Seixas, un dessein animé
Le Français avait annoncé vouloir jouer la gagne dimanche à Liège, dans une course où Tadej Pogacar était l’immense favori. La preuve d’une confiance et d’une ambition inébranlables.
“Je ne pars jamais dans une idée défaitiste,
je ne me dis pas que je joue la deuxième place ''
- PAUL SEIXAS
27 Apr 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
LIÈGE (BEL) – Paul Seixas n’a ni peur ni temps à perdre, alors il laisse libre cours à ses envies et ses ambitions, sa confiance et sa connaissance de lui-même comme meilleurs alliés. Il se fiche d’avoir 19 ans, peu de références à très haut niveau, car il se sait animé par quelque chose de plus fort que les discours convenus, les politesses mièvres ou les schémas réservés aux jeunes qui apprennent.
Hier, face à Tadej Pogacar, triple vainqueur de Liège-Bastogne-Liège et qui avait remporté trois de ses quatre courses en 2026, dont deux Monuments (Milan-San Remo et le Tour des Flandres), le Lyonnais n’était pas là pour jouer les faire-valoir ou établir des plans de seconde zone. Il faut écouter la première phrase de Julien Jurdie, accolé au capot encore chaud de sa voiture, le long de la Meuse, pour mesurer le degré d’ambition et d’autoconviction du jeune coureur. « Je suis persuadé que Paul va être déçu » , a lancé le directeur sportif de Decathlon-CMA-CGM, pour commenter la deuxième place de Seixas, quai des Ardennes, au terme du deuxième Monument de sa carrière (après le Tour de Lombardie 2025). Déçu? De terminer derrière le meilleur coureur du monde, le meilleur de tous les temps, que Seixas lui même décrit comme tel?
« Oui, car on jouait pour la victoire, c’est ce qu’on a dit au briefing, c’est ce qu’il a dit, explique Jurdie. Paul a de l’ambition. On se doit de l’accompagner parce qu’il ne pense qu’à gagner. Il a des capacités physiques hors norme, donc, avec lui, on ne parle que de victoire. Et c’était réaliste. Il a joué longtemps avec “Pogi” dans la Redoute. C’était juste extraordinaire. »
Pour comprendre le phénomène, il faut aussi écouter son coéquipier Stan Dewulf, de retour à son car plus tôt que prévu après avoir accompli sa mission: « Je ne suis pas tant surpris, je savais qu’il était capable de ça, raconte le Belge. On avait le podium en tête et, au briefing, il nous a parlé de la gagne. Et il n’était pas loin… »
Mercredi, après sa victoire à la Flèche Wallonne, Paul Seixas était déjà tourné vers Liège-Bastogne-Liège, une course qui lui convenait mieux et où il voulait frapper un grand coup. Dimanche soir, il pensait déjà au jour où il pourrait, lui aussi, inscrire son nom au palmarès d’un Monument. « Il n’y a aucune certitude dans la vie, tant qu’on ne l’a pas fait, on ne l’a pas fait. Mais maintenant que j’ai fait deuxième, la prochaine ambition sera de gagner un Monument, explique-t-il. Il faut être ambitieux dans la vie et je vais travailler pour ça. » « C’est la première fois qu’il monte sur un podium d’un Monument, il a 19 ans, on va encore voir des belles choses avec lui. Ça m’étonnerait vraiment qu’il n’en gagne pas dans sa vie » , souffle Dewulf. Plus tôt dans la semaine, Seixas avait mis des mots sur cette foi qui l’habite, cette volonté de bousculer les codes. « Je n’exclus aucune possibilité. Sur une course de 250 bornes, il peut se passer beaucoup de choses. Je ne pars jamais dans une idée défaitiste, je ne me dis pas que je joue la deuxième place. Je vais essayer de me battre. Tadej (Pogacar) est vraiment très fort, mais on va se battre jusqu’au bout. Je ne peux pas me permettre de baisser les yeux à l’avance, au départ, ce n’est pas mon état d’esprit. »
C’est aussi à l’aune de ce tempérament qu’il faut lire le travail déployé par ses coéquipiers (Stan Dewulf et Antoine L’Hote notamment) pour réduire l’écart sur le groupe d’une cinquantaine de coureurs échappés en début de course, dans lequel figurait Remco Evenepoel, alors qu’UAE Emirates-XRG et Pogacar auraient logiquement pu assumer seuls le poids de cette poursuite. « On assume cela, on fait partie des meilleures équipes du monde, on montre notre ambition et on prend nos responsabilités quand il le faut » , certifie Dewulf.
« Comme je dis toujours, je prends le départ d’une course pour la gagner, mais on sait que Tadej Pogacar est sur dominant ces dernières années. Avoir pu le suivre, c’est déjà quelque chose, reconnaît quand même Seixas. Il faut savoir passer les étapes sans les brûler. Aux Strade Bianche, je n’avais pas réussi à suivre sa première attaque, aujourd’hui, dans la Redoute, j’ai réussi à la suivre. »
Une étape validée. Une de plus. Avant toutes les autres, a priori, vu le potentiel du garçon et le concert de louanges qu’il reçoit.
« Je suis persuadé que Paul va être déçu… » , disait donc Jurdie, avant d’enchaîner, pour donner son propre sentiment: « Mais il ne faut pas. On est sur un Monument, une des courses les plus difficiles de l’année, il faut se satisfaire de ce podium, il n’y a pas de regrets. Ce n’est pas une victoire, non, car on connaît la mentalité de Paul, mais c’est loin d’être une défaite, c’est une super journée, un super résultat, une super semaine après sa victoire à la Flèche Wallonne. On aurait signé tout de suite pour ça… »
Dans un coin de sa tête, Seixas a déjà la tête tournée vers ses prochains objectifs. Où il ne faudra pas lui demander de la jouer petit bras. « Sentir que je suis fort sur mon vélo est l’un des meilleurs sentiments que j’éprouve dans la vie » , répète-t-il souvent. Il a depuis longtemps déposé sa timidité sur le bitume.
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Remco Evenepoel (Red Bull-BORA-hansgrohe) a terminé troisième de Liège-Bastogne-Liège, après avoir été dans un gros groupe d'échappés jusqu'à 94 kilomètres de l'arrivée. « Je n'ai même pas travaillé pour être dans l'échappée. C'était par accident. J'étais devant, mais je n'ai pas trop donné. Dans la Redoute, j'étais en bonne position. Mais dans un virage au rond-point, j'ai failli tomber en touchant le dérailleur de Paul (Seixas). C'était un moment risqué, cela m'a fait perdre quelques positions. Les jambes étaient déjà un peu lourdes. Mais j'avais conscience que je pouvais faire podium. Pogacar et Seixas roulaient très vite, c'était trop rapide pour moi. Faire troisième, c'est encore un bon résultat pour l'équipe et pour moi. »
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