LA FIN D’UNE QUÊTE
Deuxième l’an dernier aux Herbiers, Romain Grégoire est
cette fois-ci monté sur la plus haute marche du podium.
Romain Grégoire est devenu, hier à La Tour-du-Pin, champion de France. La concrétisation, à 23 ans, d’un rêve qui l’anime depuis ses débuts chez les pros.
“Cette année, je voulais que ce soit la bonne.
Des occasions comme ça, il n’y en a pas dix mille.
Donc quand ça nous tombe dessus,
il faut la saisir »
- ROMAIN GRÉGOIRE, CHAMPION DE FRANCE
29 Jun 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS
LA TOUR-DU-PIN (ISÈRE) – C’était une scène de liesse comme un concours de tee-shirts mouillés, tout le monde trempé jusqu’à l’os, et il était difficile d’en identifier la source principale: les 38 degrés, ce système généreux d’arrosage, ou bien ces flots de larmes qui noyaient le fond de ligne où débarqua un Romain Grégoire extatique, les poings rageurs, agités à l’infini dans le ciel, alors qu’il devenait champion de France. « Je n’oublierai jamais ces images, s’émerveillait son coéquipier, Brieuc Rolland. Ça fait tellement du bien. Romain le mérite amplement. Il était l’ultra-favori et il ne s’est pas loupé. »
C’était une scène de « bonheur total » pour Grégoire qui réalisait « un rêve », pour ses équipiers qui se sont sacrifiés pour ce « mec vraiment bien qui sait fédérer » (Paul Penhoët) et pour ses proches, les parents, les cousins, venus au complet depuis le Doubs, sa terre natale qu’il n’a jamais quittée. « Ça fait tellement de semaines qu’il est focus sur ça, qu’il est au millimètre à la maison, confiait Fleur, sa compagne. Il ne sort pas, il fait tout bien. L’année dernière était vraiment une grosse déception (il avait terminé 2e sur le circuit des Herbiers). Du coup, cette année, il l’avait vraiment en tête. Il m’avait dit cette semaine: “Je préfère être champion de France que gagner une étape sur le Tour.” »
L’intéressé le confirmera plus tard, en conférence de presse, « parce qu’arriver en forme sur un Championnat qui nous convient, avec une équipe 100 % tournée autour de soi, c’est une occasion rare dans une carrière. Il ne faut pas se rater quand ça arrive ».
« Il attendait cette victoire depuis tellement longtemps, soufflait Baptiste Grégoire, jeune pousse de la Conti, qui a pu rouler pour son grand frère en début de course. Le maillot de champion de France, c’est son rêve ultime. »
Grégoire l’aura donc réalisé, à 23 ans, pour devenir le plus jeune paré de tricolore depuis Arnaud Démare, en 2014 (à 22 ans), déjà un Groupama-FDJ United.
C’était pour le Picard, d’ailleurs, que Grégoire avait oeuvré lors de sa première participation à la messe nationale, à Cholet, en 2022, où il avait frissonné en écoutant le discours d’avant-course de Marc Madiot. Au fil de ses quatre premières participations, il grimpait au classement (34, 20, 8 et 2), fidèle à sa volonté de « progresser gentiment », lui qui préfère « durer dans le temps plutôt que d’avoir une super année et de disparaître d’ici deux ans ».
