La communauté des Niçois
À l’image de Kévin Vauquelin, Ewen Costiou, Jordan Jegat ou Paul Seixas, les coureurs sont nombreux, et la tendance est croissante, à s’être installés à Nice et ses environs pour vivre au mieux leur carrière.
"On est surtout là pour passer de bons moments
et sortir de la routine de l’entraînement"
- KÉVIN VAUQUELIN
"De plus en plus de coureurs débarquent très tôt dans leur carrière, c’est important qu’ils soient bien entourés et qu’ils puissent se recréer une bulle"
- UN AGENT TRÈS IMPLANTÉ
DANS LA RÉGION
14 Mar 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO (avec Y. H)
NICE - Pas plus tard que mercredi soir, Yaël Joalland et Alan Jousseaume ont partagé un dîner le long de la promenade des Anglais. Que le coureur de Cofidis et celui de Total Energies se préparent, ils vont avoir de la visite ce week-end. Avec l’arrivée de Paris-Nice, les connaissances seront très nombreuses dans les parages. Il y aura des adversaires qui sont quasiment des collègues de bureau, des partenaires d’entraînement le reste de l’année sur place.
Ce n’est pas une nouveauté, Nice et ses environs attirent le peloton grâce aux conditions météo souvent parfaites et un terrain de jeu qui peut contenter quasiment tout le monde. Ces derniers temps, l’effet de mode s’est accentué. Au total, une bonne trentaine de coureurs sont venus s’installer à Nice ces dernières années. Kévin Vauquelin, l’actuel 4e du général de la Course au soleil, a-t-il lui aussi succombé à cet effet de mode? « Attention, je vous coupe tout de suite car l’effet de mode, je pense l’avoir lancé, se marre le Normand, désormais installé à La Gaude, après être arrivé en 2021. J’étais à Bourges et je m’étais toujours dit que si je passais pro, le Sud serait une belle option. Beaucoup de choses m’attiraient, j’ai pris mes valises et je suis allé à Nice où je n’étais jamais allé. » Tout l’inverse de Clément Champoussin (XDS-Astana), un pur Niçois qui a accueilli avec amusement l’arrivée de compères. « Je m’y suis bien épanoui et c’est aujourd’hui un bonheur de voir des paysages aussi fous, un terrain d’entraînement aussi varié. Mais peu de monde faisait ça avant », ajoute Vauquelin. « Kévin, en grande partie, m’a convaincu car il a été l’un des premiers de l’équipe (Arkéa) à y aller. Cela fait deux ans et demi que je suis à Antibes, pour le climat, les routes d’entraînement et l’aéroport qui est international, cela évite de longs déplacements avant et après les courses » , confirme Ewen Costiou, passé chez Groupama-FDJ United à l’intersaison.
Jordan Jegat, lui, a débarqué lors de sa première année pro, en 2022. Il est installé dans l’hypercentre depuis juillet 2023. Le 10e du dernier Tour de France avec TotalEnergies a aussi remarqué dernièrement l’afflux de coureurs dans le coin, avec quelques effets moins positifs. « Il y a tellement de monde, avec aussi beaucoup d’amateurs, que je préfère rouler en tout petit nombre, notamment avec les mecs de Total, on s’est créé notre petit groupe WhatsApp » , raconte Jegat, habitué à partir s’entraîner avec Thomas Bonnet, Rayan Boulahoite et Alan Jousseaume. Ou avec Vauquelin (Ineos Grenadiers) et Louis Barré (Visma-Lease a Bike), un noyau de trois parfois rejoint par un nouveau venu, Paul Seixas, qui a quitté la région lyonnaise cet hiver pour s’émanciper et profiter des conditions d’entraînement optimales.
Même si l’adversaire de la prochaine course est dans la roue ?
« On n’en a rien à faire, rigole Vauquelin. Chacun travaille de son côté, peu importent les watts. On s’en fout, on est surtout là pour passer de bons moments et sortir justement de la routine de l’entraînement. On n’est pas là pour faire des watts, on choisit des parcours où on s’arrête au café, on est vraiment des groupes d’amis. On est totalement détachés de ça. »
Cela n’empêche pas tout ce beau monde de comparer les données Strava dans leurs secteurs préférés, le col de la Madonne, de Turini, celui de Vence, la montée du col d’Èze ou encore le col de Braus. Les Français ne sont pas les seuls à y prendre leurs quartiers, à l’image des Américains Larry Warbasse (Tudor), Matthew Riccitello (Decathlon CMA CGM) ou Magnus Sheffield (Ineos Grenadiers).
