Plus sculpté qu’il n’y paraît
Depuis deux ans, Tadej Pogačar a allié un travail de gainage à une rigueur alimentaire qui lui a permis de dessiner un corps plus musclé.
«Ici, entre les courses,
quand il y a seulement deux semaines,
j’aime bien faire un jour d’entraînement,
un jour plus facile,
puis à nouveau un entraînement plus intense»
- TADEJ POGACAR
«C’est le meilleur coureur du monde,
peut-être même de l’histoire,
mais il doit travailler et il l’a compris»
- GORKA PRIETO-BELLVER,
SON NUTRITIONNISTE
4 Apr 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
WAREGEM (BEL) - Une bouteille d’eau devant lui, Tadej Pogačar ne risquait pas, hier, de réaliser des écarts à trois jours d’affronter les pavés flandriens. Cet hiver, il a pourtant pris du poids, un peu, ou plutôt du volume musculaire dessinant, depuis deux ans, un corps plus taillé avec Javier Sola, son entraîneur. Le gainage n’était pas sa priorité du temps d’Inigo San Millan, le prédécesseur du coach espagnol, et lui-même n’était pas non plus un grand fan du pesage de sa nourriture.
Aujourd’hui, il s’astreint à cette rigueur, à des exercices de renforcement réguliers, à la maison comme en course, quelques minutes parfois avant le départ. Résultat ? Une silhouette sculptée d’un bloc, massive en bas, plus légère en haut, sans perdre en force. « Il s’est beaucoup amélioré par rapport à l’année dernière, explique Gorka Prieto-Bellver, le nutritionniste d’UAE Emirates-XRG. Le poids augmente naturellement avec le travail de force mais on ne s’impose pas un chiffre, on travaille sur le rapport poids-puissance. »
Sur les grandes épreuves, le public ne le voit pas mais, l’an passé, lors du plus confidentiel UAE Tour, le Slovène, à l’ombre d’un camping-car de son équipe, se posait chaque matin sur un tapis, un élastique entre les jambes qu’il étirait à l’envi, selon un rituel bien défini. Ce gainage d’échauffement est aussi une réponse à sa position sur le vélo, revue par le staff pour lui donner plus de force dans les reins, au moment de mettre en chauffe ses pistons car l’épicentre de sa puissance se trouve dans le bas du dos.
Dimanche, sur le « steeple-chase » du Ronde comme l’appelait notre éminent collègue Philippe Bouvet, le leader d’UAE Emirates-XRG devra puiser encore plus dans ses cuisseaux qui évoluent au gré des séances d’entraînement et de la saison, « en salle ou lors des entraînements plus longs, avec du travail derrière la moto et des exercices plus explosifs, expliquait, hier, le double champion du monde. Ce n’est pas pareil que lorsqu’on s’entraîne pour un Grand Tour avec, par exemple, des blocs de trois jours d’entraînement. Ici, entre les courses, quand il y a seulement deux semaines, j’aime bien faire un jour d’entraînement, un jour plus facile, puis à nouveau un entraînement plus intense. »
Ce rythme lui sied puisqu’il a remporté cette saison les Strade Bianche puis, pour la première fois, Milan-San Remo. Mais le Ronde a encore d’autres spécificités entre l’enchaînement de ses berg, son dénivelé total et les conditions qui, selon la météo, peuvent servir ou desservir les gabarits de son type. À commencer dans le Koppenberg selon lui : « S’il est sec, ce n’est pas un problème pour les grimpeurs, juge-t-il. S’il est boueux, il faut vraiment avoir de très bonnes qualités techniques sur le vélo et ce n’est peut-être pas idéal d’être le plus léger. » En ce sens, son équipier Florian Vermeersch (1,93 m, 85 kg) a également pris un peu d’épaisseur cet hiver : « C’est la clé pour être fort sur les classiques. Je suis plus lourd d’un kilo et demi ou deux mais c’est surtout du muscle grâce à beaucoup d’exercices avec le physiothérapeute. »
La mission de Gorka Prieto-Bellver tourne autour de cet équilibre, la prise de muscle sans trop alourdir le profil du grimpeur slovène. « On ne peut pas vraiment se concentrer sur une partie spécifique du corps. Il doit être sec, avec un faible taux de graisse, mais en gardant suffisamment de force pour rester en bonne santé et récupérer après les entraînements. »
Le nutritionniste ne cille pas quand déroulent sous ses yeux les stories du quadruple vainqueur du Tour relatant ses arrêts à la boulangerie. « Ici, on a un plan et il s’y tient, il suit le menu du jour comme tous les autres coureurs. Le reste du temps, il sait ce qu’il doit faire, il a droit à des écarts : s’il brûle 6 000 calories, il peut bien manger un croissant dans la semaine (sourires). »
La nature l’a bien doté également car « il ne prend pas beaucoup de poids l’hiver : entre un kilo et un kilo et demi, jamais six kilos. Hors saison, c’est un peu de graisse. Mais en saison, non : il s’entraîne dur et fait de la musculation. » Au fil des années, il s’est dégrossi, délaissant « un peu de sa “graisse de bébé” comme on dit, sourit Prieto-Bellver. C’est le meilleur coureur du monde, peut-être même de l’histoire, mais il doit travailler et il l’a compris. »
Plus grand que « Pogi » (1,76m), Fabian Cancellara (1,86m), triple vainqueur du Tour des Flandres et aujourd’hui patron de l’équipe Tudor, se posait beaucoup moins de questions, il y a dix ans. « On regardait beaucoup moins ça. Mon poids oscillait : parfois 83-84 kg, parfois je redescendais à 80 kg puis je remontais à 83 kg. Aujourd’hui, tout est optimisé. » À tel point qu’hier, quand on a demandé au Slovène son poids, on aurait pu parier un billet sur sa réponse, au kilogramme près : « 66 kg ce matin. C’est un bon poids, non ? »

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