LE PLUS GRAND
IL SE RELÈVE DE TOUT
Malgré sa chute avant la Cipressa, TADEJ POGACAR a remporté hier son premier Milan-San Remo. Avec la conquête de son onzième Monument, il assoit un peu plus sa suprématie.
22 Mar 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
SAN REMO (ITA) – On en rêvera de ce dossard numéro 211 qui claque au vent, arraché, chiffonné, mais qui continue d’avancer, qui fend le vent et le destin, poussé par le souffle d’une force supérieure qu’on ne saurait définir, insaisissable, mais qui nous parle à tous, qui nous aimante, car chacun espère qu’un jour, elle nous sortira de la grisaille du quotidien. Il n’y a rien de plus beau que ce qui est imparfait, ce qui part de travers, l’imprévu, et Tadej Pogačar a remporté le plus grand défi de sa carrière au terme d’un scénario totalement fou traque, dans la démonstration que le cyclisme a beau se moderniser, nous tanner avec ses watts et ses kilojoules, il ne sera jamais rien sans l’instinct, sans le supplément d’âme.
Le Slovène a tordu tous les freins dans le Monument qui lui résistait, qu’on disait se courir au millimètre, qu’on pensait ne pouvoir être conquis qu’au prix d’une stratégie chirurgicale, et qu’il a remporté le jour où on le pensait condamné par cette chute à 33 kilomètres de l’arrivée, juste avant la Cipressa, au moment le plus crucial de la course. Il avait tout tenté depuis quatre ans, tout échafaudé, tout préparé pour dompter la plus insaisissable des classiques, il avait mis son cerveau en ébullition pour conquérir la Classicissima, une obsession qui prenait la forme d’une malédiction, et il la dompte le jour où tout était en train de lui échapper, un sort, un verdict que tout le monde aurait accepté sauf lui.
Pogacar a toujours associé le cyclisme et son enfance, le jeu.
Il tombe, se relève tel un gamin, insouciant
Le double champion du monde parle peu, son mutisme est celui des géants de son sport, habités d’un bouillonnement intérieur qu’ils ne peuvent expliquer, mais il faut écouter le peu qu’il donne, le croire, le comprendre. Le Slovène a toujours associé le cyclisme et son enfance, le jeu, le plaisir, la légèreté. Il tombe, il se relève tel un gamin, insouciant, comme hier au moment de cet immense carton où furent pris Mathieu van der Poel, Wout Van Aert, Biniam Girmay, Giulio Pellizzari…
Il remonte sur son vélo, roule, roule, roule comme si seule la nuit pouvait l’arrêter, dans le souvenir de ses parents qui lui demandaient de rentrer à la maison. Il aime ces choses simples dans lesquelles on se reconnaît, ce sentiment qui lui appartient, cette part d’enfance qu’il ne veut abandonner, pour des raisons intimes qui ne regardent que lui. Un jardin à préserver, qu’il ne veut rogner, mais qu’il a appris à accommoder avec la pression extérieure, ce qu’on réclame de lui, le palmarès, les cinq Monuments, les trois grands Tours. Sa part de bonheur subsiste quand la joie simple de l’enfant n’est pas trop grignotée.
Van der Poel, main gauche lacérée,
lâchait au pied du Poggio,
ce qui était tout de même un événement
Tadej Pogacar est tellement comme nous et tellement loin de nous. D’où ce poing de rage au moment de franchir la ligne, hier, à San Remo, qui puisait si profond en lui, un mélange du bonheur du gamin et des exigences du champion, coexistence de deux mondes, celui rêvé, l’autre imposé. Depuis quand n’avait-on vu une telle libération ? Une joie si pure, qui nous transperçait tous ? Lui qui d’ordinaire a le temps de poser, de penser ses célébrations, avait dû cette fois pousser jusqu’au bout pour être sûr de se défaire de ce renard de Tom Pidcock. Et tout n’en fut que plus sincère. Pogacar était remonté comme une balle dans la Cipressa après sa gamelle, propulsé par Brandon McNulty, il n’avait pas réfléchi mais avait tenté de malmener tout le monde dès son retour, et seuls van der Poel et Pidcock parvinrent à s’accrocher. Mais le Néerlandais avait la bouche de travers rapidement, main gauche lacérée, et il lâchait au pied du Poggio, ce qui était tout de même un événement.
