Michael Olise, l’artiste des Bleus qui voit tout avant les autres
Aussi spectaculaire sur le pré que discret en dehors, le natif de Londres, sur la lancée de sa saison au Bayern, séduit autant qu’il émerveille avec la France.
« Quand tu as un joueur comme ça,
qui crée des espaces, des déséquilibres,
par la qualité de passe et ses inspirations,
tu prends un verre, une paille,
tu t’installes dans ton fauteuil et tu regardes »
- Patrick Guillou commentateur bein Sports
« Jouer avec Michael, c’est très facile, c’est un joueur qui a toujours la tête levée »
- Kylian Mbappé Capitaine des Bleus
22 Jun 2026 - Le Figaro
Christophe Remise Envoyé spécial à Philadelphie
Attention, génie. Obnubilé par les efforts physiques et les statistiques, le football moderne peine à produire autant d’artistes qu’auparavant. L’équipe de France en a un, Michael Olise. «C’est un joueur énorme », jure Bradley Barcola, quand Manu Koné met en avant « son élégance, son calme ». « Plus il touche le ballon, mieux c’est. Cela amène du danger», souligne Didier Deschamps, qui a eu la bonne idée de réaxer le natif de Londres en seconde période mardi dernier, lors de la victoire inaugurale contre le Sénégal (3-1).
« Quand il est au coeur du jeu, il peut distiller, donner les ballons, il est très bon dans la dernière passe », juge quant à lui Adrien Rabiot, tandis que William Saliba parle d’un « crack ». « Techniquement, c’est la classe mondiale. Il peut tirer, dribbler, faire des passes… Il joue toujours juste. Ce n’est pas un mec qui va essayer de dribbler tout le monde. C’est un plaisir de l’avoir avec nous et de le voir jouer », enchaîne le défenseur d’arsenal. Lucas Digne, lui, estime qu’il a « quelque chose de magique. Sa vision de jeu est incroyable, il arrive à faire des choses incroyables avec son pied gauche. » Les Bleus sont sous le charme.
Avec le Bavarois, parler chiffres (22 buts, 31 passes décisives en 20252026) et technico-tactique ne suffit pas. Olise est un artiste qui réenchante le foot et séduit tout le monde autour des Bleus. Pleins phares sur ce joueur aussi spectaculaire sur le terrain que discret en dehors. Les réseaux sociaux, les micros, très peu pour lui. Il préfère laisser son pied gauche parler à sa place.
Encore que, le meilleur joueur de la saison écoulée en Bundesliga est plus ouvert dans l’intimité du vestiaire et du groupe que face aux journalistes. « C’est un bonheur de l’avoir au quotidien avec nous, c’est quelqu’un de très bien dans un groupe, il apporte sa joie. Même s’il est un peu plus distant en dehors du terrain avec vous (les journalistes), avec nous, sur le terrain, c’est quelqu’un d’incroyable, et dans le groupe aussi », explicite Lucas Digne. « C’est quelqu’un de très jovial, très drôle, on l’aime tous », ajoute Manu Koné.
« Stratosphérique », c’est le premier mot qui vient à l’esprit de Patrick Guillou, qui suit la Bundesliga pour bein Sports. Et qui était donc aux premières loges pour assister à l’éclosion de l’ex-joueur de Reading (2017-2021) et Palace (2021-2024), arrivé au Bayern il y a deux ans, après avoir décroché l’argent aux JO de Paris 2024 avec les Bleuets de Thierry Henry. « Olise, c’est le genre de joueur que tu dois payer pour voir jouer en vrai une fois dans ta vie », s’enflamme l’ex-stéphanois, conquis par un « joueur tout simplement beau à voir jouer ».
Mélange de spontanéité et de précision chirurgicale, Michael Olise a en effet tout pour plaire. Son génie ne se mesure pas seulement au spectaculaire, mais surtout à sa capacité à rendre l’improbable évident. « C’est un footballeur de rue, de cour d’école. Il a cette inspiration, ce génie, cette insouciance. Il faut qu’il les garde le plus longtemps possible, c’est encore un jeune joueur, qu’il ne calcule pas, qu’il ne rentre pas dans une case », réclame Pat Guillou, affirmant que « quand tu as un joueur comme ça, qui crée des espaces, des déséquilibres, par la qualité de passe et ses inspirations, tu prends un verre, une paille, tu t’installes dans ton fauteuil et tu regardes. »
Prochaine représentation face à l’irak ce lundi (23 heures, M6 et bein) à Philadelphie pour le natif de Londres, dont on peine à croire qu’il n’a pas été retenu durablement par les académies d’arsenal, Chelsea et Manchester City. Né d’un père nigérian et d’une mère franco-algérienne, élevé à Londres, Michael Olise a construit sa trajectoire loin des sentiers battus.
