PSG-LIVERPOOL - Luis Enrique et ses joueurs, une équipe corps et liens

Alors que les Parisiens défient les Reds en huitième de finale aller de la Ligue des champions ce mercredi au Parc des Princes, le coach espagnol mise toujours sur un effectif qu’il a contribué à installer au sommet, entre conflictualité assumée et vision collectiviste.

«On a montré que nous étions prêts à répondre aux exigences de la compétition. Il y a des choses que l’on peut améliorer. Mais quand il faut être là, nous sommes là.»
   - Luis Enrique

8 Apr 2026 - Libération
Par GRÉGORY SCHNEIDER

Et revoilà le Paris-SG sur le sentier rouge sang qui mène au FC Liverpool et aux grandes soirées européennes, ce mercredi au Parc des princes en quart de finale aller de Ligue des champions (1). Pendant que le Landernau conjecture à tout va, ces semaines-ci, sur une Premier League anglaise tellement exigeante en matière d’investissement mental et physique qu’elle détruirait à petit feu les équipes qu’elle envoie se fader le Paris-SG ou l’Atlético Madrid sur le front continental, les Parisiens rigolent. Enfin un : le coach, Luis Enrique.

Vendredi, en marge d’une victoire (3-1) Porte d’Auteuil contre le FC Toulouse, où les champions d’Europe en titre sont apparus en net regain athlétique et mental, l’ancien sélectionneur de la Roja a pris prétexte d’une question sur son gardien, Matveï Safonov, pour s’en payer une tranche : «Si vous pensez que je suis sensible aux pressions de certaines personnes [qui, dans son imaginaire, souhaiteraient remplacer Safonov par l’international français Lucas Chevalier, ndlr], vous vous trompez, clairement. Et j’aime même faire le contraire de ce qu’on me demande. Tu dis A ? Je dis B. Tu dis noir ? Je dis rouge. Faire le contraire de ce qu’on me dit, c’est une chose que j’aime. Et c’est une chose que tous les Asturiens aiment, spécialement les gens qui sont nés et ont grandi à Gijón.» A priori, il se fout du monde.

VOLONTÉ D’ÉMANCIPATION

Mais on garde un doute. Au fil des deux années et demie passées par le coach espagnol dans la capitale et l’inévitable usure des postures médiatiques d’un entraîneur s’exprimant publiquement quatre à six fois par semaine dans un club où personne d’autre ne parle, on aura fini par deviner l’homme. Fruste, un peu court quand il pense être contredit, s’inventant des adversaires là où aucun entraîneur parisien avant lui n’aura connu un environnement aussi favorable. Et jouant de son orgueil pour tenir un auditoire journalistique qu’il tient dans une estime toute relative. Or depuis cinq à six semaines que le Paris-SG est revenu aux affaires en démolissant (5-2, 3-0) en huitième de finale de la compétition reine une équipe de Chelsea qui ne s’en remettra pas avant longtemps, l’idée inédite a émergé d’un vestiaire parisien à son image.

A la fois arrogant et conflictuel, porté par la volonté de marquer durement ses adversaires et son environnement. Comme si l’Asturien de 55 ans déteignait progressivement sur ses hommes à un moment de l’histoire de l’équipe où, et c’est la grande affaire de ce printemps, les joueurs cherchent à exister différemment. Sinon en dehors, du moins un peu en marge de la doxa d’airain édictée par le coach espagnol. Les signes de cette volonté d’émancipation sont partout, de prolongations de contrat compliquées (Ousmane Dembélé, Bradley Barcola) jusqu’aux attitudes de Vitinha dans le vestiaire en passant par l’individualisme appuyé d’un Khvicha Kvaratskhelia ou d’un Désiré Doué. Nul désir de rupture. Simplement la recherche d’un espace à soi et de quelques barreaux supplémentaires sur l’échelle de la grille salariale. Le Paris-SG a une équipe jeune et un joueur doit grandir. Selon l’Equipe, le documentaire tourné par Movistar sur Luis Enrique lors de la saison 2023-2024 à l’initiative du coach espagnol a fait tousser dans le vestiaire parisien et même au-delà: la séquence où Kylian Mbappé se voit édifié sur les nécessités du travail défensif assis sur une chaise comme un écolier alors que l’entraîneur mouline des bras pour appuyer sa démonstration vidéo à l’appui n’était d’ailleurs pas plus innocente que le reste. Certains joueurs s’en sont amusés avant de passer à autre chose. D’autres, plutôt agacés, ont laissé leurs agents faire passer le message à l’extérieur. Pour autant, l’affaire est complexe : pas question de casser le fil les liant à un entraîneur qui les a menés vers un titre de champion d’Europe tout en les montant sur un piédestal dans leurs sélections respectives. De fait, la colonie portugaise – João Neves, Vitinha et Nuno Mendes– a changé de planète à chaque retour en Seleçao depuis un an. Et le défenseur droit Achraf Hakimi racontait encore vendredi dans The Bridge, le podcast du vice-capitaine des Bleus Aurélien Tchouaméni, avoir carrément trouvé son chemin de Damas et des libertés offensives le jour où il a croisé la route de l’entraîneur espagnol. Le lien qui les attache à leur coach les tient sur le plan technique, mais aussi au niveau du surmoi. Avec Luis Enrique, c’est la même chose. Jeudi, dans un dossier consacré aux salaires dans le vestiaire parisien, l’Equipe révélait une règle qui tranche dans un milieu exacerbant l’expression individuelle du joueur sur le plan statistique : une prime tombe sur la fiche de paie de celui qui effectue l’avant-dernière passe avant un but. Et cette gratification est du même montant que celle que touche un buteur ou un passeur décisif. Une disposition qui élargit mécaniquement l’assiette des joueurs concernés jusqu’aux lignes arrières, éloignées des bonus annexes aux traditionnelles primes de victoire ou de titre par la nature même de leur poste.

