Quand l’Espagne voulait «la Puce»


Un match amical U20 entre l’Argentine et le Paraguay, en 2004, 
a permis à l’Albiceleste de verrouiller Lionel Messi, 
auteur ce jour-là d’un but pour une large victoire de son équipe (8-0). 
Ci-dessous avec la Masia au Barça trois ans plus tôt.

Messi, toute une histoire - SÉRIE 3/6

Âgé de 39 ans depuis mercredi, Lionel Messi dispute sa sixième Coupe du monde. L’occasion de se pencher sur six épisodes moins connus autour du personnage et de son parcours.

Au début des années 2000, alors qu’il brille à la Masia mais échappe aux radars de la sélection argentine, le jeune gaucher est approché pour jouer avec l’Espagne. Provoquant une drôle de contre-offensive de l’Albiceleste.

« Je lance la vidéo, il fait un geste et me demande de la passer à la vitesse normale. 
Je lui dis : « Mais Marcelo, elle est à la vitesse normale ! » 
   - CLAUDIO  VIVAS, ANCIEN ADJOINT DE MARCELO BIELSA, 
     ALORS SÉLECTIONNEUR DE L’ARGENTINE

29 Jun 2026 - L'Équipe
JOSÉ BARROSO

Si Lionel Messi avait joué pour l’équipe nationale espagnole, la face du monde du foot en eût-elle été changée ? Malgré les trophées amassés depuis, des responsables de la Fédération ibérique (RFEF) restent persuadés que la Roja aurait remporté « une ou deux Coupes du monde de plus » si elle avait compté dans ses rangs le futur Ballon d’Or. Le fait est qu’elle a tenté, bien avant sa période dorée et alors qu’elle courait après un titre majeur depuis l’Euro 1964, d’attirer le gaucher dans ses filets.

Au début des années 2000, la RFEF est informée de l’existence d’un phénomène chez les cadete du Barça (14-15 ans). À la manoeuvre, entre autres, Gines Melendez. Le sélectionneur des moins de 16 ans a été alerté par Alex Garcia, qui entraîne l’intéressé à la Masia : « On a un petit, je n’ai jamais vu ça. » Il faut agir, et discrètement, car le natif de Rosario n’a pas la double nationalité. Melendez tente plusieurs approches avec en tête de le convoquer pour le Mondial U17 de 2003. À chaque fois, la réponse des Messi est claire : c’est non, il veut jouer pour l’Argentine. Sauf qu’à ce moment-là, le crack n’est pas sur les radars de l’AFA, la Fédération albiceleste. Exilé en Catalogne dès l’âge de 13 ans, il n’a même jamais reçu la moindre convocation en sélection de jeunes.

Fin 2002, à l’occasion d’une tournée dans les villes européennes pour échanger avec ses internationaux, le sélectionneur argentin Marcelo Bielsa passe par Barcelone. À l’hôtel où il loge, près du Camp Nou, un homme demande à voir son adjoint Claudio Vivas. Il s’agit d’Horacio Gaggioli, intermédiaire basé en Espagne, impliqué dans l’arrivée de la « Pulga » chez les Blaugranas et originaire de Rosario comme Vivas. À partir d’images de Barça TV, il a préparé avec le père du joueur une cassette VHS qu’il remet à Vivas. « Il me dit que c’est un montage d’actions d’un jeune Argentin qui joue à la Masia appelé Messi, que l’Espagne est en train d’essayer de le récupérer, se souvient l’adjoint de Bielsa. Je suis un peu surpris, car j’avais connu les Messi à Rosario. Je lui demande de m’apporter des vidéos de matches entiers pour avoir une vision plus fine et je lui dis que je vais en parler à l’AFA. »

Une fois le matériel récupéré, Vivas raconte à « El Loco » sa drôle de rencontre. « Il me dit : « Bon, et il est comment ce petit ? » Je lui explique qu’il déchire. Alors il me demande de lui mettre la VHS. Je lance la vidéo, il fait un geste et me demande de la passer à la vitesse normale. Je lui dis : « Mais Marcelo, elle est à la vitesse normale ! » Le gamin dribblait trois ou quatre joueurs à toute vitesse. » Conclusion de Bielsa : « C’est un phénomène. »

De retour au pays, le staff avise Hugo Tocalli, en charge des sélections de jeunes. Tous sont impressionnés mais se demandent si leur perception n’est pas biaisée par la supériorité de la Masia sur ses rivaux. Tocalli choisit de ne pas convoquer le crack pour le Mondial U17 car il ne veut pas chambouler son groupe déjà constitué. Alors que la RFEF revient à la charge, « Omar Souto a alors eu un rôle très important dans cette période charnière » , estime Vivas. À partir d’un annuaire de Rosario, et en passant par la grand-mère et la mère du joueur, ce manager historique de l’AFA joint le père de Messi, le rassure, lui explique que c’est juste une question de temps pour revêtir la précieuse tunique.