Chemin qui l’a notamment conduit jusqu’à Kylian Mbappé, qu’il a mis sur orbite pour l’ouverture du score face au Sénégal. « Jouer avec Michael, c’est très facile, c’est un joueur qui a toujours la tête levée », souligne « KM », qui « l’adore ». Au-delà du plaisir visuel qu’il procure aux spectateurs, Olise a aussi et surtout « les yeux de la Nasa. Si la radiographie n’existait pas, ça serait le Dr Röntgen (physicien allemand qui a découvert les rayons X en 1895, NDLR), s’amuse Patrick Guillou. Et sa qualité technique n’a d’égal que son intelligence situationnelle. C’est le genre de joueur qui est dans l’inspiration, qui voit tout avant les autres », savoure-til, ajoutant qu’olise « a toujours scanné la situation avant. Sa première volonté, c’est d’aller vers l’avant. »
Régal pour les yeux et accélérateur de particules. Et encore, ce n’est que le début. Car Michael Olise n’a que 24 ans, seulement 18 sélections (7 buts) et deux ans de vécu en Bleu. «Je crois qu’en deux ans, je ne l’ai vu faire qu’un match moyen », promet Guillou, décelant quelques axes de progression. « Il pourrait être encore plus rationnel dans les courses de replacements défensifs, même s’il n’est pas avare en efforts et qu’il ne laisse pas sa part aux chiens. Il pourrait être encore plus clinique dans certaines situations », jure-t-il.
Au Bayern, Michael Olise brille en tant qu’ailier droit. Mardi dernier, c’est quand il a été placé dans le coeur du jeu qu’il a donné la pleine mesure de son talent. «Cela lui offre une diversité beaucoup plus grande dans ses angles de passe, dans l’attaque de l’espace, ou en l’occurrence, du demiespace, comme sur le premier but de Mbappé », décrypte Pat Guillou, estimant que l’intéressé «peut faire ce qu’il veut et vraiment désorganiser l’adversaire ».
Avec sa patte gauche et des yeux derrière la tête, Michael Olise apporte un profil devenu rare chez les Bleus, celui du créateur. Un joueur « cérébral », dixit Vincent Kompany, son coach au Bayern. Il ne se contente pas d’accélérer le jeu : il le pense, le dessine, l’organise. Meneur de jeu moderne, dans la filiation de ces joueurs qui privilégient la lecture à l’athlétisme pur.
Après la retraite internationale d’antoine Griezmann, c’est peut-être le joueur dont les Bleus avaient besoin, sans le savoir. « On avait Michel Platini et Zinédine Zidane, on a Michael Olise », s’enflamme Patrick Vieira, sur ITV, voyant dans le Bavarois « un futur Ballon d’or ». « Il a encore beaucoup de choses à accomplir avant de le comparer à Platini ou Zidane », tempère William Saliba, ne manquant pas de dire à quel point « c’est un plaisir de l’avoir dans notre équipe. Il peut tout faire, débloquer des situations. Je lui souhaite d’être, un jour, dans cette cour. En tout cas, c’est un peu trop tôt… », note le Gunner.
La seconde période face aux Lions de la Teranga, ce n’est qu’un avant-goût. Et notamment en ce qui concerne la relation avec Mbappé. « Il aura davantage la tentation d’orienter vers l’avant si Mbappé et les autres proposent une solution », analyse Patrick Guillou, confirmant que « la connexion Mbappé-olise est encore perfectible. S’ils parviennent à créer cette relation privilégiée entre eux, cette connexion, on peut avoir des moments de vrai plaisir. Le foot, c’est de penser la même chose en même temps. »
Et d’ajouter : « J’attends qu’il ait avec Kylian Mbappé cette relation privilégiée qu’il peut avoir avec Harry Kane au Bayern Munich. Mais pas juste une fois, sur une action, plutôt cinq fois par mi-temps. » Cette relation privilégiée, c’est sans doute la clé pour l’équipe de France au Mondial, celle qui peut permettre de viser les étoiles et d’en ajouter une troisième sur le maillot frappé du coq.

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