UN SPORT D’HOMMES SÛRS

Et dresse au milieu du vestiaire un totem puissant, symbolique, impossible à contester par les attaquants vedettes comme Dembélé ou Kvaratskhelia, quand bien même ils n’en penseraient pas moins, sauf à se mettre la majorité du vestiaire à dos. La semaine dernière, Luis Enrique creusait toujours le même sillon, enfonçant toujours plus loin un coin dans l’ego de ses stars : «Mon rêve, c’est de trouver 20 joueurs qui peuvent jouer partout. Et pour ça, les joueurs doivent être généreux par rapport à leur manière habituelle de voir le foot en préférant se sécuriser sur telle ou telle position parce qu’ils s’y sentent à l’aise. Nuno Mendes latéral gauche, Nuno Mendes ailier, Nuno Mendes avant-centre, Nuno Mendes milieu bas… Si tu écartes le poste de gardien, des joueurs capables d’évoluer à tous les postes, c’est mon idéal. Tu peux imaginer l’entraîneur adverse face à une équipe pareille? Comment peut-il anticiper quoi que ce soit ? Ils jouent partout ! Je pense que ce sera très difficile à obtenir [des joueurs]. Mais je travaille dans ce sens.»

Disons plutôt qu’il le fait savoir. Vu depuis le centre d’entraînement de Poissy où les Parisiens crapahutent la semaine sous un régime exclusif de huis clos, la position de l’entraîneur parisien apparaît en effet moins dogmatique. Il y a l’esprit collectiviste d’un côté, la manière dont il s’applique de l’autre et toute l’épaisseur d’un double discours entre les deux. Comme lors des deux dernières saisons, le printemps et l’approche des rendezvous décisifs ont fait fondre le temps de jeu des jeunes joueurs formés au club, l’attaquant Ibrahim Mbaye (18 ans, champion d’Afrique avec la sélection sénégalaise en janvier) ayant été aperçu, selon des sources anglaises, au centre d’entraînement de Manchester City en vue d’un transfert cet été.

Aux yeux de Luis Enrique comme de tous les entraîneurs de ce niveau, le foot est un sport d’homme. Pas de post-adolescent. C’est même un sport d’hommes sûrs. Au vrai, l’effectif n’a pas bougé ou presque. Au coeur de l’automne, quand les vedettes défilaient à l’infirmerie et que Mbaye était aligné à leur place, il était de bon ton de tomber à bras raccourci sur la politique sportive parisienne consistant à dupliquer à l’identique, aux arrivées du gardien Lucas Chevalier et du défenseur ukrainien Illya Zabarnyi près, un effectif usé mentalement et physiquement, la Coupe du monde des clubs terminée mi-juillet ayant empêché les joueurs de se régénérer. Puis, les signes sont tombés. Zabarnyi a été en difficulté, faisant réémerger un Marquinhos que l’ex de Bournemouth devait challenger. Et il y aura beaucoup à dire sur l’isolement dans lequel se débat le premier, tant dans le vestiaire parisien que sur un front médiatique où certains joueurs ayant connu des périodes difficiles avant lui, Warren Zaïre-Emery par exemple, ont été bien plus soutenus que lui.

Pas un monde facile. Mais c’est pareil partout. Après le huitième aller contre Chelsea, un ancien joueur du club nous confiait voir dans cet entre-soi un gain social considérable. Il y a déjà les repères tactiques et les habitudes prises sur le vivre-ensemble, vite retrouvés une fois les joueurs revenus de blessure. Mais aussi la reconnaissance envers un Luis Enrique qui peut toujours raconter le contraire de ce qu’il fait, amusant la galerie avec ses histoires de postes interchangeables et de concurrence.

ILS CONNAISSENT LE CHEMIN

On parle ainsi de l’émergence d’une mémoire collective, qui se suffit un peu en soi. Dans un club qui, jusqu’ici, n’en finissait plus d’appuyer sur reset pour effacer les traumatismes ayant jalonné son histoire européenne récente – la remontada et tout le reste. «On a montré depuis longtemps que nous étions prêts à répondre aux situations et aux exigences de la compétition, constatait Luis Enrique vendredi. Il y a des choses que l’on peut améliorer, c’est clair. Mais quand il faut être là, nous sommes là. Et nous sommes arrivés à un stade de la saison où il faut donner des temps de repos aux joueurs.»

Manière de dire qu’ils connaissent le chemin. Et qu’ils écrivent le récit parisien, plus d’un an après avoir changé de planète en sortant les Reds aux tirs au but en huitième de finale.

Plus que d’autres joueurs, dans d’autres clubs, à d’autres moments: Dembélé, Nuno Mendes et consorts resteront ceux qui ont traversé le plafond de verre. Au-delà du match qui vient, ils sont dépositaires de la première victoire en Ligue des champions du club sous la mandature qatarie. Autant dire de son histoire. A la fois une responsabilité, un repère solide, une immunité contre la concurrence qui durera ce qu’elle durera et une excellente raison de monter au terrain ce mercredi l’esprit léger puisqu’on les verra toujours un peu comme au printemps 2025. Messieurs, bon match.


(1) Coup d’envoi à 21 heures, en direct sur C anal +.

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