ZANARDI Un hymne à la vie


Pilote de F1 et champion de monoplace aux États-Unis, l’Italien avait connu la gloire à la suite d’un crash, qui l’avait privé de ses jambes. Devenu quadruple champion paralympique, il s’était à nouveau gravement blessé lors d’un entraînement sur son hand

«Il ne faut jamais abandonner des rêves un peu fous. 
Si vous avez un espoir vers lequel vous tourner, il faut y aller à fond. 
Le bonheur est juste au coin de la rue»
   - ALESSANDRO ZANARDI

3 May 2026 - L'Équipe
FRÉDÉRIC FERRET

Jusque-là, il les avait toujours surpassés. Les accidents, pour Alessandro Zanardi, c’était presque devenu un rite de la vie. Cruel, mais auquel il survivait toujours. Même le camion qu’il avait percuté en juin 2020 sur les routes de Toscane dans une descente alors qu’il s’entraînait avec son handbike, ce vélo à pédales manuelles qui avait métamorphosé le pilote en champion paralympique, ne l’avait pas tué. Il avait fini par rentrer chez lui, après dix-huit mois d’hospitalisation, pour poursuivre sa convalescence après de graves blessures au visage et au cerveau. Il est décédé vendredi, à 59 ans, a annoncé sa famille.

Tous les drames qu’il avait traversés rendaient l’Italien presque immortel, insensible à ces terribles aléas de la vie qui lui permettaient de toujours se réinventer. Sans jamais se plaindre ni pester contre cette destinée qu’il aura, jusqu’au bout, refusée de vivre comme une fatalité.

La Formule1 d’abord. Celle qui, enfant, était toute sa vie et qui aurait dû lui permettre de briller. Cette discipline vers laquelle il s’était hissé avec l’aide d’un père plombier dont les tuyaux usagés, recyclés, servaient à façonner les roues de son kart, discipline découverte à l’âge de 13 ans pour apaiser la peine du décès, dans un accident déjà, de sa soeur Cristina, 15ans. Son parcours en monoplace le porta au sommet sans qu’il ne puisse y briller. Ses années chez Jordan, Minardi, Lotus et plus tard Williams ne livreront que l’image terne d’un pilote sans talent. Un point, c’est tout. Voilà son maigre palmarès en cinq saisons (de 1991 à 1994 puis 1999). Qui se souvient de ce Grand Prix d’Allemagne auquel il prend part en 1993, les os de son pied brisés dans un accident de vélo par un automobiliste imprudent qui lui avait roulé dessus ? Un accident déjà… C’est un autre, quelques semaines plus tard, qui fait basculer sa première carrière en F1. Violent et spectaculaire, le crash au sommet de l’Eau-Rouge à Spa pulvérise sa Lotus. Vivant mais victime d’une commotion cérébrale, il reviendra sur les GP au cours de la saison suivante, sans jamais briller dans

une écurie en déliquescence. La F1 lui claque la porte. L’Amérique lui ouvre les bras. C’est aux États-Unis qu’«Alex» va devenir Zanardi. Car tous ceux qui doutaient des capacités du Bolognais vont devoir revoir leur copie face à l’époustouflante carrière qu’il mène tambour battant outre-Atlantique. Il survole le Championnat CART, ancêtre de l’IndyCar actuelle, y glane deux titres (1997 et 1998) qui le ramènent en F1 chez Williams. Pour une saison seulement, ratée. Victime de la comparaison avec son équipier Ralf Schumacher, le frère cadet de «Schumi», qui le renvoie aux États-Unis.

Un miraculé respecté pour son courage et sa résilience

De cette parenthèse américaine va sortir le second Zanardi, celui du courage et de la résilience. Celui qui va prouver au monde qu’il est un grand champion. Dans un pays prompt à s’enflammer, l’Italien avait déjà conquis les passionnés au point qu’aujourd’hui encore on parle de son dépassement sur Bryan Herta en 1996, pompeusement baptisé LE dépassement (« THE pass»). La manoeuvre, dans un virage mythique, le Corkscrew du tracé légendaire de Laguna Seca (Californie), est audacieuse, courageuse et brillante. La manière dont Zanardi, volontaire, plonge à la corde, résiste à son adversaire américain, tout en sortant trop large, sans jamais rien lâcher, dit tout de son abnégation légendaire.

