«C’était si dur»


Dorian Godon s'est imposé devant Remco Evenepoel 
(à droite) au bout d’un sprint très intense.

Godon domine Evenepoel sur le fil

Dorian Godon a remporté un sprint de près de trente secondes devant Remco Evenepoel pour s’imposer en ouverture du Tour de Catalogne, une étape dont il rêvait. 
Dix jours après sa victoire à Paris-Nice, le champion de France change de dimension.

“J’ai rarement passé la ligne aussi vide ''
   - DORIAN GODON

“Je cours peut-être plus détaché puisque la saison est déjà réussie ''
   - DORIAN GODON

24 Mar 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

SANT FELIU DE GUIXOLS (ESP) – Dorian Godon a le pouvoir de changer le café en bière. Sant Feliu de Guixols, pour lui, « ce sont mes routes d’entraînement, et souvent là où je m’arrête boire un café, souriait-il. J’avais toujours cette étape en tête, je savais qu’un jour je gagnerais ici et là, c’était mon jour. » Qu’il a terminé en sifflant jusqu’à la dernière goutte la bouteille de houblon sponsor de la « Volta », quand le speaker annonçait « encore une fois sur le podium: Dorian Godon », privilège de ceux qui triomphent le premier jour et glanent presque tous les maillots distinctifs.

Après deux quatrièmes places, ces deux dernières années, sur la traditionnelle ouverture du Tour de Catalogne, le champion de France y a enfin levé les bras, hier. « Je pensais les avoir levés trop tôt » , lâchait-il à sa compagne une fois la ligne franchie, alors que son succès venait d’être officialisé, à la photo finish, devant Remco Evenepoel, auquel il a livré un duel de gorilles, un sprint en bosse de près de trente secondes lancé à plus de 300 mètres par le Belge.

« Ils (Tom Pidcock, 3e, fut le premier à démarrer) ont commencé à sprinter à plus de 400 mètres, avec vent de face, c’était si long, grimaçait encore Godon. J’ai passé Remco trop tôt je pense, j’aurais dû attendre un peu, ouah, c’était si dur. Les 50 derniers mètres m’ont paru une heure. Interminables. Je n’avais plus rien. Horrible, horrible. Mais ç’a tenu. »

Troisième Français seulement à s’imposer sur l’épreuve catalane ces dix dernières années, après Nacer Bouhanni (2016, 2017) et Axel Laurance (2024), le Lyonnais a coché « un objectif de plus » devant ses amis, qu’il s’est fait depuis dix ans qu’il est installé à Gérone, à une trentaine de kilomètres plus au nord. Pas pris en école de kiné en France, Godon, alors amateur, s’était inscrit de l’autre côté de la frontière, où il débarqua sans parler un mot d’espagnol ni de catalan.

« J’ai appris sur le tas, confiait-il il y a un an. Pour les cours d’anatomie, il y avait pas mal de concordances avec le français, donc je m’en sortais. On s’aidait entre étudiants aussi. J’ai fait des stages à l’hôpital, je roulais avec des Catalans, donc ça me forçait à parler. » Parce qu’il a signé professionnel tout de suite, chez Cofidis puis AG2R-La Mondiale, les études furent étalées sur huit ans plutôt que quatre. Sacré coursier sur le vélo, en blouse blanche pour ses stages, le moustachu a mené une double vie qui faisait de lui un atypique mais lui a fait perdre un peu de temps, peutêtre.

Diplômé depuis 2024, dans la force de l’âge (29 ans), celui qui disait « vivre [sa] première année de cycliste pro à 100 % » en 2025 est en train de le rattraper à toute vitesse, et son transfert chez Ineos, cet hiver, a encore accéléré la cadence: l’étape rabotée de Paris-Nice il y a dix jours, et donc celle d’hier – « je peux gagner une étape de plus de 47 kilomètres » , se marrait-il – soit deux succès en World Tour, autant que depuis le début de sa carrière (18 victoires au total). « L’équipe ne me met pas de pression du tout et aujourd’hui (hier), j’ai juste profité de ma journée, sur mes routes d’entraînement, même si on n’a pas trop eu le temps de regarder les paysages à la fin,

justifiait-il. J’ai beaucoup de confiance en moi depuis Paris-Nice, où l’équipe m’avait super bien épaulé au fil des jours, les coureurs, le staff, alors ça fait plaisir de les récompenser, de briller avec ce maillot de champion de France. Je sens plus de respect dans le peloton et je cours peut-être plus détaché puisque la saison est déjà réussie. » Jonglant de l’espagnol à l’anglais sans problème, pour discuter avec les assistants ou ses équipiers venus le féliciter un par un avec une joie débordante, Dorian Godon vit sa meilleure vie.

D’abord blagueur quand il imaginait « garder ce maillot de leader jusqu’à Barcelone », soit jusqu’au bout de l’épreuve, il était beaucoup plus sérieux ensuite, après avoir retrouvé ses esprits – « j’ai mis quinze, vingt minutes à récupérer du sprint, j’ai rarement passé la ligne aussi vide » – et imaginait bien remettre ça ce mardi à Banyoles.

« La forme est bonne, ce n’est pas le cas toute la saison, il y a des hauts et des bas, donc il faut profiter du moment. » Puis il fut invité à se projeter beaucoup plus loin, vers le Tour de France, où il devrait faire partie d’un collectif qui mêlera ambitions au général, avec Kévin Vauquelin, et chasse aux étapes. Avec Godon en vainqueur potentiel. « Pourquoi pas, il faut avoir des rêves dans la vie » , susurrait-il. Hier, en tout cas, il en a réalisé un.

***

La bataille a commencé

Parce que le Tour de Catalogne se joue parfois sur des bonifications et que le plateau 2026 est royal, les cadors n’ont pas manqué l’occasion, hier, de se livrer à une première partie de manivelles. Pas de bordures malgré un petit vent, mais dans un final jamais plat, les UAE de João Almeida ont enclenché les choses sérieuses, étirant le peloton le long des falaises jouxtant la mer, causant des premiers dégâts (Ciccone, Gaudu lâchés). Puis ce furent les Bahrain-Victorious de Lenny Martinez (6e à l’arrivée) et Jonas Vingegaard, soudain à l’avant du peloton dans l’ultime descente, presque surpris, avec 4 kilomètres à parcourir. Le Danois ne s’est pas vraiment mêlé à l’emballage final (11e), prudent, à la différence de Tom Pidcock, le premier à lancer le sprint, et de Remco Evenepoel. Le Britannique (4’’) et le Belge (6’’) en ont profité pour gratter quelques secondes de bonifications et, même battus par Dorian Godon (lire par ailleurs), se réjouissaient de leur journée. « C’est probablement le meilleur sprint que je n’ai jamais fait, donc je peux en être heureux », positivait Pidcock, autrement plus déçu de son sprint face à Tadej Pogačar à San Remo samedi (2e).

« Ce n’était pas suffisant pour moi cette fois-ci, j’ai fait de mon mieux, je n’ai rien à me reprocher », faisait écho Evenepoel. Les deux favoris ont encore deux jours à se regarder du coin de l’oeil, aujourd’hui et demain, avant la première grande étape de montagne, jeudi, à Vallter.

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