L’astuce argentine ? Organiser deux matches amicaux de la sélection U20

Des propos décisifs, peut-être, alors que la Fédération albiceleste ne se presse pas. Fin 2003, Messi n’est toujours pas appelé pour le Mondial U20. Tocalli justifie cet attentisme : « Après la demi-finale du Mondial U17 où on avait perdu 3-2 contre la Roja, le président de la Fédé espagnole m’avait glissé : « Avec le gamin du Barça, vous nous auriez battus. » Je lui avais dit : « Qui, Messi ? » Il m’avait confirmé qu’ils voulaient le sélectionner mais que le joueur ne voulait que l’Argentine. Du coup, on n’était pas inquiets. »

Après discussion avec Julio Grondona, le patron de l’AFA, décision est quand même prise d’organiser deux matches amicaux de la sélection U20 à l’été 2004. « On a fait ça clairement pour qu’il ne puisse plus jouer pour un autre maillot (à l’époque, le règlement FIFA interdisait à tout joueur ayant disputé une rencontre pour une équipe nationale, même en sélection de jeunes, d’évoluer par la suite pour un autre pays) », admet Tocalli.

Le 29 juin, la Pulga entre à la mi-temps de cette affiche improvisée contre le Paraguay. Victoire 8-0, premier but à la clé, début d’une longue histoire. « Après ces matches, j’ai dit à son père que Leo devait passer du temps avec nous pour que ses coéquipiers le découvrent, reprend Tocalli. Le Barça a accepté, Leo a passé le mois de décembre à Ezeiza (le Clairefontaine argentin) et c’était parti. » Un mois plus tard, l’Albiceleste termine 3e du Sudamericano U20 avec 5 buts de Messi. L’été suivant, il remporte le Mondial U20 en terminant meilleur joueur et meilleur buteur.


***

Una partita amichevole Under 20 tra Argentina e Paraguay, nel 2004, 
ha permesso all’Albiceleste di neutralizzare Lionel Messi,
autore di un gol nella netta vittoria della sua squadra (8-0).
Più sotto, alla Masia del Barça tre anni prima.

Messi, una storia straordinaria - SERIE 1/6

Compiuti 39 anni mercoledì, Lionel Messi disputa il suo sesto mondiale. È l’occasione per ripercorrere sei episodi meno noti della sua vita e della sua carriera.

Quando la Spagna voleva «la Pulce»

All’inizio degli anni 2000, mentre brillava alla Masia ma sfuggiva ai radar della nazionale argentina, il giovane mancino fu contattato per giocare nella Spagna. E questo provocò una curiosa controffensiva da parte dell’Albiceleste.

«Avvio il video, lui fa un gesto e mi chiede di riprodurlo a velocità normale.
Gli dico: “Ma Marcelo, è già a velocità normale!”
- CLAUDIO VIVAS, EX VICE DI MARCELO BIELSA,
  ALL’EPOCA CT DELL’ARGENTINA

29 giugno 2026 - L’Équipe
JOSÉ BARROSO

Se Lionel Messi avesse giocato nella nazionale spagnola, il panorama del calcio mondiale sarebbe stato diverso? Nonostante i trofei da allora conquistati, alcuni dirigenti della Federazione spagnola (RFEF) rimangono convinti che la Roja avrebbe vinto «uno o due mondiali in più» se avesse avuto nelle sue file il futuro Pallone d’oro. Il fatto è che, ben prima del suo periodo aureo e mentre era a caccia di un titolo importante sin dagli Europei del 1964, la nazionale spagnola aveva tentato di attirarlo nelle proprie fila.

All’inizio degli anni 2000, la RFEF viene informata dell’esistenza di un fenomeno tra i cadetti del Barça (14-15 anni). Tra i promotori dell’iniziativa c’è, tra gli altri, Ginés Meléndez. L'allora selezionatore della Nazionale Under 16 era stato avvisato da Álex García, che allena il ragazzo alla Masia: «Abbiamo un ragazzino, non ho mai visto niente del genere». Bisogna agire, e con discrezione, perché il ragazzo, originario di Rosario, non ha la doppia cittadinanza. Meléndez tenta diversi approcci con l’obiettivo di convocarlo per i Mondiali Under 17 del 2003. Ogni volta, la risposta di Messi è chiara: no, vuole giocare per l’Argentina. Solo che in quel momento il fenomeno non è nei radar dell’AFA, la Federazione albiceleste. Esiliato in Catalogna dall’età di 13 anni, non ha mai ricevuto neppure una convocazione per le nazionali giovanili.