Cinq ans plus tard, en 2001, sur l’ovale allemand du Lausitz, toujours dans le Championnat CART, il va approcher la mort une première fois. Longtemps menacée en raison des attentats du 11 septembre, quatre jours plus tôt, la course a finalement lieu. Pour le plus grand malheur de l’Italien qui perd, à une quinzaine de tours de l’arrivée, le contrôle de sa monoplace. Elle s’égare dans l’herbe, revient sur le circuit en tête-à-queue. Alexandre Tagliani ne peut l’éviter et percute l’avant de sa voiture à 310km/h dans un choc effroyable. Les images sont glaçantes, les paroles du médecin, venu sur place dans les minutes qui suivent, sont terribles. Il parle de «médecine de guerre» , lui sauve la vie. Mais pas les jambes.

Zanardi se réveille doublement amputé. Il a perdu 75 % de son sang, son coeur s’est arrêté de battre sept fois, l’aumônier est venu lui donner l’extrême-onction, mais le Bolognais est vivant. Et va, aidé de sa femme, Daniela, repartir. Ses prothèses sont conçues par ses soins. Il avait d’ailleurs créé l’association Bimbingamba, engagée dans la fabrication de prothèses pour les enfants amputés du monde entier. Vingt mois après son accident, il est de retour sur les lieux du drame. Et reprend le volant d’une monoplace spécialement aménagée pour lui. Il boucle les treize tours qui manquaient à sa course en dépassant tranquillement les 300km/h. Son meilleur chrono sur ces treize tours lui aurait permis de se qualifier cinquième sur la grille. «Quand je me suis installé dans la voiture, c’était comme si je m’y étais assis la veille pour la dernière fois, déclare-t-il en quittant la voiture. C’était la chose la plus normale pour moi. Je me sentais comme à la maison. Une très belle sensation, comme quand tu passes une bonne soirée avec une belle femme. Tu veux revivre ça.»

Le WTCC, Championnat du monde des voitures de Tourisme, lui propose, de poursuivre sa carrière de pilote au volant d’une BMW adaptée à son handicap. L’accélérateur est manuel et réagit à la pression des doigts. Le frein est au volant. Pas facile, mais Zanardi s’adapte, et gagne. Avec quatre succès dans la discipline entre 2005 et 2009, il prouve qu’il sait encore piloter.

C’est pourtant ailleurs, du côté de l’handisport, que Zanardi se réinvente une dernière fois. D’abord en disputant le marathon de New York, où il remporte la catégorie handbike en 2011. L’année suivante, lors des Jeux Paralympiques de Londres, il remporte ses deux premières médailles d’or. En façonnant, encore, l’outil à ses besoins, aidé par Dallara, constructeur italien de châssis de monoplaces. Comme un clin d’oeil, c’est sur le tracé de Brands-Hatch, circuit britannique réputé où il courait en F3000, qu’il s’impose. «C’est un grand aboutissement, peut-être le plus grand de ma vie, jubilait-il après ses victoires en contre-la-montre et sur la course en ligne (catégorie H4). Ça n’a rien à voir avec ce que j’ai pu vivre en F1. À 20ans, on apprécie les titres. À 40, on apprécie juste ce que l’on fait chaque jour. J’ai eu beaucoup de chance de vivre une carrière comme celle-là en F1. Je ne le réalisais pas à l’époque, mais je comprends maintenant que c’était une période fantastique dans ma vie. Et c’est super de pouvoir revivre ces sensations-là. Je suis un homme chanceux.»

Il ne s’arrête pas là. Il devient champion du monde en 2013, signe deux nouvelles médailles d’or à Rio en 2016 mais en veut toujours plus. «Il ne faut jamais abandonner des rêves un peu fous, rappelait-il alors. Si vous avez un espoir vers lequel vous tourner, il faut y aller à fond. Le bonheur est juste au coin de la rue. J’ai arrêté ma carrière automobile à 42ans. Cela semblait stupide de tout laisser tomber comme ça. Mais, dans ma vie, ce n’est pas la première chose insensée que j’ai faite!»

Plus fou que cela, est-ce possible ? Il s’attaque à un triathlon. Mais pas n’importe lequel. À un Ironman et sa version la plus réputée d’Hawaï, en 2018. Il termine l’épreuve à la 272e place, 19e dans sa classe d’âge. Ce jour-là, il avoue avoir d’autres défis à relever, comme celui de disputer les 500 Miles d’Indianapolis. « Je chercherai toujours de nouveaux projets excitants, avouait-il alors avec son humour légendaire. Pourquoi pas la pêche à la ligne?»

EN BREF

Né le 13 octobre 1966
Mort le 1er mai à 59 ans
Palmarès : champion de CART (1997 et 1998), champion paralympique de course en ligne (2012, 2016), de contre-lamontre indviduel (2012), de course en ligne relais par équipes (2016).

