EKITIKE Destin animé
L’attaquant de Liverpool a toujours été sûr de ses forces, certain d’arriver au plus haut niveau. Mais au fil d’un début de carrière mouvementé, l’ancien Rémois a développé d’autres capacités pour arriver aujourd’hui à être un joueur complet et un homme comblé.
8 Apr 2026 - L'Équipe
LOÏC TANZI
Il y a plusieurs mois, alors qu’il évoluait encore à l’Eintracht Francfort, Hugo Ekitike a pu échanger avec Karim Benzema, l’un de ses modèles. « Tu dois aller chercher plus » , lui a dit le Ballon d’Or 2022. Transféré l’été dernier à Liverpool pour 75 millions d’euros, l’attaquant de 23ans a déjà répondu positivement au défi proposé par l’ancien Madrilène en inscrivant 17 buts et 6 passes décisives en 43 matches, toutes compétitions confondues, pour sa première saison en Angleterre.
Comment s’est-il construit, au fil de ses différents clubs, pour devenir un élément clé des Reds, qui affrontent le PSG ce soir en quarts de finale aller de Ligue des champions (21heures)?
« J’ai eu un début de carrière mouvementé, mais avec beaucoup d’apprentissages dans tous les endroits où je suis passé, nous disait-il en mars 2025. C’est très enrichissant. J’ai eu la capacité de rebondir après chaque étape, chaque période compliquée. Je suis parti chercher ce que je devais chercher. S’il y a un mot qui décrit mon début de carrière, c’est la résilience. »
L’international français depuis septembre (8 sélections, 2 buts) est devenu le joueur qu’il a toujours ambitionné d’être à travers ses expériences à Reims, auPSG, à Francfort et à Liverpool, sans oublier un passage par le Danemark.
Au Danemark,
la débrouille et la adaptation
Le premier tournant est intervenu en janvier 2021 lorsqu’une décision a été prise : quitter Reims, son club formateur, pour partir six mois en prêt au Vejle Boldklub (D1 danoise). Premier enseignement: l’art de la débrouille. « Quand tu arrives dans un nouveau pays comme ça, que tu as 19 ans, qu’il fait très froid, que tu quittes ta ville pour la première fois (il est né à Reims), c’est très difficile, explique-t-il. Je me souviens qu’au début, je ne jouais pas. J’ai mis trois mois à mettre mon premier but là-bas (3 réalisations et 2 passes décisives au final), mais quand je regarde ma carrière, je pense que ce passage au Danemark m’a fait beaucoup de bien. Je suis revenu à Reims avec la conviction qu’il fallait faire encore plus. »
« C’était difficile au début, mais il a fini avec un chant au stade à son nom » , se souvient Mathieu Lacour, le directeur général du club champenois, aujourd’hui en Ligue 2. Ekitike est revenu de ce voyage nordique avec le sentiment que le football était un univers difficile et que rien n’était acquis. « Il a même été jusqu’à jouer un match en U19 là-bas, se souvient Romain Stevenon, ancien membre de la direction sportive rémoise. Il a fait des rencontres en réserve aussi. Il a dû s’adapter à un vestiaire cosmopolite, avec des parcours de vie complètement différents.» «Cela lui a permis de commencer à apprendre l’anglais, il n’avait pas le choix » , glisse Lacour.
À Paris,
l'éloge de la patience
Le jeune homme grandit, mûrit et découvre le très haut niveau au PSG en 2022. Peutêtre trop tôt. « Je me rappelle de lui ici, évoquait brièvement Luis Enrique hier en conférence de presse. Il était très jeune ( il venait de fêter ses 20 ans) quand il était ici, et il s’est beaucoup amélioré, a beaucoup progressé pour devenir un joueur international. »
Hugo Ekitike apprend alors la patience, pas sa vertu préférée. Derrière Kylian Mbappé, Lionel Messi et Neymar, l’attaquant ronge son frein, ne comprend pas la gestion du club et finit par ne pas jouer pendant six mois avant de rejoindre Francfort. Patience donc sur le plan moral, mais aussi au niveau de son évolution en tant que joueur. À Paris, Ekitike apprend à jouer pour les autres. «Malheureusement, ce n’était pas le bon contexte» , reconnaissait Vitinha hier.
À Francfort,
l'égoïsme
C'est à Francfort que la transformation est la plus impressionnante. Ekitiké decouvre Dino Toppmöller, son entraîneur, et devient une référence à son poste. « Il est devenu plus tueur devant le but», explique le technicien allemand. « Il voulait montrer que c’était un bon joueur en arrivant, mais il lui manquait encore ce côté tueur. Il fallait marquer et faire des passes décisives. Il a fallu lui laisser une certaine liberté, mais il a appris qu’il fallait plus de statistiques pour faire une grande carrière. On a beaucoup travaillé devant le but pour éviter de faire le geste de trop. »
Les deux hommes ont développé une relation saine, basée sur la franchise. C’est le déclic. «Quand il est arrivé, il n’était pas trop en confiance, pas très bien physiquement, retrace Toppmöller. Il a fallu le mettre dans un certain rythme, même si pour lui, c’était dur à comprendre. Ce n’était pas facile à Paris avec les stars et c’était un échec. Beaucoup auraient craqué, mais il est resté positif, car c’est quelqu’un de très positif. Je le connaissais depuis longtemps parce qu’au Bayern (il y a été l’adjoint de Julian Nagelsmann entre juillet 2021 et mars 2023), on avait déjà réfléchi à le faire venir. » Serait-il alors devenu le même joueur en rejoignant le géant allemand plutôt que le PSG à l’époque? Pas sûr.

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