Maxi Cooper
Cooper Lutkenhaus a remporté la Ligue de diamant de Stockholm,
dimanche, pour sa première apparition sur le circuit mondial.
À 17 ans, le Texan Cooper Lutkenhaus est le nouveau prodige du 800 m. Champion du monde en salle cet hiver, il vient de gagner à Stockholm pour sa première Ligue de diamant et remet ça dès demain à Oslo.
"Ce que j’aime dans l’athlétisme, c’est que c’est un sport très simple.
Il s’agit de savoir qui peut parcourir la distance le plus vite"
- COOPER LUTKENHAUS
9 Jun 2026 - L'Équipe
ROMAIN DONNEUX
STOCKHOLM – Hier, 10 h 29. La voie 12a de la gare centrale de la capitale suédoise est transformée en stade d’athlétisme. Sam Kendricks, Marco Arop, Renaud Lavillenie, la plupart des athlètes qui enchaînent les meetings de la Ligue de diamant de Stockholm et Oslo (demain) attendent de monter dans le train, direction la Norvège. Plus de cinq heures dans des wagons spacieux avec vue toutes les quinze secondes sur des lacs verdoyants.
Cooper Lutkenhaus fait partie du contingent. Pour sa première fois en Scandinavie (2e fois en Europe après les Mondiaux en salle de Torun), le gamin américain de 17 ans est servi. Deux jours plutôt, il était allé, avec ses proches (le père, l’un des frères, le coach et son agent), manger « de super meatballs » dans le vieux Stockholm, histoire de palper un peu le pouls de cette vieille Europe. À cet âge, beaucoup de choses sont encore nouvelles et le voyage entre son Texas natal et la Suède était tout simplement le premier pour venir courir en Ligue de diamant.
En quelques courses, il est devenu un phénomène
Il y a un an, à la même époque, personne ne connaissait ce coureur à la tête d’un ado sortie d’American Pie. Il courait très vite pour son âge sur 800 m(1’46’’86 en salle en janvier 2025) mais il n’avait pas encore franchi le mur du son. Puis, en quelques courses, il est devenu un phénomène. 1’45’’57 pour se qualifier pour la finale des Trials d’Eugene (début août 2025), puis, tremblement de terre le surlendemain avec une deuxième place – et une qualification pour les Mondiaux de Tokyo – arrachée avec un 1’42’’27, devenant, à ce moment-là le 18e performeur de tous les temps sur le double tour de piste à… 16 ans.
Le début d’un conte de fées que l’athlétisme réserve, parfois, sans que l’on sache si la suite des chapitres s’écrira et si l’histoire finira bien. « Cela a clairement été une surprise, expliquait-il samedi, dans l’un des salons réservés à la Ligue de diamant dans un hôtel du centre de Stockholm. Cette course a ouvert énormément de portes et m’a fait voir les choses sous un angle totalement différent parce que je ne savais pas que j’étais capable d’un tel niveau. C’est là que tout a commencé. »
Le gamin de Dallas ne semble pas être comme les autres. En septembre dernier, au bout d’une saison bien trop longue pour un athlète de son âge, il a coulé en séries des Mondiaux de Tokyo – « j’ai compris qu’il existe encore un niveau supérieur lorsqu’on arrive dans un grand Championnat » . Six mois plus tard, il décrochait le titre mondial en salle à Torun, histoire de reprendre sa marche supersonique. « Toute cette aventure a été assez folle, lâche-t-il d’un ton calme, commençant souvent ses réponses avec un “yes sir” pour dire qu’il en a compris le sens. Réussir à intégrer l’équipe nationale, puis vivre tout ce qui a suivi, courir en 1’42 à seulement 16 ans, cela a été une expérience extraordinaire. Je pense que c’est aussi ce qui m’a aidé lors des Championnats du monde en salle en Pologne. »
Avant de rentrer dans la combinaison du crack américain, Cooper est le cadet d’une famille de trois frères où le sport est roi. George junior est un nageur, Andrew est un très bon coureur universitaire et le père, George est entraîneur de demi-fond à l’université du Nord du Texas.Le genre de famille où on développe ses qualités sans s’en rendre compte. « J’ai toujours grandi dans l’univers de la course à pied. Dès l’école primaire, j’allais aux compétitions d’athlétisme avec mon père. L’athlétisme a toujours fait partie de ma vie même si je n’avais jamais imaginé que ça deviendrait mon activité principale un jour. »
En bon Texan, il a pratiqué assidûment le football américain mais aussi la plupart des sports, mis à part le football, le nôtre. Fan de la série Ted Lasso, il rattrape tout de même progressivement ses lacunes avec le ballon rond et ira probablement voir des matches de la Coupe du monde près de chez lui. Mais son truc c’est bien la course.
« Mes deux frères et moi cherchions toujours à nous dépasser les uns les autres. Quand je regardais mon f rè re Andre w courir au collège, mon objectif était constamment de faire mieux que lui. Il détenait tous les records de l’établissement, et moi, je voulais les battre. Puis, à la fin de ma dernière année de collège, j’ai couru le 800 mètres en 1’53’’. À ce moment-là, je me suis dit: “Bon, je crois que ce sport va être le mien.” »
À la vue de ses débuts en fanfare, le choix est le bon. Dimanche à Stockholm, après un départ assez prudent, comme à son habitude, il a commencé sa folle remontée à la cloche, doublant avec une facilité presque trop déconcertante des athlètes bien plus chevronnés que lui avant de s’offrir le scalp de Marco Arop, vice-champion olympique en titre et champion du monde 2023.
À l’arrivée, il ne semblait pas plus surpris que ça comme si c’était finalement logique dans son parcours. Cornaqué par Chris Capeau, un coach de lycée, il ne semble pourtant pas réinventer la poudre à l’entraînem e n t a v e c u n e m o y e n n e d ’ u n e cinquantaine de kilomètres par semaine. « Je fais relativement peu de kilomètres, détaille-t-il. En revanche, lorsque nous faisons des séances de qualité, nous voulons qu’elles soient vraiment difficiles. C’est là que nous développons une grande partie de nos capacités aérobie et anaérobie. »
Rien de nouveau sous le soleil du 800 m. En revanche, cette faculté à ne pas trembler face à des adversaires qu’il regardait à la télévision il y a encore quelques mois est fascinante. « Je ne ressens pas de pression particulière, lance-t-il. Ce que j’aime dans l’athlétisme, c’est que c’est un sport très simple. Il s’agit de savoir qui peut parcourir la distance le plus vite. Personnellement, je ne prête pas beaucoup d’attention à ce que les autres disent. Au bout du compte, c’est à vous de monter sur la piste et de courir vite. »
Cela devrait encore être le cas demain à Oslo où il sera l’épouvantail. Un statut qui ne semble pas le préoccuper. Tout comme ces JO à la maison dans deux ans. Le rêve d’une vie pour beaucoup. Pas grand-chose pour lui, pour l’heure. « J’essaie vraiment d’avancer une course à la fois. Deux ans, c’est très long dans ce sport. Tout peut arriver. Alors je préfère rester focalisé sur le présent. »

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