***

ZANARDI Un inno alla vita

Pilota di F1 e campione delle monoposto negli Stati Uniti, l’italiano aveva raggiunto la gloria in seguito a un incidente che lo aveva privato delle gambe. Diventato quattro volte campione paralimpico, si era di nuovo ferito gravemente durante un allenamento con la sua handbike

«Non bisogna mai rinunciare ai sogni un po’ folli.
Se avete una speranza a cui aggrapparvi, dovete darci dentro.
La felicità è proprio dietro l'angolo»

   - ALESSANDRO ZANARDI


3 maggio 2026 - L'Équipe
FRÉDÉRIC FERRET

Fino ad allora, li aveva sempre superati. Gli incidenti, per Alessandro Zanardi, erano diventati quasi un rito di vita. Crudele, ma al quale sopravviveva sempre. Nemmeno il camion che aveva urtato nel giugno 2020 sulle strade della Toscana in una discesa mentre si allenava con la sua handbike, quella bicicletta a pedali manuali che aveva trasformato il pilota in campione paralimpico, lo aveva ucciso. Era finalmente tornato a casa, dopo diciotto mesi di ricovero, per continuare la convalescenza a seguito di gravi lesioni al volto e al cervello. È deceduto venerdì, all’età di 59 anni, ha annunciato la sua famiglia.

Tutte le tragedie che aveva attraversato lo avevano reso quasi immortale, insensibile a quei terribili capricci della vita che gli permettevano di reinventarsi sempre. Senza mai lamentarsi né inveire contro quel destino che, fino alla fine, lui si è rifiutato di vivere come una fatalità.

Prima di tutto la Formula 1. Quella che, da bambino, era tutta la sua vita e che avrebbe dovuto permettergli di brillare. Questa disciplina verso la quale si era fatto strada con l’aiuto del padre idraulico, i cui tubi usati e riciclati servivano a modellare le ruote del suo kart, disciplina scoperta all’età di 13 anni per lenire il dolore per la morte, in un incidente, della sorella Cristina, di 15 anni. Il suo percorso nelle monoposto lo portò ai vertici senza che potesse brillare. I suoi anni alla Jordan, alla Minardi, alla Lotus e più tardi alla Williams non forniranno che l’immagine scialba di un pilota con poco talento. Un punto, tutto qui. Ecco il suo magro palmarès in cinque stagioni (dal 1991 al 1994 e poi nel 1999). Chi si ricorda quel Gran Premio di Germania a cui partecipò nel 1993, con le ossa del piede fratturate in un incidente in bicicletta causato da un automobilista imprudente che gli era passato sopra? Un incidente, già... Ma è un altro, poche settimane dopo, a stravolgerne la prima carriera in F1. Violento e spettacolare, l’incidente in cima all’Eau-Rouge a Spa riduce in frantumi la sua Lotus. Vivo ma vittima di una commozione cerebrale, tornerà in pista nella stagione successiva, senza mai brillare in una scuderia in declino. La F1 gli chiude la porta in faccia. L’America gli apre le braccia. È negli Stati Uniti che «Alex» diventerà Zanardi.

Perché tutti coloro che dubitavano delle capacità del bolognese dovranno ricredersi di fronte alla straordinaria carriera che sta conducendo a ritmo serrato oltreoceano. Domina il campionato CART, antenato dell’attuale IndyCar, conquistando due titoli (1997 e 1998) che lo riportano in F1 con la Williams. Per una stagione, fallimentare. Vittima del confronto con il suo compagno di squadra Ralf Schumacher, il fratello minore di «Schumi», e che lo rimanda negli Stati Uniti.

Un miracolato rispettato per il suo coraggio e la sua resilienza

Da quella parentesi americana nascerà il secondo Zanardi, quello del coraggio e della resilienza. Colui che dimostrerà al mondo di essere un grande campione. In un Paese pronto a entusiasmarsi, l’italiano aveva già conquistato gli appassionati al punto che ancora oggi si parla del suo sorpasso su Bryan Herta nel 1996, pomposamente battezzato IL sorpasso («THE pass»). La manovra, in una curva mitica, il Corkscrew del leggendario tracciato di Laguna Seca (California), è audace, coraggiosa e brillante. Il modo in cui Zanardi, determinato, si tuffa all’interno, resiste al suo avversario statunitense, pur uscendo troppo largo, senza mai mollare, la dice lunga sulla sua leggendaria abnegazione.

