A Londres, Sabastian Sawe plie son marathon en moins de deux heures


Photo Matthew Childs. REUTERS
Le coureur kényan Sabastian Sawe 
franchit la ligne d’arrivée, dimanche.

Le coureur a franchi la ligne d’arrivée dimanche après 1 heure, 59 minutes et 30 secondes et pulvérisé l’ancien record du monde établi par Kelvin Kiptum en 2023.

27 Apr 2026 - Libération
PAR ROMAIN MÉTAIRIE

Ce n’est pas forcément là, sur l’asphalte britannique, qu’on s’attendait à voir le mur des deux heures être démoli. C’est à croire que le marathon de Londres, couru dimanche dans un contexte optimal –ciel bleu, 18 degrés, pas de vent – avait tout l’air de la course du siècle.

Il faut bien se rendre compte: les trois hommes montés sur le podium sont tous allés plus vite que l’ancien record du monde, jusqu’alors détenu par le défunt kényan Kelvin Kiptum, en deux heures et 35 secondes à Chicago, à l’automne 2023. C’était juste avant sa mort tragique. Un accident de voiture dans la vallée du Rift, en 2024. A 24 ans seulement, c’était de lui qu’on attendait pareille performance.

Dimanche, elle est donc venue d’un autre Kényan: Sabastian Sawe, 31 ans. Il a franchi la ligne d’arrivée en 1 h 59:30, devant l’Ethiopien Yomif Kejelcha (1h59:41) et l’Ougandais Jacob Kiplimo (2 h 00:28). Le trio s’est tiré la bourre tout du long, d’abord au sein d’un petit groupe de six, avant qu’une échappée ne se crée au 35e km. Puis le Kényan a placé une accélération létale pour décrocher son monde et arriver seul sur l’avenue menant à Buckingham Palace. L’itinéraire a été avalé à un rythme effréné, bien sûr, et crescendo, les trois hommes ayant couru en negative split (lorsque la seconde moitié de course est plus rapide que la première). A mi-chemin, ils pointaient une poignée de secondes au-delà du temps de passage de Kelvin Kiptum. Leur stratégie s’est avérée payante, avec en bout de course un accès à la postérité.

«Triomphe». Sabastian Sawe n’est pas un inconnu dans le milieu du running. Encore moins à Londres, puisqu’il n’est autre que le lauréat du millésime 2025. Or jusqu’alors, il n’était pas réputé spécialiste de la distance, lui qui n’a pris part à son premier raout du genre qu’en décembre 2024 à Valence (Espagne). Un baptême du feu remarqué avec une victoire en 2 h 02:05 suivie de celle à Londres en avril 2025 (2 h 02:27) et un dernier succès à Berlin en septembre 2025 (2 h 02:16). Des chronos déjà impressionnants pour le commun des coureurs d’élite, qu’il a rabotés de près de trois minutes dimanche. «Vous avez non seulement remporté une victoire historique, mais vous avez aussi repoussé les limites de l’endurance humaine, pulvérisant le record du monde et franchissant la barre des deux heures avec une détermination extraordinaire», a applaudit sur X le président kényan, William Ruto. Son «triomphe […] confirme la place du Kenya parmi les nations incontournables de la course de fond», a aussi dit le dirigeant dont le pays est également dans le viseur des autorités antidopage. Depuis 2017, plus de 140 athlètes kényans, principalement des coureurs de fond, ont été suspendus par l’Unité d’intégrité de l’athlétisme – plus que tout autre pays. Parmi les tricheurs, figurent notamment Ruth Chepngetich, l’actuelle détentrice du record du monde du marathon féminin, suspendue trois ans au printemps 2025 après un contrôle positif à un diurétique. Elle avait été pincée le 14 mars, soit quelques mois seulement après avoir pulvérisé l’ancienne marque à Chicago, où elle avait franchi le mythique mur des 2 h 10 (2 h 09:56). Récemment, en février, Benard Kibet Koech, cinquième du 10 000 m aux Jeux de Paris, a été suspendu quatre ans.

Promo. Conscient des soupçons qui pèsent, Sebastian Sawe a pris les devants en 2025, en amont du marathon de Berlin, propice aux records du monde (sept sur les dix derniers, en y intégrant celui de dimanche à Londres). Il a contacté l’Unité pour l’intégrité de l’athlétisme (AIU), qui a en charge la lutte antidopage, pour exiger qu’on lui inflige plus de contrôles. «C’était bizarre de voir qu’il y avait des doutes, alors que l’on sait que l’on court de façon propre. Ce n’est pas bon. C’est pour montrer que malgré cette réputation, malgré les nombreux cas de dopage que nous avons, tous les athlètes ne trichent pas», avait expliqué le marathonien dans un entretien accordé à l’AFP. En plus du programme classique, l’AIU a donc procédé à partir de la fin juillet 2025 et ce pendant huit semaines, à 25 contrôles supplémentaires sur Sawe, soit un tous les trois jours. A l’arrivée du marathon de Berlin, il avait prédit que le record tomberait, tôt ou tard: «Tout est possible en termes de temps. Même Kipchoge dit qu’aucun homme n’est limité, donc un jour, quelqu’un battra» cette barre des deux heures. Sans savoir que ce serait lui. Même si, techniquement, Sawe n’est pas le premier homme à descendre sous la barre mythique. Ni même le premier Kényan : avant lui, son compatriote et mentor Eliud Kipchoge avait déjà couru les 42,195 km en moins de deux heures, en 2019 à Vienne (1 h 59:41), mais il était entouré par 41 lièvres, rendant impossible l’homologation de la course. C’était à l’occasion d’une exhibition organisée par Ineos, après une première opération marketing ratée, à l’initiative de Nike. Rien à voir avec celle que devrait réaliser Adidas dimanche : les deux premiers portaient à leurs pieds les Adizero Adios Pro Evo 3, les derniers modèles sortis tout chaud des usines de la firme allemande. On a rarement vu meilleure promo, à 500 dollars la paire.

Commenti

Post popolari in questo blog

I 100 cattivi del calcio

Echoes' Cycling Biography #4: Jean-Pierre Monseré

Chi sono Augusto e Giorgio Perfetti, i fratelli nella Top 10 dei più ricchi d’Italia?