La délivrance


Juste après l’arrivée, hier, l’accolade entre Tom Pidcock
beau 2e, et le double champion du monde. 
Puis le cri de libération de Tadej Pogačar sur la via Roma. 

Entouré de ses proches, notamment à gauche, Carlos Sainz, le pilote de F1, 
son ami et voisin à Monaco, le Slovène réalise la portée de son exploit.

Milan-San Remo, qui s’était refusé cinq fois à Tadej Pogačar, l’obsédait. L’émotion était donc à son comble à l’arrivée hier via Roma. Pour lui comme pour toute son équipe.

“Tadej a mis tellement de ses émotions dans cette course… 
On gagne la course pour quatre centimètres. 
C’est dire si elle était un immense challenge pour lui"
   - MAURO GIANETTI, MANAGER 
     D’UAE EMIRATES-XRG

22 Mar 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

SAN REMO (ITA) – Toute quête en vaut bien une autre, l’essentiel étant ce petit grain qui mouline sans cesse dans l’arrière-boutique, ce déclenchement d’endorphines et d’adrénaline qui fait faire n’importe quoi pour enfin trouver la lumière au bout du chemin. Le petit Marco en avait une hier en fin de journée: a percevoir Tadej Pogačar d’une manière ou d’une autre, de loin ou de près, lui arracher un clin d’oeil ou un sourire à force de crier, éventuellement chaparder un selfie dans la fougue.

La quête de Marco, tee-shirt « San Tadej » auréolé en évidence, bondieuserie si touchante, s’est achevée lorsque le Slovène lui a carrément déposé sur le visage les lunettes avec lesquelles il venait lui-même de parachever l a sienne. Remporter Milan-San Remo. La Primavera se refusait à sa stature si imposante (voir cicontre). Mais elle s’est offerte au double champion du monde hier au terme d’une journée fantasmagorique. « C’est un grand soulagement de l’avoir gagnée enfin », admet le Slovène. Cela représente des années d’entraînement, beaucoup d’efforts. « C’est la course la plus imprévisible du monde. Mentalement, c’est très difficile. »

Les larmes dans l’aire d’arrivée et le flot de sentiments expulsés par ses proches racontent aussi l’obsession d’un coureur qui butait sur une énigme, lui qui a si souvent été habitué à les résoudre d’un coup de pédale ou d’une cavalcade furieuse. « Il attendait ce jour depuis un an, voire plus. Tadej a mis tellement de ses émotions dans cette course, c’est inexplicable, tous ces jours à ne penser qu’à ça…, admire Mauro Gianetti, le manager d’UAE Emirates-XRG. On gagne la course pour quatre centimètres. C’est dire si elle était un immense challenge pour lui. »

« On avait été si proche ces dernières années, ça se jouait à rien. Aujourd’hui, il a réussi à changer ça. C’est un immense champion », glisse Andrej Hauptman, le directeur sportif slovène chez qui Pogacar, enfant, allait regarder Milan-San Remo à la télévision. Il avait baissé les armes au sprint, l’an dernier, face à Mathieu van der Poel et Filippo Ganna, face à Jasper Philipsen et Michael Matthews encore un an plus tôt. Mais c’est aussi un sprint, hier, face à Thomas Pidcock, qui lui a permis de cueillir cette libération apaisante. 

Jan Christen a refusé d’aller se faire opérer tant 
qu’il n’avait pas croisé le regard de Pogačar

« Quand il est parti pour Milan cette semaine, je lui ai dit : si je ne peux pas la gagner, s’il te plaît gagne-la pour moi, confie son grand ami, Michael Matthews, trois fois sur le podium de la Primavera mais absent hier à cause d’une vilaine chute, avec qui Pogacar a pu échanger au téléphone en fin de journée. Ça lui enlève un poids, c’est certain. Il avait ce stress sur les épaules pendant toutes ces années. C’est une course où il a été si proche tant de fois, comme moi… Donc tu deviens obsédé par cela, par quelque chose que tu n’as pas été en mesure d’obtenir. »

Après le podium protocolaire et les obligations médiatiques, le comité d’accueil au car UAE a été digne d’une rock star. Preuve de l’importance de ce Monument pour leur leader, Brandon McNulty a retardé de plus d’une heure son départ pour l’Espagne, où il disputera le Tour de Catalogne à partir de lundi, Jan Christen a refusé d’aller se faire opérer de la clavicule gauche tant qu’il n’avait pas croisé le regard du Slovène et tout l’encadrement n’attendait que son retour avant de prendre la route. « J’ai pleuré sur mon vélo », a même dit Felix Grossschartner.