Cinque anni dopo, nel 2001, sull’ovale tedesco di Lausitz, sempre nel campionato CART, sfiorerà la morte per la prima volta. A lungo a rischio a causa degli attentati dell’11 settembre, avvenuti quattro giorni prima, la gara si svolge infine regolarmente. Con grande sfortuna dell'italiano, che a una quindicina di giri dal traguardo perde il controllo della sua monoposto. La vettura finisce nell'erba e torna in pista con un testacoda. Alexandre Tagliani non riesce a evitarla e la colpisce frontalmente a 310 km/h in uno scontro terrificante. Le immagini sono agghiaccianti, le parole del medico, giunto sul posto pochi minuti dopo, sono terribili. Parla di «medicina da guerra», gli salva la vita. Ma non le gambe.

Zanardi si risveglia con una doppia amputazione. Ha perso il 75% del suo sangue, il suo cuore ha smesso di battere sette volte, il cappellano è venuto a dargli l'estrema unzione, ma il bolognese è vivo. E, aiutato dalla moglie Daniela, ripartirà. Le sue protesi sono progettate da lui stesso. Aveva infatti creato l'associazione Bimbingamba, impegnata nella produzione di protesi per bambini amputati in tutto il mondo. Venti mesi dopo l’incidente, è tornato sul luogo del dramma. E si è rimesso al volante di una monoposto appositamente attrezzata per lui. Ha completato i tredici giri che mancavano alla sua gara superando tranquillamente i 300 km/h. Il suo miglior tempo su questi tredici giri gli avrebbe permesso di qualificarsi quinto in griglia. «Quando mi sono seduto in macchina, era come se ci mi fossi seduto per l’ultima volta il giorno prima», dichiara mentre scende dall’auto. «Per me era la cosa più normale del mondo. Mi sentivo come a casa. Una sensazione bellissima, come quando passi una bella serata con una bella donna. Vuoi riviverla.»

Il WTCC, il Campionato mondiale delle auto da turismo, gli propone di proseguire la sua carriera di pilota al volante di una BMW adattata alla sua disabilità. L’acceleratore è manuale e reagisce alla pressione delle dita. Il freno è sul volante. Non è facile, ma Zanardi si adatta e vince. Con quattro successi nella disciplina tra il 2005 e il 2009, dimostra di saper ancora guidare.

È tuttavia altrove, nel mondo dello sport per disabili, che Zanardi si reinventa un'ultima volta. Innanzi tutto partecipando alla maratona di New York, dove vince la categoria handbike nel 2011. L'anno successivo, ai Giochi Paralimpici di Londra, conquista le sue prime due medaglie d'oro. Adattando, ancora una volta, l’attrezzo alle sue esigenze, con l’aiuto di Dallara, costruttore italiano di telai per monoposto. Come un ammiccamento, è sul tracciato di Brands-Hatch, famoso circuito britannico dove correva in F3000, che si impone. «È un grande risultato, forse il più grande della mia vita», esultava dopo le vittorie nella cronometro e nella gara in linea (categoria H4). «Non ha nulla a che vedere con quello che ho vissuto in F1. A 20 anni si apprezzano i titoli. A 40, si apprezza semplicemente quello che si fa ogni giorno. Sono stato molto fortunato a vivere una carriera come quella in F1. All’epoca non me ne rendevo conto, ma ora capisco che è stato un periodo fantastico della mia vita. Ed è fantastico poter rivivere quelle sensazioni. Sono un uomo fortunato.»

Ma lui non si ferma qui. Diventa campione del mondo nel 2013, conquista due medaglie d’oro a Rio nel 2016, ma vuole sempre di più. «Non bisogna mai rinunciare ai sogni un po’ folli», ricordava allora. «Se avete una speranza a cui aggrapparvi, dovete darci dentro. La felicità è proprio dietro l’angolo. Ho smesso con l’automobilismo a 42 anni. Sembrava stupido mollare tutto così. Ma, nella mia vita, non è la prima cosa insensata che ho fatto!»

Più folle di così, è possibile? Si cimenta in un triathlon. Ma non uno qualsiasi. Un Ironman e la sua versione più famosa alle Hawaii, nel 2018. Ha concluso la gara al 272° posto, 19° nella sua categoria di età. Quel giorno ha ammesso di avere altre sfide da affrontare, come quella di partecipare alla 500 Miglia di Indianapolis. «Cercherò sempre nuovi progetti entusiasmanti», ha confessato allora con il suo leggendario umorismo. «Perché non la pesca con la lenza?»

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