Le Britannique, lui, restait là, un sparadrap, une menace qui laissait penser que Pogačar pourrait se faire piéger par un tiers le jour où il avait enfin réussi à se débarrasser de van der Poel. Pogačar n’avait d’autre choix que de l’emmener jusqu’au sprint et de l’y crucifier, avec toute l’incertitude que cela comportait, mais le Slovène ne laissa pas échapper l’occasion qu’il attendait depuis si longtemps. Il remportait enfin le Monument qui ne correspondait pas à ses qualités, celui qui dépendait le plus de la force de son équipe, qui avait envoyé des signaux contradictoires, entre l’abandon de bonne heure, bien avant le Turchino, de Jan Christen, le relais mollasson de quelques centaines de mètres dans la Cipressa d’Isaac Del Toro et le travail incroyable de Florian Vermeersch et Felix Grossschartner pour le ramener après sa chute.
Tous les battus vinrent le saluer, l’enlacer,
l’embrasser dans une sorte d’allégeance
qui disait tout de son statut
Il s’était donc présenté sur la via Roma totalement râpé sur le côté gauche, le maillot criblé de cratères, le cul à l’air côté gauche, comme si tout cela était normal, comme s’il fallait en arriver là pour conquérir la Classicissima. Mais quel sport, quel monde s’accommode de cela? Tadej Pogačar a remporté le Monument qu’on pensait le moins dessiné pour lui, celui le moins adapté à ses caractéristiques, mais qu’il a réussi à plier à son règne.
On avait dans les bottes des montagnes de questions avec ce Milan-San Remo, mais après ce triomphe de Tadej Pogačar, ne subsiste que son écho, ne subsiste que son ego, et il ne manque désormais que Paris-Roubaix à son palmarès. Après cela, il aurait le droit de tout arrêter. À 27 ans. Il pourrait remporter les cinq Monuments cette année. Qu’importe, hier, dans son odyssée, il nous a parlé à tous. Il a souffert, il a gagné. Tadej Pogačar l’enfant est devenu un géant.
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CLASSEMENT
1. Pogacar (SLN, UAE EmiratesXRG), les 298 km en 6h35'49'' (moy.: 45,172 km/h);
2. T. Pidcock (GBR, Pinarello-Q36.5);
3. Van Aert (BEL, Visma-Lease a Bike) à 4'';
4. Ma. Pedersen (DAN, LidlTrek);
5. Strong (NZL, NSN);
6. Vendrame (ITA, Jayco AlUla);
7. Stuyven (BEL, Soudal-Quick Step);
8. van Der Poel (HOL, Alpecin-Premier Tech);
9. Trentin (ITA, Tudor);
10. Zambanini (ITA, Bahrain Victorious);
11. Berckmoes (BEL, Lotto Intermarché); 12. Aranburu (ESP, Cofidis); 13. Andresen (DAN, Decathlon CMA GGM); 14. Teunissen (HOL, XDS Astana); 15. Mohoric (SLN, TBV); 16. Laporte (TVL); 17. Lapeira (Decathlon CMA GGM); 18. Grégoire (GroupamaFDJ United); 19. Pithie (NZL, RedBull-Bora-Hansgrohe); 20. Barrenetxea (ESP, Movistar); 21. Tronchon (GFC); 22. Coquard (Cof); ... 28. McNulty (USA, UAD); 29. Braz Afonso (GFC); 33. Ganna (ITA, Ineos Grenadiers); 36. Labrosse (DCT); 37. Roglic (SLN, RBH); 38. Ciccone (ITA, LTK) t.m.t. ; 40. Pellizzari (ITA, RBH) à 10'' ; 41. Alaphilippe (Tudor) à 23'' ; 42. Jorgenson (USA, TVL) à 42''; 80. Magnier (Soudal-Quick Step) à 3'45''; 110. Del Toro (MEX, UAD) à 4'1''.
