Patron discret mais écouté


Largement en tête du classement général, Tadej Pogacar règne sportivement sur cette édition du Tour de France.

Chaleur, chutes, santé mentale… Tadej Pogacar n’hésite plus à prendre position sans forcément régenter le peloton.

“Si vous l’interrogez sur le fait que les femmes et les hommes ont les mêmes étapes, il ne parlera pas dix minutes mais trente parce qu’il adore discuter de ce genre de sujets"
   -  ALEX CARERA, AGENT DE TADEJ POGACAR

14 Jul 2026 L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS (avec E. Th.)

FIGEAC (LOT) – N’attendez pas de Tadej Pogacar qu’il descende de son vélo pour aller distribuer quelques droites comme le fit Bernard Hinault avec des ouvriers des chantiers navals qui tentaient de bloquer la course, lors de Paris-Nice, en 1984. Ni qu’il joue la police au sein du peloton. Les autres coureurs craignent d’ailleurs plus le rythme de son équipe UAE Emirates-XRG et ses propres attaques que ses coups de gueule mais, depuis quelque temps, le Slovène n’hésite plus à prendre des positions sur des sujets annexes au seul récit sportif. « Parce que les médias lui posent la question et qu’il y répond » , nuance Christian Prudhomme, le patron du Tour.

En effet, le leader de 27 ans réagit plus qu’il ne monte au front spontanément, mais il ne se cache plus. Après l’étape suffocante d’Ussel (Corrèze), il s’est exprimé sur les conséquences des épisodes caniculaires et la nécessite d’une réforme du calendrier: « Quelqu’un a proposé de commencer à 10 heures, mais pour moi, ça ne change rien, car on finit en pleine chaleur. Aujourd’hui (dimanche), il faisait bien moins chaud à l’arrivée qu’au départ. Il faudrait donc commencer à 8 ou 9 heures, voire plus tôt encore. Mais je pense que le corps peut à cela aussi: se réveiller à 5 heures du matin et disputer une étape à 8 heures. » Lors du Tour de Suisse, qu’il a remporté en juin, il avait également salué la mise en avant du cyclisme féminin que l’organisation avait programmé le même jour que les hommes, tout en pointant les départs (trop) matinaux que cela impliquait pour le peloton féminin…

Avant le Grand Départ de Barcelone, son agent Alex Carera expliquait que son protégé ne se lassait pas des médias mais des questions, « toujours les mêmes. Si vous l’interrogez sur le fait que les femmes et les hommes ont les mêmes étapes, il ne parlera pas dix minutes mais trente minutes parce qu’il adore discuter de ce genre de sujets » . L’an dernier, à la fin d’un Tour éreintant psychologiquement, il avait ainsi dénoncé la sauvagerie des réseaux sociaux – « un cancer » – et les risques sur la santé mentale des champions. Pas au point de régenter tout le peloton, qu’il martyrise déjà assez comme ça avec ses raids.

En 2024, il avait cependant été le porte-parole des coureurs lors de la course des Trois Vallées Varésines noyée sous une pluie démente et finalement arrêtée après une heure quinze de route. Le double champion du monde avait alors rencontré les dirigeants italiens et assumé : « Cette course représente beaucoup pour eux. Ils étaient en train de pleurer (…) Mais je connais beaucoup d’amis dans le peloton qui ont souffert de commotions cette année, nous devons être plus vigilants sur ce sujet. »

Une tendance confirmée cette semaine quand il a acté le choix des formations de favoris de se caler au chaud à l’approche des arrivées consacrées aux sprinteurs afin d’éviter les chutes massives. « Visma a commencé à faire ça sur le Giro cette année, explique Alex Baudin (EF Education-Easypost). Après, UAE s’est dit : “Si Visma est là, on va être en sécurité avec eux, on va rester avec eux.” Ensuite Bora aussi. Et j’ai entendu que Tadej Pogacar était allé voir les autres équipes en disant que si tout le monde se mettait derrière, il n’y avait aucun problème. »

Plus représentant que leader d’opinion

Prudhomme salue « son initiative on ne peut plus pragmatique » sans en voir l’héritier, sur ce plan, du «Blaireau» ou d’Eddy Merckx. « Aujourd’hui, non, mais il n’a pas fini sa carrière (sourire). Mais je constate sa double évolution: alors qu’il parlait peu lors de ses premières victoires car il était jeune, il est devenu un champion qui gagne presque partout et un homme qui mûrit. »

Plus représentant que leader d’opinion, il n’avancera pas le poing levé selon son équipier Felix Grossschartner. « C’est le plus grand coureur actuel et, évidemment, les gens prêtent davantage attention (à ce qu’il dit). Mais je pense que ce n’est pas quelque chose qui lui plaît, car c’est aussi une responsabilité. Les favoris qui se battent en permanence pour obtenir des résultats doivent avant tout rester concentrés sur euxmêmes. » Son leader a d’autres combats à mener.

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