Grégoire : « On se fait plus du mal qu’autre chose »


En souffrance en ce début de Tour, à l’image d’une bonne partie du peloton, le champion de France s’est confié sur les conditions extrêmes qui accablent les coureurs cet été.

“Il peut y avoir un accident un jour, un coureur qui fait un malaise. Il serait bien de prendre des mesures avant

14 Jul 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS

AURILLAC – Contrairement à ses coéquipiers, Romain Grégoire (Groupama-FDJ United) n’a pas roulé lors de la première journée de repos qu’il attendait « avec impatience, même si la fin de semaine a été moins horrible que le début ». Déshydraté, le champion de France dit avoir perdu entre « 1,5 et 2 kg » , un poids qu’il avait repris hier et qui lui faisait espérer un sursaut, peut-être dès aujourd’huiauLioran.Comme la plupart des coureurs du peloton, Romain Grégoire a subi les conditions extrêmes de chaleur sur le Tour.

Jeudi, dans l’étape pyrénéenne remportée par Tadej Pogacar, il a ressenti de « la honte à être dans le gruppetto avec le maillot dechampiondeFrance, l’une despires journées de [ sa] carrière » qu’il a conclue en pleurs. « Ce n’est pas l’image que j’ai envie de montrer, au fond du trou, mais c’est le jeu aussi » , relativise-t-il désormais, une bouteille d’eau à la main, dans la cour ombragée de sonhôtel, àAurillac.

À Gavarnie, vous êtes apparu comme l’étendard d’un peloton en souffrance… 

Quand on en parle entre coureurs, tout le monde se dit fatigué, en bout de course, que ce début de Tour est super épuisant. Et en même temps, dès que le drapeau est baissé, tout le monde part à fond, et ça va à une vitesse de dingue. Donc on se demande si les mecs sont vraiment fatigués! Mais oui, cetteimage( delui enpleurs, jeudi), c’est aussi l’ image du Tour de France. On voit beaucoup les paillettes, le maillot jaune, les mecs qui lèvent les bras. Mais au final, un paquet derrière est dans la souffrance, juste pour finir les étapes. Il ne faut pas banaliser ce qu’ on fait. Les efforts répétés tous les jours, à monter des cols sous cette chaleur, à cette vitesse-là, c’est vraiment difficile. Et même les vainqueurs souffrent énormément. Ça montre aussi une autre fa cette du Tour. Ce n’ est vraiment pas une course comme les autres. On s’ en rend compte encore cette année.

Ce que nous ne ferions'pa'sfaire à des “mulets, nous le faisons.” C’est une citation des frères Pélissier dans l’article d’Albert Londres, “les Forçats de la route”, sur le Tour 1924. Rien n’a changé?

J’ aurais des propos un peu plus modérés. On est quand même content d’ être là, on a choisi d’ être là. Après, quand on voit les épisodes de canicule où l’ on demande aux gens de ne pas sortir de chez eux, de faire le moins d’ efforts physiques possible, et que nous, on se tape des courses de 200 kilomètres, au max de ce qu’ on peut faire… On est un peu en marge de la société. Quand on pense au sport, on pense au sport santé. On en est à des années-lumière. Là, on se fait plus du mal qu’ autre chose.

Vous avez le sentiment de mettre votre santé en péril, ces jours-ci?

Non, je n’ irai pas jusque-là. C’ est sûr que ce n’ est pas bon pour la santé. Après, la mettre en péril, je ne sais pas. On s’ entraîne pour ça. On a tous fait de gros entraînements sous la chaleur. On a uns taffhyper compétent qui met tout en place pour nous rafraîchir au maximum. On arrive à faire en sorte que ce soit faisable. Je ne vais pas dire raisonnable maisfaisable.

Tadej Pogačar a émis l’idée de ne plus organiser de course l’été dans les pays chauds.

Ça serait beau sur papier, mais ce n’ est tout simplement pas possible. En mars, on se plaint que Paris-Nice soit sous la neige et qu’il faudrait changer le calendrier. À chaque période de l’ année, on a des difficultés avec la météo. On a un sport en extérieur et il faut s’ adapter. Comment? Il n’ y a pas 15000 solutions. Ce qui paraît le plus faisable logistique ment, ce serait d’ adapter les horaires. Si on pouvait faire des départ sà 9 heures, 9h 30 et arriver vers 13 heures, 13h 30, on éviter ait quand même les heures les plus chaudes de la journée et ça limiter ait déjà les dégâts. Les périodes de canicule, on commence à s’ y habituer, ça devient de plus en plus fréquent. Il va falloir quand même faire quelquechose. Même si je n’ ai pas l’ impression de mettre ma santé en danger, il peut y avoir un accident un jour, un coureur qui fait un malaise. Il serait bien de prendre des mesures avant.

Dès ce Tour?

Maintenant que la machine est lancée, c’ est compliqué. Mais ça serait bien qu’ on prenne des décisions assez rapidement, de ne pas

En 1978, porteur du maillot de champion de France, Bernard Hinault, avait été poussé à mener la grève (*). Vous incite-t-on aussi à prendre la parole?

Non, ce n’ est pas du tout mon rôle. Je n’ ai que 23 ans, d’ autres coureur sont beaucoup plus de recul, d’ expérience, peut-être plus de charisme aussi. Ce n’ est pas forcément à moi de prendre la parole. Mais c’ est sûr que la solidarité des coureurs peut faire changer les choses. Mêmes ion voit que la solidarité des coureurs, c’ est compliqué… Quelquesuns acceptent bien la chaleur et tirent avantage de cette situation. Ça me paraît compliqué que 100% du peloton arrive à tomber d’ accord et qu’ on prenne des décisions ensemble. Mais ce serait bien qu’ on arrive à tendre vers cela .»


(*) Le peloton protestait contre les départs trop matinaux et les transferts trop longs, notamment lors des journées comportant des demi-étapes.

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14 Jul 2026 - L'Équipe
La chaleur joue les prolongations

C’est désormais la compagne un peu encombrante de ce début de Tour : la chaleur. Depuis les premiers coups de pédale à Barcelone, le peloton a dû composer avec un thermomètre qui s’affole, et ce n’est pas terminé. Selon Météo-France, il devrait encore faire plus de 30 °Caujourd’hui entre Aurillac et Le Lioran, avant une nouvelle montée en température avec 38 °C demain entre Vichy et Nevers et 35 °C jeudi vers Chalon-sur-Saône. Il faudra patienter jusqu’à vendredi pour retrouver un peu d’air, avec des températures nettement plus agréables (autour de 25 °C) pour les étapes dans l’est de la France.

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