Il y a deux ans, à Saint-Martinde-Landelles (8e), il estimait que « son équipe aurait pu mieux jouer collectivement ». L’an passé, aux Herbiers, le plan était rondement mené. Mais Dorian Godon l’avait devancé au sprint. Il n’en gardait pourtant pas de si lourds regrets, faisant vite le constat que son adversaire était « plus fort » et qu’il fallait « continuer à m’entraîner plus pour revenir meilleur ».« Depuis deux ans, je n’arrive pas à concrétiser, expliquait-il hier soir. Cette année, je voulais que ce soit la bonne. Des occasions comme ça, il n’y en a pas dix mille. Donc quand ça nous tombe dessus, il faut la saisir. »
Alors, au pied de la dernière ascension de Béjuy (1 km à 8,4 %), après le travail monumental de son équipe, qui l’a gardé au chaud jusqu’à ce moment ciblé, « je ne me suis pas laissé le choix. Je m’autorisais seulement la victoire ». Son attaque à 3,3 km du but, après le dernier relais de Clément Berthet, n’a laissé aucune chance à ses quatre derniers adversaires. « Je me disais que la ligne d’arrivée était en haut, décrivait-il. J’ai mis absolument tout ce que j’avais. Je pensais surtout aux copains qui ont fait le boulot avant. Pour eux, j’étais obligé de concrétiser derrière. Une deuxième place aurait été une grosse déception. Je voulais leur ramener ce maillot. Si je pouvais le découper en 33 ( le nombre de coureurs World Tour et Conti de la Groupama-FDJ United alignés au départ de l’épreuve), je le ferais. »
Il a prévu d’en offrir une réplique à « chacun des membres et des coureurs ». L’original, lui, devrait « rester dans la maison familiale avec ceux que j’ai obtenus chez les jeunes », chez son père, soit trois maillots de champion de France juniors, celui de cyclocross en Espoirs, et sa tunique de champion d’Europe juniors. « Romain, c’est un mec de grand rendez-vous, il sait gagner, saluait le 3e du jour, Joris Delbove. Je suis content pour lui, c’est un copain. Il m’avait battu en Espoirs au Championnat de France de cyclo-cross (2023). Voilà, il m’a rebattu, mais pour moi, même s’il est jeune, c’est un grand monsieur! »
« C’est un champion de France qui mérite d’être champion de France, poursuivait son coéquipier et modèle Valentin Madouas, dont les liserés tricolores faisaient tant saliver Grégoire. Il m’en parlait depuis très longtemps: “Oh la vache, t’as des beaux liserés, t’as des beaux liserés !” Il tournait autour depuis quelque temps, comme moi avant Cassel ( 2023). Et il va bien porter ce maillot. » Grégoire l’étrennera lors du Tour de France, qui débute le week-end prochain, à Barcelone (du 4 au 26 juillet). « Faire le Tour, c’est déjà tellement incroyable, alors avec le maillot de champion de France, ça sera encore plus fou. » Il promet d’essayer d’en profiter. Et surtout « de le f ai re briller ».
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Couleurs retrouvées
La formation Groupama-FDJ United a été à la manoeuvre hier pour mettre son champion, Romain Grégoire, sur orbite. Une récompense au coeur d’une saison un peu difficile.
Des occasions comme ça, il n’y en a pas dix mille.
Donc quand ça nous tombe dessus, il faut la saisir »
- ROMAIN GRÉGOIRE, CHAMPION DE FRANCE
29 Jun 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
LA TOUR-DU-PIN (ISÈRE) – La maison Groupama-FDJ United est bien gardée mais les fortifications reposent sur un homme, qui, à lui seul, entre sa victoire au Tour de Suisse la semaine dernière (la seule en World Tour de son équipe cette saison) et le titre de champion de France hier, a sauvé la saison de la formation française (7 victoires seulement en 2026). Groupa ma avait le meilleur collectif des « France », le meilleur homme, et avoir mis la balle au fond redonne des couleurs à tout le monde.Le titre de champion de France de Romain Grégoire est la 7e victoire de Groupama-FDJ United cette saison.
« Je leur ai dit hier (samedi) qu’on avait le buteur, mais qu’on avait besoin de toute l’équipe derrière » , glisse Thierry Cornec, manager général d’une écurie qui compte désormais dix titres nationaux en trente ans. Mais qui doutait fort ces derniers temps et qui se serait bien passé d’une petite polémique, il y a quelques jours, autour de David Gaudu, en sérieux manque de résultats, critiqué en interne, et absent du Tour de France qui démarre samedi à Barcelone.