Les entraînements en groupe sont d’ailleurs plutôt ceux de début de saison, lorsqu’il n’y a pas encore trop d’intensité à faire, que les exercices spécifiques dans des cols pendant 45 minutes, les bosses de 30 secondes ou les intervalles pour les sprinteurs ne sont pas encore au programme. « Le temps passe plus vite et il y a des coureurs pour s’entraîner. Cela me permet de ne pas être seul, c’est moins monotone » , glisse Vauquelin. « Et on se refile les bons plans pour les petites pauses à la boulangerie, sourit Yaël Joalland, qui est arrivé il y a quatre ans à Nice avec la volonté de lancer sa carrière. On est tous très fans du Copenhagen Café à Cagnes-sur-Mer, la boulangerie de la Turbie ou le coffee shop Petit Monsieur à Antibes. Quand j’arrive au sommet du col de Vence, le paysage offre parfois la vue sur la Corse, c’est magnifique. »
Jegat évoque pour sa part la commune de L’Escarène comme point de vue idéal en fin de sortie. De nombreux groupes WhatsApp ont pullulé ces derniers mois, mais les coureurs les plus connus ou les plus régulièrement sur les routes sont rassemblés dans « Training06 » ou « Les coursiers niçois ». « Je roule principalement avec Kévin et les collègues de l’équipe comme Clément (Russo), Cyril (Barthe), Rudy (Molard)… Il y a toujours du monde pour rouler làbas, c’est cool, ajoute le Breton Costiou.
Autant que l’intérêt de rouler ensemble, la proximité des domiciles joue aussi beaucoup pour les coureurs lorsqu’ils ont besoin de parler et de partager des moments hors vélo. « Je suis très ami avec Louis Barré, par exemple, et lorsque j’ai eu quelques gros coups de moins bien ces derniers temps, je savais que je pouvais aller chez lui, qu’on pouvait se retrouver quelque part, pour discuter et ne pas être seul » « De plus en plus de coureurs débarquent très tôt dans leur carrière, loin de chez eux, c’est important qu’ils soient bien entourés et qu’ils puissent se recréer une bulle», constate un agent très implanté dans la région. « Tout le monde est dans l’obsession de la performance. Chaque année, la tendance est à la hausse. Nice et ses environs offrent un univers idéal pour eux. »
Aujourd’hui, pour l’avant-dernière étape de Paris-Nice, le peloton partira de Nice, avant de grimper la côte de Carros, celle de Bouyon pour aller chercher le village d’Isola. Tout le début du parcours, comme celui de demain, sera un tracé que beaucoup connaissent par coeur. Sauf que cette fois, ils n’ont pas prévu de s’arrêter manger une tourte aux blettes dans un de leurs fiefs.
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Tejada, apte à la victoire
14 Mar 2026 - L'Équipe
Y. H. à Apt
Dans les enroulés du Lubéron, il fallait avoir l’estomac solide et Harold Tejada n’a pas tremblé à l’instant d’attaquer à la bascule de la dernière ascension de Saignon, la meute des puncheurs derrière lui (Dorian Godon 2e, Lewis Askey 3e, Bryan Coquard 4e). Le Colombien savait que rien ne pouvait lui arriver malgré sa chute, mercredi, dans l’étape d’Uchon qui avait eu raison de ses ambitions au général (10e) que Jonas Vingegaard domine largement. Pas même une crevaison avant la côte de Saint-Martin-de-Castellon: « Mes équipiers ont voulu me donner leur vélo mais j’ai préféré attendre la voiture et changé de vélo. Sa configuration, au niveau du plateau, n’était pas idéale mais quand c’est ta journée, peu importe ce qui t’arrive, tu vas chercher la victoire. »
La deuxième du leader d'Astana XDS (étape du Tour de Colombie en 2024), incrédule : « Je n’ai rien écouté à la radio jusqu’à ce que je franchisse la ligne et que je demande : « Est-ce que j’ai gagné ? Est-ce que j’ai gagné ? » .
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