« Il a tellement l’habitude de gagner que ne pas réussir ici le frustrait énormément, retrace Gianetti. C’est une grosse émotion pour tout le monde de le voir comme ça aujourd’hui ( hier). On sait ce que ça représente, on sait exactement le nombre de fois où il a pensé à la gagner. C’est ce qui rend l’émotion encore plus grande. » « Quand il décide de faire quelque chose ou qu’il dit qu’il veut gagner une course, il est tellement déterminé qu’il finit toujours par y arriver, salue Hauptman, très ému. C’est quelque chose de fou. San Remo est quelque chose de fou pour un coureur de Grands Tours. C’est vraiment spécial. »

« Il s’est amélioré depuis l’an dernier, son but principal c’était de gagner ici, ne cache pas Gianetti. Il s’est concentré sur les classiques et il ne pense qu’à ça. Le Tour, ce sera plus tard. Là, c’était San Remo et maintenant Roubaix. Il n’y a que ça qui l’intéresse. »

« Je pense définitivement que c’est l’une de mes plus grandes victoires. Je vais avoir besoin de temps pour réaliser que j’ai enfin remporté San Remo » , souffle aussi Pogacar. Le poing serré après avoir compris qu’il avait bien décroché son onzième Monument et le premier via Roma, la rage exprimée, les embrassades, tout convoquait l’histoire et une délivrance qui a mis tant de temps à venir, la rendant encore plus belle.

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LES PLACES DE TADEJ POGACAR À SANREMO

2020 12e
2022 5e
2023 4e
2024 3e
2025 3e
2026 1er

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Kopecky règne à nouveau

En maîtrise après l’attaque de Puck Pieterse dans le Poggio, Lotte Kopecky (SD Worx-Protime) a réglé au sprint un groupe de cinq coureuses sur la Via Roma, hier, pour remporter le cinquième Monument de sa carrière (déjà trois Tour des Flandres et un Paris-Roubaix). Le plan des outsiders prévu contre Lorena Wiebes, sa coéquipière vainqueure en 2025, a profité à la Belge. Kasia Niewadoma notamment, a été contrainte à l’abandon après une chute collective violente dans la descente de la Cipressa où l’on a craint le pire pour Debora Silvestri, qui a basculé par-dessus la glissière de sécurité. Lourdement tombée, l’Italienne était consciente et dans un état stable, selon son équipe, avant d’être hospitalisée. Kopecky réussit son entrée dans les Classiques, de retour à sa vraie nature après une tentative ratée, l'an passé, sur le classement général des grands Tours. « Cette victoire représente beaucoup, surtout après la saison dernière. C’est très bon pour le moral et cela me prouve que j’ai bien fait les choses cet hiver. » (L. He.)

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Subito dopo l’arrivo, ieri, l’abbraccio tra Tom Pidcock, 
bel secondo classificato, e il due volte campione del mondo. 
Poi il grido di liberazione di Tadej Pogačar in via Roma. 

Circondato dai suoi cari, in particolare alla sua sinistra Carlos Sainz, il pilota di F1, suo
amico e vicino di casa a Montecarlo, lo sloveno si rende conto della portata della sua impresa.

La liberazione

La Milano-Sanremo, che per cinque volte aveva negato la vittoria a Tadej Pogačar, lo ossessionava. L’emozione era quindi alle stelle ieri all’arrivo in via Roma. Per lui come per tutta la sua squadra.

«Tadej ha riversato così tante emozioni in questa gara…
Ha vinto per quattro centimetri.
Questo la dice lunga su quanto fosse una sfida enorme per lui"
   - MAURO GIANETTI, MANAGER
     DELLA UAE EMIRATES-XRG

22 mar 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

SAN REMO (ITA) – Ogni ricerca vale l’altra, l’essenziale è quel piccolo ingranaggio che gira incessantemente nei retropensieri, quel rilascio di endorfine e adrenalina che spinge a fare qualsiasi cosa per trovare finalmente la luce alla fine del tunnel. Il piccolo Marco ne aveva una ieri a fine giornata: intravedere in un modo o nell'altro Tadej Pogačar, da lontano o da vicino, strappargli un occhiolino o un sorriso a forza di gridare, magari rubare un selfie nella foga del momento.

La ricerca di Marco, con la maglietta «San Tadej» ben in vista, un oggetto di devozione così toccante, si è conclusa quando lo sloveno gli ha posato sul viso gli occhiali con cui lui stesso aveva appena coronato la propria. Vincere la Milano-Sanremo. La (Classicissima di) Primavera sembrava non volersi piegare alla sua statura così imponente (vedi a fianco). Ieri, si è  invece concessa al due volte campione del mondo al termine di una giornata da favola. «È un grande sollievo averla finalmente vinta», ammette lo sloveno. Rappresenta anni di allenamento, molti sforzi. «È la gara più imprevedibile del mondo. Mentalmente è molto difficile».