158 classés.
7 abandons dont J. Christen (SUI, UAD); Novak (SLN, UAD); Kwiatkowski (POL, IGD).
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IL PIÙ GRANDE
SI RISOLLEVA DA TUTTO
Nonostante la caduta prima della Cipressa, TADEJ POGACAR ha vinto ieri per la prima volta la Milano-Sanremo. Con la conquista della sua undicesima Monumento, consolida ulteriormente la sua supremazia.
22 mar 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS
SAN REMO (ITA) – Sogneremo quel pettorale numero 211 che sventola al vento, strappato, sgualcito, ma che continua ad avanzare, che fende le folate e il destino, spinto dal soffio di una forza superiore che non sapremmo definire, sfuggente, ma che parla a tutti noi, che ci attrae, perché ognuno spera che un giorno ci faccia uscire dalla grigia routine quotidiana. Non c’è nulla di più bello di ciò che è imperfetto, di ciò che parte storto, dell’imprevisto, e Tadej Pogačar ha vinto la sua sfida più grande al termine di uno scenario totalmente folle, a dimostrazione che per quanto il ciclismo possa modernizzarsi, stancarci con i suoi watt e kilojoule, non sarà mai niente senza l’istinto, senza quel qualcosa in più che viene dall’anima.
Lo sloveno ha dato il massimo in quella Monumento che gli opponeva resistenza, che si diceva si corresse al millimetro, che si pensava potesse essere conquistata solo con una strategia chirurgica, e che ha vinto proprio nel giorno in cui lo si riteneva spacciato a causa di quella caduta a 33 chilometri dall’arrivo, poco prima (a -5 km dall'inizio salita, ndr) della Cipressa, nel momento più cruciale della gara. Aveva tentato di tutto negli ultimi quattro anni, aveva pianificato e preparato tutto per domare la più sfuggente delle classiche, aveva messo il cervello in ebollizione per conquistare la Classicissima, un'ossessione che assumeva le sembianze di una maledizione, e l'ha domata proprio nel momento in cui tutto gli stava sfuggendo, un destino, un verdetto che tutti avrebbero accettato tranne lui.
Pogačar ha sempre associato il ciclismo alla propria infanzia, al gioco.
Cade, si rialza come un ragazzino, spensierato.
Il due volte campione del mondo parla poco, il suo silenzio è quello dei giganti del suo sport, animati da un fermento interiore che non riescono a spiegare, ma bisogna ascoltare il poco che dice, credergli, capirlo. Lo sloveno ha sempre associato il ciclismo alla propria infanzia, al gioco, al piacere, alla leggerezza. Cade, si rialza come un ragazzino, spensierato, come ieri al momento di quell’enorme caduta in cui sono rimasti coinvolti Mathieu van der Poel, Wout Van Aert, Biniam Girmay, Giulio Pellizzari…
Rimontando in sella alla sua bicicletta, pedala, pedala, pedala come se solo l'imbrunire potesse fermarlo, con il ricordo dei suoi genitori che gli chiedevano di rientrare a casa. Ama quelle cose semplici in cui ci si riconosce, quel sentimento che gli appartiene, quella parte di infanzia che non vuole abbandonare, per ragioni intime che riguardano solo lui. Un giardino da preservare, che non vuole intaccare, ma che ha imparato a conciliare con la pressione esterna, ciò che gli viene richiesto, il palmarès, le cinque Monumento, i tre grandi Giri. La sua parte di felicità permane quando la semplice gioia del bambino non viene troppo intaccata.
