Bilan d’étape d’une course écrasée par la canicule et Pogacar
Photo Étienne Garnier. Presse Sports Joris Delbove,
lors de la troisième étape du Tour de France, entre Granollers et Les Angles, le 6 juillet.
«Libé» a profité de la première journée de repos des coureurs, lundi, pour jeter un coup d’oeil dans le rétro, au gré des vigilances rouges et de l’euphorie des bords de route (ombragés si possible).
14 Jul 2026 - Libération
QUENTIN GIRARD Envoyé spécial sur le Tour
La donnée vient de ProCyclingStats et laisse ahuri. Sur le Tour, depuis le départ, le 2 juillet à Barcelone, la température moyenne pendant les étapes est de 32,4 °C! Depuis 2007 que le site spécialisé dans le cyclisme prend ces mesures, jamais cette moyenne n’avait dépassé 25,9 °C, en 2022. On est donc 6,5 °C au-dessus du précédent record. Certes, la Grande Boucle est partie du sud du pays, elle n’est pas terminée, et elle espère retrouver un temps plus clément dans les Vosges. Il faudra refaire un point dans deux semaines. Dans l’immédiat, après la première journée de repos de lundi, les arrivées dans le Cantal puis en remontant vers la Nièvre s’annoncent très chaudes, le tracé semblant suivre les vagues de chaleur.
La canicule a déjà eu des effets radicaux sur l’organisation. Lors de l’arrivée dans des Pyrénées-Orientales ravagées par les flammes, les spectateurs ont été invités à rester chez eux. Dimanche, dans une Corrèze en vigilance rouge, le tracé a été réduit d’une trentaine de kilomètres, évitant le cagnard pour s’enfoncer plus vite dans des cols boisés. Pour l’instant, au contraire de la majorité des événements sportifs se tenant dans les mêmes coins, aucune étape n’a été annulée. Grâce à l’art de la négociation du directeur du Tour, Christian Prudhomme ? Ou parce qu’aucun préfet n’a osé prendre une décision aux enjeux politicofinanciers énormes, qui remonterait jusqu’aux plus hauts sommets de l’Etat et provoquerait la colère des élus locaux et des habitants ?
Débat. Sur les bords des routes, les températures n’arrêtent personne et les spectateurs à qui l’on a pu parler n’acceptent que mollement les éventuelles restrictions. De Malemort à Ussel, les fans ont semblé encore plus nombreux que d’habitude, se regroupant dans les coins d’ombre ou les forêts. On peut y voir une folie, d’autant plus que beaucoup abusent de l’alcool dès le matin. On peut aussi considérer que c’est une journée en famille, où les gens s’occupent et prennent soin les uns et des autres, notamment des plus âgés, qui sont d’ordinaire les premières victimes des coups de chaleur, oubliés seuls chez eux.
Chez les coureurs, le débat commence à prendre de l’ampleur. Ils sont nombreux à considérer que cela fait partie des risques du métier, l’essence même du cyclisme de route étant de lutter contre les éléments, les combats les plus épiques contre des météos contraires ayant nourri la légende de ce sport. Ils estiment aussi qu’ils ne sont pas forcément les plus mal lotis, bénéficiant d’eau et de glace à foison, au contraire, par exemple, de tous les invisibles qui préparent les parcours, montent les podiums à l’arrivée, surveillent les parkings, etc. Mais des syndicats de coureurs ont demandé que les courses soient déplacées à des horaires plus cléments quand il fait trop chaud. Tadej Pogačar, le patron du peloton, est allé encore plus loin en conférence de presse dimanche soir. «Si ça ne tenait qu’à moi, a-t-il expliqué, je changerais tout le calendrier. On ne courrait plus dans des endroits chauds en été et en août.» Il ne voit pas non plus d’un bon oeil de décaler les départs à 10 heures du matin, au lieu de midi ou 13 heures actuellement, qui ferait arriver au plus chaud de l’après-midi. A la limite, il faudrait commencer à 8 heures, a-t-il précisé, ce qui nécessiterait de repenser l’organisation de fond en comble.
Luttes. Pour le moment, l’organisateur, ASO, s’est refusé à envisager ces options, qui seraient probablement désastreuses pour les audiences, la présence en bord de route et financièrement. Nul doute que le débat va continuer si les températures continuent d’être caniculaires avant l’arrivée à Paris ou dès la prochaine édition.
Il faut dire aussi que sur le plan sportif, il n’y a pas grand-chose à discuter. Tadej Pogačar a déjà écrasé le Tour. En trois fois : en laissant gagner son coéquipier Isaac del Toro à Barcelone, en gagnant aux Angles, puis en pulvérisant ses adversaires et le record de l’ascension du Tourmalet. Pour cette deuxième semaine qui commence ce mardi par une étape dans le Cantal allant jusqu’au sommet du Lioran, il faut s’intéresser aux accessits pour trouver un semblant d’intérêt: les luttes pour le maillot vert ou pour le podium, avec les jeunes Français Paul Seixas et Lenny Martinez en bonne position, s’annoncent indécises.
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