Alla fine del 2002, in occasione di un tour nelle città europee per incontrare i suoi giocatori della nazionale, l'allora commissario tecnico argentino Marcelo Bielsa fa tappa a Barcellona. Nell’albergo in cui alloggia, vicino al Camp Nou, un uomo chiede di incontrarne il vice, Claudio Vivas. Si tratta di Horacio Gaggioli, un intermediario con sede in Spagna, coinvolto nell’arrivo della "Pulga" ai blaugrana e originario di Rosario come Vivas. Utilizzando le immagini di Barça TV, insieme al padre del giocatore aveva preparato  una VHS che consegnò a Vivas. «Mi disse che si trattava di un montaggio di azioni di un giovane argentino di nome Messi che giocava nella Masia, e che la Spagna stava cercando di chiamarlo in nazionale», ricorda l'ex vice-Bielsa. «Sono un po’ sorpreso, perché avevo conosciuto i Messi a Rosario. Gli chiedo di portarmi dei video di sue partite complete per farmi un’idea più precisa e gli dico che ne parlerò all’AFA.»

Una volta ottenuto il materiale, Vivas racconta a "El Loco" (Bielsa, ndr) del curioso incontro. «Mi dice: "Allora, com’è quel ragazzino?"» Gli spiego che è un fenomeno. E allora mi chiede di fargli vedere la VHS. Avvio il video, lui fa un gesto e mi chiede di riprodurlo a velocità normale. Gli dico: «Ma Marcelo, è già a velocità normale!» Il ragazzino superava tre o quattro giocatori a tutta velocità.» Conclusione di Bielsa: «È un fenomeno».

Di ritorno in patria, lo staff ne informa Hugo Tocalli, responsabile delle selezioni giovanili. Tutti sono impressionati, ma si chiedono se la loro percezione non sia influenzata dalla superiorità della Masia rispetto ai rivali. Tocalli non convoca il giovane talento per i Mondiali Under 17 perché non vuole stravolgere il gruppo già formato. Mentre la RFEF torna alla carica. «Omar Souto ha avuto un ruolo molto importante in quel periodo cruciale», sostiene Vivas. Partendo da un elenco telefonico di Rosario, e passando per la nonna e la madre del giocatore, lo storico dirigente dell’AFA contatta il padre di Messi, lo rassicura e gli spiega che è solo questione di tempo prima che (Leo) ne indossi la preziosa maglia.

L’astuzia argentina? Organizzare due amichevoli della nazionale Under 20

Parole decisive, forse, mentre la Federazione albiceleste non ha fretta. Alla fine del 2003, Messi non era ancora stato convocato per i Mondiali Under 20. Tocalli giustifica così quell'attesa: «Dopo la semifinale dei Mondiali Under 17, in cui avevamo perso 3-2 contro la Roja, il presidente della Federcalcio spagnola mi aveva sussurrato: "Con quel ragazzino del Barça ci avreste battuti". Gli chiesti: “Chi, Messi?” Mi aveva confermato che volevano convocarlo, ma che il giocatore voleva giocare solo per l’Argentina. Di conseguenza, non eravamo preoccupati».

Dopo averne discusso con Julio Grondona, ai tempi il presidente dell’AFA, si decise comunque di organizzare nell’estate del 2004 due amichevoli della nazionale Under 20. «Lo abbiamo fatto per impedirgli di giocare con un'altra maglia (all’epoca, il regolamento FIFA vietava a qualsiasi giocatore che avesse disputato una partita con una nazionale, anche a livello giovanile, di giocare in seguito per un altro Paese)», ammette Tocalli.

Il 29 giugno, la Pulga entra in campo all’intervallo di quella improvvisata partita contro il Paraguay. Vittoria per 8-0, primo gol all’attivo, inizio di una lunga storia. «Dopo quelle partite, dissi a suo padre che Leo doveva trascorrere un po’ di tempo con noi affinché i suoi compagni di squadra potessero conoscerlo», continua Tocalli. Il Barça accettò, Leo trascorse il mese di dicembre a Ezeiza (la Clairefontaine argentina) e di lì è partito tutto». Un mese dopo, l’Albiceleste si classificò terza al Sudamericano Under 20 con 5 gol di Messi. L'estate successiva vinse il Mondiale Under 20, aggiudicandosi il titolo di miglior giocatore e di capocannoniere.

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