« Ce n’est pas une réponse, ce n’est pas une revanche, mais c’est le bon moment, ça c’est sûr, constate Cornec à propos de la victoire de Romain Grégoire. On est dans une position plus confortable pour aborder le Tour. L’équipe vit un tournant mais j’ai toujours dit aux gars que le travail finissait par payer. La dynamique est en place et Romain est l’acteur principal de cette dynamique. » Le Bisontin (23 ans) a de son côté mis en lumière le travail de ses coéquipiers. Ces derniers ont tout donné pour lui, parce que c’est lui et pas un autre, et parce qu’il finit toujours par mettre au fond. « Je leur avais dit que l’équipe gagnerait si elle courait comme un seul homme. C’est ce qu’il s’est passé. Tous ses coéquipiers avaient confiance en Romain. Jusqu’au dernier moment » , note Cornec.
« C’est très difficile dans un Championnat de France de prévoir quelque chose et de le faire, mais on y est arrivés, apprécie Bastien Tronchon. On a été en surnombre à l’avant mais sans Romain. Puis, avec Romain dans le peloton en compagnie des favoris, on a contrôlé. Et pour finir, on était en surnombre à l’avant mais cette fois avec Romain. » Le Savoyard a vécu le titre national depuis le bus où Marc Madiot a martyrisé ses oreilles. « Et autant vous dire qu’il y avait des frissons dans le bus et quelques larmes » , lâche celui qui est arrivé cet hiver chez Groupama.
« On avait Romain en leader, mais on ne savait pas comment se passerait la course, juge Valentin Madouas, sacré en 2023. Donc il fallait mettre des bonnes cartes devant, on l’a fait, on a couru très juste, on avait un groupe idéal. » Un temps, Romain Grégoire a pointé à plus de 2 minutes de la tête de course, mais personne ne s’est affolé, ses équipiers bouchant le trou et réagissant quand il le fallait. Avant de le mettre sur orbite, comme prévu, au pied de Béjui dans le final. « Tout le monde a oeuvré pour qu’il aille chercher ce titre, constate Brieuc Rolland, coéquipier de Grégoire. On a toujours été dans le contrôle de la course. Même sur des moments moins favorables, on était si forts que ça allait finir par bien se passer. »
À l’évocation de cette phrase, le nouveau champion de France se marre : « Maintenant, on peut dire que oui, ça s’est passé comme dans un rêve. Après, se retrouver à plus de deux minutes, ce n’était pas forcément ce qu’on imaginait à mi-course, pas forcément la situation idéale. Prendre un coup de retard sur un circuit comme celui-là, avec cette chaleur, ce n’est jamais bon. » Il n’était heureusement pas seul en Isère. « On était plus de 30 coureurs, et les 30 coureurs ont été au niveau. Ils se sont mis à la planche pour rétablir la situation et me mettre dans les meilleures dispositions dans le final. » De quoi réjouir tout le monde chez Groupama.
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Les hommes seuls battus
«On a toujours été dans le contrôle de la course.
Même sur des moments moins favorables,
on était si forts que ça allait finir par bien se passer »
- BRIEUC ROLLAND, COÉQUIPIER DE GRÉGOIRE
29 Jun 2026 - L'Équipe
Th. P.
Benoît Cosnefroy (UAE Emirates-XRG), Alex Baudin (EF Education-EasyPost), Julien Bernard (Lidl-Trek), Dorian Godon et Axel Laurance (Netcompany-Ineos)... Tous les hommes en sous-nombre voire venus seuls en Isère ont souffert dans le final face à Groupama-FDJ United et TotalEnergies (avec un très bon Joris Delbove, 3e). Avec huit coureurs seulement au départ, Decathlon-CMA CGM s’en est mieux sorti, plaçant Léo Bisiaux (5e) et Paul Lapeira (2e) dans le final à six, mais les cartouches grillées plus tôt – Bisiaux attaquant en solitaire à plus d’un tour de l’arrivée – ont fini par peser trop lourd. Romain Grégoire avait le meilleur collectif, mais il était aussi le plus fort au moment d’attaquer la dernière côte décisive. Baudin, 4e, paraissait également très en forme mais il n’a pas pu suivre. Le duo Sivakov-Cosnefroy (16e et 19e) a lui quitté l’Isère avec une pointe de déception.
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