SEIXAS - LA LIGNE DES CHAMPIONS
Parce qu’il voulait l’étape et qu’il se sentait fort, Paul Seixas s’est envolé dans un raid de 26 kilomètres, hier, pour gagner une deuxième fois en deux jours et écraser le Tour du Pays basque.
“C’était prévu (l’attaque), bien sûr,
vous avez vu comment mon équipe s’est comportée toute la journée ''
- PAUL SEIXAS
“Ouais… On va essayer de…
On veut ramener le maillot jusqu’au bout
- JORDAN LABROSSE, COÉQUIPIER DE SEIXAS
8 Apr 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT
Fort de son exploit la veille sur le e contre-la-montre, le Français de 19 ans, avec le mai illot de leader sur les épaules, a encore créé la sensation hier en s’échappant en solitaire à 26 kilomètres de l’arrivée. Ses principaux concurrents pointent à plus de deux minutes au classement général. ASTITZ (ESP) – Sur le toit du centre d’interprétation, les ouvriers s’affairent, insensibles à cette fourmilière qui commence à grouiller sous leurs pieds, les supporters basques qui montent comme en pèlerinage au sommet de la bosse finale de la 2e étape. C’est que le chantier ne doit pas traîner: les grottes de Mendukilo voisines doivent rouvrir ce mois-ci et même le Tour du Pays basque n’interrompt pas leur ouvrage. Quant au gouffre, pour en voir un, il suffisait de regarder l’écran qui retransmettait la course. Et d’observer un maillot jaune tout envoyer balader.
Il restait alors 26 kilomètres à parcourir, dont 7 dans la montée de San Miguel de Aralar, « la plus dure de l’Itzulia », annonçait l’émérite speaker Juan Mari Guajardo, quand Paul Seixas décida qu’il était temps. « Il a montré qui est le gars le plus fort ici », ne pouvait que constater Ion Izagirre (Cofidis), beau 7e de l’étape. Après un relais de Nicolas Prodhomme en tête d’un peloton bien amaigri, il déboîta côté gauche, d’abord assis, après avoir jeté un coup d’oeil derrière lui. Mattias Skjelmose (Lidl-Trek) résistait, à deux longueurs, quand le leader se mit en danseuse. Finito. « Quand il est sorti, il est sorti très, très fort, se ré jouissait Prodhomme. C’était impressionnant les watts que je mettais, et lui a continué d’accélérer pendant que moi, je me relevais. Il est tellement fort qu’il est capable d’enchaîner ces changements de rythme. » Tellement fort que personne ne put suivre. Surtout pas Bruno Armirail (Visma-Lease a bike), parti dans l’échappée, son credo cette semaine, qui vit passer un avion.
« Il a attaqué à ce moment-là… Même avec quatre minutes au pied, il nous reprenait tous. » Il n’y avait qu’une minute, et le Lyonnais avala le reste des échappés tandis que le groupe des favoris, où ne figurait plus Kévin Vauquelin (2e au départ), tombé un peu plus tôt, revenu au prix d’un gros effort et « juste vide » dans la bosse, perdit rapidement 20 secondes.
Écart un temps stabilisé par le travail d’Isaac Del Toro avant que le Mexicain se lasse de traîner tout le monde et laissa les autres faire. Seixas grimaçait, dodelinait, écrasait les pédales et l’écart enfla jusqu’à 53 secondes au sommet, 1’15’’ au pied de la dernière rampe et ses pentes irrégulières sur du mauvais revêtement. Et 1’25’’ à l’arrivée. « Ça fait vraiment du bien, une belle victoire qui récompense bien le travail de l’équipe », appréciait le vainqueur.
Les bolides de Decathlon-CMA CGM, en réalité, ont simplement respecté le plan. « Pas du tableau noir, mais presque », relevait Jordan Labrosse, inusable hier.
« C’était prévu, bien sûr, vous avez vu comment mon équipe s’est comportée toute la journée, abondait son jeune leader (19 ans). Peut-être que le plan était de partir un peu plus tard, mais j’ai senti que c’était le bon moment, et je suis parti. À un moment, j’ai un peu regretté, car c’était vraiment, vraiment dur, très long . Mais l a meilleure défense est d’attaquer. Forcément, il y a un risque, mais le plus gros risque, c’est d’avoir peur d’attaquer. Je me dis: qu’est-ce que j’ai vraiment à perdre en tentant ? C’est ce que j’aime, le panache dans le vélo. Et j’ai réussi à le faire. C’est incroyable, magnifique. »
L’ancien du VC Villefranche-Beaujolais fait ça depuis toujours chez les jeunes, où il lui fallait souvent plusieurs banderilles pour se débarrasser d’adversaires qui se contentaient de sucer sa roue. Alors pourquoi faire différemment chez les grands quand on en est capable, quand bien même les adversaires ont gagné (Roglic) ou fait des podiums (Del Toro, Lipowitz, Ayuso) sur les Grands Tours? À l’arrivée, ses parents, Emmanuel et Emmanuelle, et son frère cadet Nino vivaient ça comme une journée normale sur le bord des routes.
Même quand leur « Paulo » prenait quelques risques en descente ( « Je ne l’ai pas senti, avec l’adrénaline, j’allais vite mais je n’ai jamais eu peur », répondit-il) ou dut slalomer pour éviter un spectateur couché au milieu de la route après avoir heurté une moto en voulant traverser. Quant à son staff, il avait déjà installé depuis longtemps les rouleaux pour faire la récup à l’arrière du podium protocolaire, sûr de son coup. « Seissass », comme il est appelé ici, voulait briller au chrono lundi. Il l’a écrasé. Il avait coché cette étape très montagneuse d’hier, avec l’idée d’y faire des différences. Il a pulvérisé la course face à des adversaires résignés, pour la plupart redescendus aussitôt vers leurs bus sans un mot. Ce matin, le dauphin, Primoz Roglic, est à 1’59’’ au général, plus proche du 16e que du leader de la course. Le maillot jaune impressionne, serein, offensif, et son envolée hier a provoqué quelques souffles de dépit chez les spectateurs, conscients d’assister à l’émergence d’un phénomène mais déçus qu’avec ce larron, aussi, le suspense ne dure guère. Au moins pour l’instant.
Bien sûr, « il reste quatre étapes très dures, donc on se méfiera tous les jours », prévenait Seixas, digne successeur de Julian Alaphilippe, dernier homme à avoir remporté les deux premières étapes du Pays basque, en 2018. Alors le Lyonnais jouera-t-il la prudence désormais ? « Ouais… On va essayer de… On veut ramener le maillot jusqu’au bout », hésitait Labrosse. « Peut-être qu’on va essayer de contrôler, ça dépend des étapes, des stratégies des équipes adverses, répondait le maillot jaune. Et on sera toujours à l’attaque s’il faut, jamais sur la défensive si on se fait attaquer. Je n’ai pas peur de prendre des risques. » Il n’a peur de rien.
Paul Seixas fend la foule lors de la deuxième étape du Tour du Pays basque hier.
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