Frères d’armes
Adversaires en play-offs à partir de cette nuit, Victor Wembanyama et Rudy Gobert ont noué de longue date une relation privilégiée. Le pivot des Wolves s’est posé en grand frère de celui des Spurs, lui-même affamé. Quitte à bousculer son aîné.
4 May 2026 - L'Équipe
SAMI SADIK
En treize saisons NBA, sans oublier ses étés avec l’équipe de France, Rudy Gobert a eu le temps de bâtir sa collection de maillots adverses. Dans le lot, la tunique des Spurs, ornée du numéro 1 de Victor Wembanyama, est l’une des plus symboliques. « Pour RG27 » , avait écrit « Wemby », le 10 novembre 2023, encore en sueur, après leur première joute sur un parquet NBA (117-110 pour Minnesota). Le quadruple défenseur de l’année promettait d’encadrer l’objet, cadeau de celui qu’il qualifiait de « petit frère » .Victor Wembanyama balle en main face à Rudy Gobert lors de leur seule confrontation directe de la saison, avec à la clé une victoire des Wolves sur le parquet de San Antonio, le 11 janvier (103-104), malgré la domination de l’intérieur des Spurs (29 points, 7 rebonds) sur son compatriote.
Deux ans et demi se sont écoulés depuis cette scène dans un Frost Bank Center ambiance volcan endormi. Cette nuit, l’accueil dans le Texas sera bien plus hostile pour Gobert (2,16 m, 33 ans) et sa meute. Le choc 100 % français dans la raquette n’est plus une belle histoire de saison régulière, mais le catalyseur de la série entre San Antonio et Minnesota, avec des Bleus sur leur 31.
Première rencontre quand Wemby avait 13 ans
Wembanyama (2,24 m, 22 ans) a fait une entrée fracassante en play-offs (21 points de moyenne à 58,3 % au tir, 8,8 rebonds et 4 contres) lors de la qualification des Spurs au détriment de Portland (4-1) et Gobert a renvoyé le pivot de Denver Nikola Jokic auprès de ses chevaux (4-2 dans la série pour Minnesota face aux Nuggets) avec un immense travail défensif, au-delà des statistiques (7,7 points, 10,7 rebonds et 1,2 contre).
Les retrouvailles étaient à peine officielles qu’une archive est sortie de la boîte à souvenirs: ces vidéos prises à Nanterre, le 17 octobre 2020, lors d’un deux-contre-deux avec Gobert et Vincent Poirier (Efes) face aux espoirs Maxime Raynaud (Sacramento) et Wembanyama, alors respectivement âgés de 17 et 16 ans!
« C’était à l’initiative de Comsport (l’agence qui les représente). Un moment privilégié pour tous ceux qui étaient là. Rudy et Vincent avaient accepté avec beaucoup de bonne humeur. Et Victor avait joué sans complexe, mais je n’étais pas inquiet làdessus » ex-entraîneur devenu directeur sportif de Nanterre. Le benjamin du jour avait bluffé son collègue, déjà All-Star NBA. « Le talent de Victor, je pense qu’on n’a jamais vu ça en France et j’ai rarement vu ça dans le monde » , soufflait Gobert.
La tour de contrôle de Minnesota avait découvert son cadet quelques années plus tôt. « Je l’ai rencontré quand il avait 13 ans, à un événement pour enfants. L’un de mes agents, Jérémy Medjana, l’a amené. Je l’ai regardé lui et ses parents et je me suis dit qu’il allait être sacrément grand. Et quand il a eu 15 ans, j’ai vraiment entendu parler de lui. J’ai pu l’aider un peu pendant l’été avant cette vidéo à Nanterre. Le reste appartient à l’histoire » , retraçait le natif de Saint-Quentin (Aisne), samedi, à Minneapolis.
Le défenseur de l’année, objectif partagé
« Très vite, Comsport a considéré, par rapport à ce que pouvait être la suite pour Victor en NBA, que ce serait bien qu’il prenne contact avec Rudy » , complète Donnadieu. Mais le petit frère est vite devenu un adversaire de poids. « C’est comme jouer contre moi-même en défense. Il est tellement long, avec un bon sens du timing qu’il peut t’avoir à tout moment » , résumait Gobert après leur premier duel en NBA. Dès 2024, Wembanyama avait étalé ses ambitions sur le pré carré de son aîné: la statuette de défenseur de l’année. « Rudy a de grandes chances de gagner ce trophée cette saison et ce serait mérité. Mais qu’il le gagne maintenant car, après, ce ne sera plus son tour » , glissait-il avant de terminer deuxième du vote derrière Gobert. Deux ans plus tard, il est devenu le premier joueur sacré à l’unanimité. Son objectif assumé. « Qui sont les autres candidats ? » s’interrogeait-il début avril, sans mentionner Gobert, finalement quatrième.
