En attendant juillet
Vainqueur du classement général du Tour de Suisse, Tadej Pogačar a remporté
trois étapes durant cette édition, dont le chrono et celle d’hier à Villars-sur-Ollon.
… Pogaca non plus
Tadej Pogačar, qui a rattrapé Lenny Martinez dans les derniers mètres de l’ultime étape hier, s’avance vers le Tour de France, sûr de sa force.
«On sait que tous les compteurs seront remis à zéro.
Il est en très bonne forme mais on l’a vu par le passé
que de petites choses peuvent se passer»
- ANDREJ HAUPTMAN, DIRECTEUR SPORTIF D’UAE
2 Jun 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
VILLARS-SUR-OLLON (SUI) – L’histoire s’est terminée comme on l’avait tous imaginée, par une victoire de Tadej Pogačar, mais, contrairement à la prophétie d’un directeur sportif résigné par la mainmise de la formation du Slovène sur ce Tour de Suisse (quatre succès avec Jhonatan Narváez et Pogacar à trois reprises, plus le général), l’étape d’hier ne fut pas « une cyclosportive » . Car le double champion du monde a dû s’employer pour aller chercher cette teigne de Lenny Martinez qui lui a résisté jusqu’à 800 mètres de la ligne après avoir pris la tangente dès le début de cette journée où seuls les bovins avaient eu le droit de poser leur langue pendante dans les herbes ombragées.
Le peloton, lui, a été mis sous assistance respiratoire dès l’entame avec l’ascension de la fin du sublime col de la Croix (enchaîné ensuite en entier à deux reprises): le départ fictif avait à peine été digéré que certains se retrouvaient déjà largués, après seulement 9 kilomètres de course. Martinez, malgré un début de semaine raté, a passé le sommet de cette première montée dans le sillage de Louis Vervaeke avec tout un groupe de solides coursiers – Bauke Mollema, Nairo Quintana, Finn Fisher-Black, Mauro Schmid, Mattia Gaffuri, Bart Lemmen - qui pouvait déjà sentir le souffle de Tim Wellens.
Pogačar en a eu marre à 9 km du terme
Le champion de Belgique avait pour mission de maintenir un écart raisonnable : « L’idée était de réaliser la dernière montée à fond, expliquait après coup, Mauro Gianetti, manager sportif de la formation UAE Emirates-XRG. Si on pouvait aller gagner l’étape en réduisant l’écart avec l’échappée, tant mieux, mais on ne voulait pas tuer l’équipe, donc on a laissé un peu faire avant que Decathlon ne réalise le travail dans la bosse. »
À 9 kilomètres du terme, Pogačar en eut marre et partit à l’assaut d’un Lenny Martinez qui, dans le même temps, s’isola pour sauver sa peau. « Lenny a été costaud, saluait Gianetti. Je m’en doutais, je l’ai vu sur les deux premiers passages Croix), il n’était pas là par hasard. »
Au pied du podium, au moment d’aller récupérer le Prix Gino-Mader, mort sur l’épreuve en 2023, sa moue disait la déception de voir un succès lui filer sous la roue pour sept petites secondes derrière le Slovène. Mais, quelques minutes plus tard, il prenait conscience du fossé qui sépare le quadruple vainqueur du Tour du reste du monde : « C’est dur parce que c’était juste avant la partie plate, avant l’arrivée, mais j’ai vraiment coincé à 1,5 km. Je le voyais revenir dans les lacets. Au pied de la dernière bosse, j’ai une minute d’avance et je finis à moins de dix secondes, c’est bien après avoir passé toute la journée devant. Je suis arrivé vraiment nul sur le Tour de Suisse, “désentraîné” après ma chute d’altitude) puis j’ai été mieux de jour en jour pour terminer avec cette deuxième place, comme une victoire face à Tadej. »
Au moment de la cérémonie protocolaire, ce dernier lui a glissé un mot et un clin d’oeil, au sens propre comme au sens figuré. « Il m’a dit : “Je suis désolé, c’est comme ça.” Mais c’est mieux de gagner sur le Tour qu’ici » , souriait le grimpeur de Bahrain-Victorious. On verra, j’espère que cela me portera chance ( rires). »
Car le leader slovène, sa 120e victoire professionnelle à peine savourée, se tourne déjà vers la Grande Boucle : « C’est une très grande victoire. C’était un objectif, un souhait que j’avais sur ma liste depuis très longtemps. Je suis vraiment heureux que nous ayons réussi avec les gars ici. Et cela donne aussi beaucoup de confiance pour le Tour. »
Convaincu d’être dans une forme encore supérieure à l’an passé, il va passer quelques jours de repos avant de monter en altitude, à Isola 2000, pour un énième stage. Sûr de sa force, même si Andrej Hauptman, son directeur sportif, invitait à la prudence : « C’est une bonne préparation pour le Tour, mais on sait que tous les compteurs seront mis à zéro. Il est en très bonne forme, mais on l’a vu par le passé que de petites choses peuvent se passer. »
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