Sur un très bon Armirail
En équipier modèle, Bruno Armirail (en tête), veille sur son leader, Jonas Vingegaard (à dr.). Hier, il a accompli une grande journée auprès du Danois.
Jonas Vingegaard, une nouvelle fois vainqueur hier, et Visma-Lease a bike peuvent compter sur l’aide du Français, recruté cet hiver et très costaud en Ardèche comme depuis le début de ce Paris-Nice.
«C’était une très grande journée de sa part,
il a fait du bon travail, il avait un gros moteur»
- FRANS MAASSEN, UN DES DIRECTEURS
SPORTIFS DE VISMA-LEASE A BIKE
«Des journées comme celle-ci créent forcément plus d’affinités.
C’est mon leader et je fais mon travail»
- BRUNO ARMIRAIL
13 Mar 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO (avec Y. H.)
COLOMBIER-LE-VIEUX (ARDÈCHE) – Un des véhicules Visma-Lease a bike est en passe de tomber en panne à cause d’un vilain bruit strident ? Pas grave, mettons Bruno Armirail devant avec une corde pour le tracter. Le car de l’équipe néerlandaise a déjà fermé ses portes et est à deux doigts de partir sans Bruno Armirail ? Pas grave, remettons le Français sur son vélo, il finira bien par le rattraper.
Les blagues autour de la performance du natif de Bagnères-de-Bigorre (31 ans) pourraient être aussi nombreuses que les louanges décernées hier, après une étape qui a vu Jonas Vingegaard, auteur d’une attaque à 20 kilomètres de l’arrivée, décrocher sa deuxième étape sur ce Paris-Nice, conforter son maillot jaune (2’20’’ de plus hier, reléguant ainsi Kévin Vauquelin, 4e, à 6’9’’), bien aidé un peu plus tôt par son coéquipier français.
Débarqué cet hiver chez les Frelons néerlandais, l’ancien de Decathlon a impressionné avec un relais de 17 kilomètres pour revenir sur l’échappée et mettre son leader danois sur orbite. « C’était une très grande journée de sa part, il a fait du bon travail, il avait un gros moteur, vous avez tous vu ça, appréciait Frans Maassen, un des directeurs sportifs de Visma. Il était très motivé pour aider l’équipe. C’est un super équipier. »
« C’est pour ça qu’il est dans notre équipe, reprenait Richard Plugge, le grand patron, avant de se fendre d’un « Félicitations! » en français en montant dans le car. Nous savions qu’il est vraiment très bon en contre-la-montre mais aussi qu’il est un grimpeur très solide. Et qu’il est capable de faire ce qu’il a fait aujourd’hui (hier). Il a réalisé un travail formidable. Nous l’avons recruté pour ça. »
« J’ai déjà fait beaucoup d’échappées avec Bruno, je ne suis donc pas surpris par ce qu’il a réalisé, souriait en y repensant le Belge Victor Campenaerts. Il est vraiment fort. Ce n’est pas explosif bien sûr mais quand il se met en route, il lance les watts. »
« Quand Richard dit ça, évidemment que ça me fait plaisir, appréciait Armirail quelques minutes plus tard, douché, changé et satisfait. Ce que j’ai montré aujourd’hui, c’est ce que j’aime faire. Mais quand le leader gagne à la fin, c’est encore plus plaisant. Être dans une équipe comme celle-ci et avoir de la reconnaissance, c’est super bien. »
Pour le lancement de sa saison, ce qui est aussi le cas du Danois, dont la reprise a été repoussée, Bruno Armirail donne des garanties à ses patrons, à ses coéquipiers et surtout à Vingegaard, qu’il épaulera aussi cet été sur le Tour de France. « C’est sa première course, c’est ma première course aussi. Il va où je suis! Il a appris que j’allais en Catalogne ( 23-29mars), il va venir aussi. En fait, c’est mon équipier! » , rigolait Armirail, bien plus détendu que mardi, lors du contre-la-montre par équipes à Cosne-sur-Loire (que Visma-Lesae a bike a terminé 4e), où il passait un gros test (il a franchi la ligne avec Vingegaard et Piganzoli).
« C’est normal, quand tu es le spécialiste, tu es attendu comme le gars qui ne doit pas se louper. L’équipe attend beaucoup, beaucoup de moi sur cet exercice du chrono. Il y avait bien plus d’attentes qu’une journée comme celle d’aujourd’hui » , expliquait le champion de France de la spécialité, rappelant que le travail d’équipier lui a toujours été familier ces dernières saisons et qu’il s’épanouit pleinement dans ce rôle.
