficacité diabolique, sur les 20 premières et les 20 dernières minutes du match. L’exploit individuel d’ousmane Dembélé, en fin de première période, est intervenu sur un moment plus faible, juste après cet arrêt de Matvey Safonov face à Cole Palmer. Un moment clé de la partie.
Laxisme défensif
On n’oubliera pas de souligner les erreurs du gardien de but Filip Jörgensen et le laxisme défensif de certains de ses coéquipiers. Des facteurs importants pour décrypter le succès parisien, qui doit surtout beaucoup à l’entrée de Khvicha Kvaratskhelia. Défensivement, il y a aussi à redire. Manque de concentration et de lucidité sur les deux buts anglais. C’est sans doute au moins en partie dû à la fatigue. Car oui, contrairement à ce que « Lucho » affirme, ses troupes ne sont pas au top physiquement. Impossible. C’est d’ailleurs pour cela que les Parisiens n’ont pas pu maintenir le même niveau d’intensité pendant tout le match. Et c’est aussi pour cela que le PSG a fait décaler son match de Ligue1 à Nantes.
Bref, tout n’était pas parfait, malgré l’ampleur inespérée du score final.
Néanmoins, le bilan était nettement positif, rassurant. Ce PSG reste magique. S’ils doivent aller loin en C1, les Rouge et Bleu ne seront sans doute pas brillants, pas autant que la saison passée. Il faudra s’en contenter. Restés sourds aux critiques, au pessimisme ambiant et au « bruit », dixit Luis Enrique, avant l’aller, ils devront se montrer tout aussi imperméables aux éloges avant de retrouver des Blues qui n’auront rien à perdre ce mardi, à Londres.
Méfiance plutôt que suffisance pour les Parisiens, malgré ce confortable matelas de trois buts d’avance et les espoirs nés du match aller. Ils ont encore du boulot. Et pas de marge. Et chaque match est une occasion de monter en régime, de se rapprocher de leur meilleure version. Allez savoir, le temps pourrait jouer en leur faveur d’ici à la fin de la saison. Face à Liverpool ou Galatasaray, en quarts, ils n’auraient en tout cas pas à baisser les yeux. Avant cela, ils devront déjà avoir les nerfs solides ce mardi. Ce ne sera pas simple. Cette saison, rien ne le sera. Cela n’empêche pas de rêver en grand.
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