Des paroles franches, habituelles chez la star des Spurs, même pas surprise de l’écho mondiale de la vidéo tournée à Nanterre en 2020. « Je ne dis pas ça pour frimer, mais j’étais fait pour ce genre de moments. J’ai travaillé pour ça, pour en arriver là, donc je n’ai pas été surpris.
Ni par ce moment, ni par les suivants » , racontait-il vendredi. Mais derrière ce discours bardé de confiance, Wembanyama a confié que son compatriote avait bien été « un modèle » , une inspiration « sur beaucoup de choses, notamment sur le soin apporté au corps, qui est un exemple pour tous les intérieurs » .
Les JO 2024, une association rêvée mais mitigée
« Victor est une telle éponge, il regarde ce qui se fait de mieux chez les autres et s’il peut l’adapter à luimême. Il a vu le professionnalisme de Rudy sur son corps » , appuie Donnadieu. Une attention obsessionnelle aux détails pour durer en NBA à un poste où les carrières brisées sont légion. « On le répète souvent aux intérieurs, ajoute Ruddy Nelhomme, ancien assistant en équipe de France sous Vincent Collet. Victor et Rudy se sont retrouvés sur la rigueur dans la préparation physique, les étirements, la nutrition, le sommeil. C’est dans leur culture. » Des propos confirmés de l’autre côté de l’Atlantique par Gobert, révélant vendredi que Wembanyama lui avait demandé… quel filtre d’eau il utilisait chez lui.
Les deux hommes auraient pu en parler en France à l’été 2024, « Ils avaient cette volonté très forte de pouvoir être associés » , confirme Donnadieu. La médaille d’argent avait fait oublier le bilan mitigé de la combinaison tant attendue, avec des « tours jumelles » dans le cinq de départ.
Une option validée par le duo, impatient de mettre le bleu de chauffe. « Ce n’était pas toujours fluide, mais ils ont vraiment essayé de trouver comment s’adapter l’un à l’autre, ils ont beaucoup parlé à l’entraînement et dès qu’il y avait une pause dans les séances pour trouver des habitudes de jeu » , se souvient Nelhomme.
Mais la star des Spurs était sortie de sa boîte en phase finale, lorsque Collet avait mis fin à l’expérimentation en sortant Gobert du cinq majeur. Deux ans plus tard, le sélectionneur Frédéric Fauthoux et son staff ne perdront pas une miette de leurs retrouvailles en play-offs, à l’aube d’un été crucial pour l’équipe de France (avec des matches de qualification pour le Mondial 2027 à disputer début juillet face à la Belgique et à la Finlande, avant deux autres rencontres fin août contre des adversaires à déterminer), que Gobert et Wembanyama espèrent vite retrouver. Cette fois sous le même maillot.
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Une histoire de transmission et d’émulation
17 octobre 2020
Les images d’un 2-contre-2 opposant Gobert et Poirier à Wembanyama et Raynaud, encore ados, emballent les USA. « Il fait 2,19 m, 2,43 m d’envergure, et sait tout faire ! », s’extasie ESPN au sujet de Wemby.
6 octobre 2022
Pour profiter du phénomène avant sa draft, la NBA invite Wembanyama à Las Vegas pour deux matches de gala contre le G-League Ignite. Gobert, au premier rang pour le deuxième opus, le voit planter 36 points. 21 mai 2023 Après une saison historique chez les Mets 92, Wembanyama repart avec tous les trophées individuels, dont celui de MVP. Gobert le lui remet avant un match de play-offs contre Cholet, club formateur de l’aîné.
10 novembre 2023
Leur premier duel en NBA est remporté par Minnesota à San Antonio (117-110), avec Gobert en double-double (11 points, 10 rebonds) mais qui subit trois contres de Wemby (29 points, 9 rebonds).
3 juillet 2024
Longtemps fantasmée chez les Bleus, l’association est testée sur huit matches, de la prépa des JO au premier tour du tournoi. Mais Yabusele finira par remplacer Gobert dans le cinq à partir du quart. 11 janvier 2026 Seule confrontation de la saison entre Wembanyama et Gobert qui, en difficulté face à son compatriote (29 points, 7 rebonds), laisse Julius Randle le défendre en fin de match. Victoire des Wolves (104-103).