Le lacrime nell’area di arrivo e il flusso di emozioni riversate dai suoi cari raccontano anche l’ossessione di un corridore che si scontrava con un enigma, lui che così spesso è abituato a risolverli con un colpo di pedale o una cavalcata furiosa. «Aspettava questo giorno da un anno, forse anche di più. Tadej ha riversato così tante emozioni in questa gara, è inspiegabile, tutti quei giorni a pensare solo a questo…», dice ammirato Mauro Gianetti, manager della UAE Emirates-XRG. «Ha vinto per quattro centimetri. Questo la dice lunga su quanto fosse una sfida immensa per lui. »

«Negli ultimi anni ci siamo andati così vicini, mancava davvero poco. Oggi è riuscito a cambiare le cose. È un campione straordinario», commenta Andrej Hauptman, il direttore sportivo sloveno a casa del quale Pogačar, da bambino, andava a guardare la Milano-Sanremo in televisione. L'anno scorso aveva dovuto arrendersi allo sprint contro Mathieu van der Poel e Filippo Ganna, e l'anno prima ancora contro Jasper Philipsen e Michael Matthews. Ma è stato proprio uno sprint, ieri, contro Thomas Pidcock, a regalargli questa appagante liberazione. «Quando è partito per Milano questa settimana, gli ho detto: se non riesco a vincerla io, per favore vincila per me», confida il suo grande amico Michael Matthews, tre volte sul podio della Classicissima ma assente ieri a causa di una grave caduta, col quale Pogačar ha parlato al telefono a fine giornata. Questo gli ha tolto un peso, è certo. Ha portato questo stress sulle spalle per tutti questi anni. È una gara in cui è arrivato così vicino tante volte, come me… Quindi diventi ossessionato da tutto questo, da qualcosa che non sei riuscito a ottenere».

Dopo la cerimonia di premiazione e gli impegni con i media, l’accoglienza riservata a Brandon McNulty presso il pullman della UAE Emirates-XRG è stata degna di una rockstar. A riprova dell’importanza di questa Monumento per il loro capitano, McNulty ha posticipato di oltre un’ora la sua partenza per la Spagna, dove disputerà il Giro di Catalogna a partire da lunedì, Jan Christen si è rifiutato di andare a farsi operare alla clavicola sinistra finché non ha incrociato lo sguardo dello sloveno e tutto lo staff aspettava solo il suo ritorno prima di mettersi in viaggio. «In bici ho pianto», ha persino detto Felix Grossschartner.

«È talmente abituato a vincere che non riuscirci qui, lo frustrava enormemente», racconta Gianetti. «È una grande emozione per tutti vederlo così oggi (ieri). Sappiamo cosa rappresenta, sappiamo quante volte ha pensato di vincerla. È questo che rende l’emozione ancora più grande». «Quando decide di fare qualcosa o dice che vorrebbe vincere una gara, è così determinato che alla fine ci riesce sempre», dice Hauptman, molto commosso. «È una cosa pazzesca. La Sanremo è una cosa pazzesca per un corridore da grandi Giri. È davvero speciale. »

«È migliorato rispetto l’anno scorso, il suo obiettivo principale era vincere qui, Gianetti non lo nasconde. «Si è concentrato sulle classiche e pensa solo a quello. Il Tour verrà dopo. Adesso c’era Sanremo e ora la Roubaix. È l’unica cosa che gli interessa».

«Sono decisamente convinto che questa sia una delle mie vittorie più importanti. Mi ci vorrà un po’ di tempo per rendermi conto di aver finalmente vinto la Sanremo», aggiunge Pogačar. Il pugno chiuso dopo aver capito di aver conquistato la sua undicesima Monumento e la sua prima in via Roma, la rabbia sfogata, gli abbracci: tutto evocava la storia e una liberazione che ha tardato tanto ad arrivare, rendendola così ancora più bella.

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I RISULTATI DI TADEJ POGACAR ALLA SANREMO

2020 12°
2022 5°
2023 4°
2024 3°
2025 3°
2026 1°

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Kopecky regna di nuovo

Padrona della situazione dopo l’attacco di Puck Pieterse sul Poggio, Lotte Kopecky (SD Worx-Protime) ha battuto in volata un gruppo di cinque atlete in via Roma, ieri, aggiudicandosi la quinta Monumento della sua carriera (già tre Giri delle Fiandre e una Parigi-Roubaix). Il piano delle outsider contro Lorena Wiebes, sua compagna di squadra vincitrice nel 2025, ha favorito la belga. Kasia Niewadoma, in particolare, è stata costretta al ritiro dopo una violenta caduta di gruppo nella discesa della Cipressa, dove si è temuto il peggio per Debora Silvestri, volata oltre il guardrail. Caduta pesantemente, l'italiana era cosciente e in condizioni stabili, secondo la sua squadra, prima di essere ricoverata in ospedale. Kopecky ha fatto il suo ingresso vittorioso nelle Classiche, tornando alla sua vera natura dopo un tentativo fallito, lo scorso anno, nella classifica generale dei grandi Giri. «Questa vittoria significa molto, soprattutto dopo la scorsa stagione. È un ottimo stimolo per il morale e mi conferma che quest’inverno ho fatto le cose per bene.» (Luc Herincx)

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