« Je l’ai déjà fait par le passé, notamment pour David Gaudu à la Vuelta quand il avait gagné deux étapes en 2020, c’est un rôle que j’adore. Je continuerai toujours comme ça avec un grand plaisir, confie le Pyrénéen. Ce n’est pas différent parce que c’est Jonas, je donne toujours le maximum pour un leader, que ce soit lui, que ce soit David Gaudu, Félix Gall ou Ben O’Connor. J’ai toujours tout donné pour mon leader. » « On connaissait ses qualités, ce qu’il était capable de faire, louait encore Frans Maassen. Il apporte une belle plus-value à notre équipe. »
Cette plus-value passe par une intégration sportive mais aussi « sociale » puisque le Français prend des cours d’anglais, une fois par semaine lorsqu’il le peut, pour développer ses automatismes verbaux, notamment avec Vingegaard. « Ce n’est que le début et mon anglais est limité, rappellet-il. Mais, petit à petit, je progresse, on se parle, et des journées comme celle-ci créent forcément plus d’affinités. C’est mon leader et je fais mon travail. »
Son équipe aurait même aimé qu’il se pare de jaune mardi au soir du contre-la-montre par équipes, où il avait aussi brillé. « Je pense qu’aujourd’hui, il a montré qu’il avait vraiment confiance, encensait encore Richard Plugge hier soir. Et pas seulement confiance, mais aussi de la force. Il peut être très content. »
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Mercredi, dans l'étape des bordures, David Gaudu s’était bien battu.
Hier matin, il a rapidement été contraint à l'abandon.
Gaudu, la rechute
Vaillant mercredi à Uchon, le grimpeur de Groupama-FDJ United, vidé, a préféré abandonner en début d’étape, hier.
«Il travaille très dur pour retrouver de la régularité car le niveau, il l’a»
- STÉPHANE GOUBERT, DIRECTE'UR
SPORTIF DE DAVID GAUDU
13 Mar 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
COLOMBIER-LE-VIEUX (ARDÈCHE) – Jour, nuit, jour, nuit. En moins de vingtquatre heures, David Gaudu a appuyé sur l’interrupteur plusieurs fois au point de disjoncter dans la première ascension de la journée, la côte de Lentilly, hier, avant d’abandonner une vingtaine de kilomètres plus loin. « Il n’était pas bien, complètement vidé » , relatait Stéphane Goubert, son directeur sportif, sans pouvoir se prononcer sur l’origine du mal. « Est-ce un virus qui traîne ou autre chose? Ce matin, il s’est réveillé avec un mal de gorge, après une mauvaise nuit. »
La veille, à Uchon, où il avait terminé 8e (5e du général), on avait pourtant retrouvé le leader de Groupama-FDJ United rincé – dans tous les sens du terme – mais apaisé et souriant. Détaché, aussi, par rapport à ses ambitions, comme s’il voulait se dégager de toute pression : « J’ai fait 2e de Paris-Nice (en 2023), je n’ai pas ma carrière derrière moi, mais j’ai eu des résultats par le passé, je ne veux plus me prendre la tête. »
Cet abandon est un nouveau coup dur pour le Breton de 29 ans et sa formation, en lutte contre cette irrégularité chronique au bout d’un hiver où il a fallu tout reprendre de zéro.
« On y travaille depuis le début de l’année, On le sent en progrès, mais il part de très loin, on ne l’a caché à personne. Il travaille très dur pour retrouver de la régularité, car le niveau, il l’a. Il l’a prouvé hier ou en remportant une étape sur la Vuelta. »
Les deux exemples cités sont révélateurs de ses chutes de tension puisque après avoir gagné sur le Tour d’Espagne et pris le maillot rouge l’été dernier, Gaudu avait explosé alors que cette semaine, auteur d’un bon chrono avec son équipe puis solide dans l’étape dantesque du Morvan, il a rechuté, sauf si c’est en effet un virus qui l’a couché.
Son copain Ewen Costiou, également pas au mieux (125e, à 27’49 hier), est toujours en course, et on sent bien que, malade ou pas, le staff aurait aimé que le grimpeur de Landivisiau en fasse de même. « Ce matin, il était très fermé dans le bus, mais on avait dit au briefing qu’il ne fallait pas écouter ses sensations, qu’il fallait se battre, rappelait Goubert. Le corps, après une étape comme Uchon, s’est automatiquement mis en veille. Il fallait lutter pour le réveiller. »
L’électrochoc, c’est un peu la mission de Luca Festa, son nouvel entraîneur depuis cette saison. Sur Eurosport, il avait expliqué, il y a quelques jours, vouloir « reconstruire l’homme parce qu’il a perdu confiance en lui (…) Mentalement, je veux voir un David qui ne renonce jamais et qui reste concentré sur le fait de ramener quelque chose de la course, et pas de tout détruire à un certain moment. »

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