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Temps mort profitable
Victor Wembanyama et les Spurs ont eu cinq jours complets pour préparer le match 1 face aux Timberwolves. Un temps précieux pour reposer les corps et surtout enchaîner les séances de travail.
4 May 2026 - L'Équipe
MAXIME AUBIN
SAN ANTONIO (USA) – Trois entraînements en cinq jours, soit autant que sur l’ensemble des six mois de la saison régulière : c’est ce dont ont pu bénéficier Victor Wembanyama et les Spurs cette semaine.
Ces derniers sont en effet au repos forcé depuis mardi, et leur qualification rapide, en cinq matches, face à Portland au premier tour des play-offs (4-1). Quant à leur prochaine rencontre, elle est prévue la nuit prochaine, au Frost Bank Center (3h30, heure française), face à Minnesota, en match 1 des demi-finales de la Conférence Ouest. « C’est une situation familière pour nous, vu comment le play-in fonctionne », a expliqué l’intérieur Luke Kornet jeudi, à la sortie de l’entraînement.
Qualifiée directement en play-offs, son équipe avait déjà bénéficié de cinq jours de repos du 13 au 17 avril, pendant que d’autres disputaient les barrages. « C’est une drôle de période, reconnaît Kornet. On essaie d’abord de remettre nos corps en ordre de marche. On peut travailler à l’entraînement sur des choses qui s’appliqueront peu importe l’adversaire, ou juste bosser sur certains aspects de notre jeu. »
San Antonio n’a connu son adversaire du tour siovant que jeudi, au terme d’une série entre Minnesota et Denver disputée en six rencontres (4-2 pour les Timberwolves). Si, lors du premier tour, Victor Wembanyama avouait ne pas avoir regardé en direct les matches de ses futurs adversaires, étant donné qu’il était trop concentré sur Portland, il a pu le faire ces derniers jours, appuyant ensuite sur le travail d’analyse vidéo avec le staff.
Une inexpérience à combler
« Portland était une équipe assez lisible. Ils sont du côté des équipes NBA qui jouent physique, direct. Maintenant, j’ai hâte d’affronter des équipes qui nous challengent davantage sur les aspects tactiques et techniques du basket », a affirmé le Français vendredi, après sa séance de tirs matinale, sans s’épancher outre mesure sur ce qu’il a repéré dans le jeu de Minnesota. « Je préférerais jouer le plus tôt possible. Attendre, ce n’est pas mon truc », a réagi son coéquipier Julian Champagnie, reconnaissant toutefois l’intérêt des cinq jours de préparation, surtout pour une jeune équipe qui découvre les play-offs.
« Le staff technique a fait un très bon travail pour nous préparer à ce qui nous attend, à ce que ça va être, car ils le savent et sont passés par des situations similaires » , a poursuivi l’ailier de 30 ans. Une référence, sans doute, à Sean Sweeney, entraîneur assistant de Mitch Johnson et spécialiste de la défense, qui a connu la finale NBA avec Dallas il y a deux ans (défaite 4-1 face à Boston). Rudy Gobert et les Wolves sont donc prévenus : « Wemby » et les siens ont largement eu le temps de préparer leur coup.
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Un duel de géants
8 - Victor Wembanyama a croisé la route de Rudy Gobert à huit reprises en NBA.
Le bilan penche nettement en faveur du pivot de Minnesota, vainqueur à six reprises.
9 - « Wemby » a contré Gobert neuf fois lors de leurs duels en NBA.
Dont trois fois dès leur première rencontre, en novembre 2023, sur le parquet des Spurs. « Gobzilla », lui, l’a attrapé deux fois.
95,7 - Au premier tour, Wembanyama a affiché un defensive rating exceptionnel : 95,7 points encaissés toutes les 100 possessions par les Spurs quand il était sur le parquet.
Rudy Gobert était plus en retrait face à l’attaque plus rodée de Denver (107,6).
1000 - Le match 5 (s’il a lieu) permettra à Gobert d’atteindre le cap mythique des 1 000 rencontres en NBA, saison régulière et play-offs confondus.
Il sera le quatrième Français dans ce cas, après Tony Parker (1 480), Nicolas Batum (1 281) et Boris Diaw (1 183).

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