Van der Poel, con la mano sinistra lacerata,
cedeva ai piedi del Poggio,
il che era comunque un evento
Tadej Pogačar è così simile a noi e da noi così lontano. Da qui quel pugno di rabbia nel momento in cui ha tagliato il traguardo, ieri, a Sanremo, che attingeva così in profondità dentro di lui, un mix tra la felicità del ragazzino e le esigenze del campione, la coesistenza di due mondi, quello sognato, l’altro imposto. Da quanto tempo non vedevamo una tale liberazione? Una gioia così pura, che ci trafiggeva tutti? Lui che di solito ha il tempo di posare, di pensare alle sue esultanze, questa volta aveva dovuto spingere fino in fondo per essere sicuro di sbarazzarsi di quella volpe di Tom Pidcock. E tutto è stato ancora più sincero. Dopo la caduta Pogačar era risalito come un razzo verso la Cipressa, trainato da Brandon McNulty; senza pensarci due volte, aveva cercato di mettere sotto pressione tutti non appena era tornato in gara, e solo van der Poel e Pidcock erano riusciti a stargli dietro. Ma il neerlandese ha avuto presto la bocca storta (ai -17,1 km, ndr), la mano sinistra lacerata, e ha mollato ai piedi del Poggio, il che era comunque un evento.
Il britannico, invece, è rimasto lì, attaccato come un cerotto, una minaccia che faceva pensare che Pogačar potesse essere messo in difficoltà da un terzo incomodo il giorno in cui era finalmente riuscito a sbarazzarsi di van der Poel. Pogačar non aveva altra scelta che portarselo fino allo sprint e crocifiggerlo là, con tutta l’incertezza che ciò avrebbe comportato, ma lo sloveno non si è lasciato sfuggire l’occasione aspettata da così tanto tempo. Finalmente ha vinto la Monumento che non si adattava alle sue caratteristiche, quello che dipendeva maggiormente dalla forza della sua squadra, che aveva inviato segnali contraddittori, tra il ritiro precoce, ben prima del Turchino, di Jan Christen, il cambio fiacco di qualche centinaio di metri nella Cipressa di Isaac del Toro e l’incredibile lavoro di Florian Vermeersch e Felix Grossschartner per riportarlo in gara dopo la sua caduta.
Tutti gli sconfitti sono poi andati a salutarlo,
ad abbracciarlo, a baciarlo in una sorta di omaggio
che diceva tutto del suo status
Si era dunque presentato in via Roma completamente sfregato sul fianco sinistro, con la maglia crivellata di strappi, il sedere scoperto sul gluteo sinistro, come se tutto ciò fosse normale, come se fosse necessario arrivare a quel punto per conquistare la Classicissima. Ma quale sport, quale mondo si "accontenta" di questo? Tadej Pogačar ha vinto la Monumento che si pensava fosse meno adatta a lui, quella meno in linea con le sue caratteristiche, ma che è riuscito a piegare al suo dominio.
Avevamo in mente una montagna di domande su questa Milano-Sanremo, ma dopo il trionfo di Tadej Pogačar, rimane solo la sua eco, rimane solo il suo ego, e ora al suo palmarès manca solo la Parigi-Roubaix. Dopo di che, avrebbe il diritto di smettere tutto. A 27 anni. Potrebbe vincere le cinque Monumento quest'anno. Non importa. Ieri, nella sua odissea, ha parlato a tutti noi. Ha sofferto, ha vinto. Tadej Pogačar, il bambino, è diventato un gigante.
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LA NOTE DE LA COURSE
Tadej Pogačar a remporté le Monument qui lui résistait le plus avec dramaturgie, malgré cette chute avant la Cipressa qui a tout et rien changé à la fois. Un Milan-San Remo foutraque qui s’est décidé de manière classique dans un sprint à deux juste quelques secondes devant la meute. Une immense édition.
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LA NOTA SULLA GARA
Tadej Pogačar ha conquistato con grande intensità la Monumento che più gli resisteva, nonostante quella caduta prima della Cipressa che allo stesso tempo ha cambiato tutto e niente. Una Milano-Sanremo caotica che si è decisa in modo classico con uno sprint a due, a pochi secondi sul gruppo. Un’edizione straordinaria.


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