Ensorcelé par la forêt


Dépité après sa première crevaison dans la trouée d’Arenberg, Mathieu van der Poel 
voit alors ses espoirs de quatrième victoire à Roubaix se réduire considérablement.

Même s’il a presque réussi une remontée spectaculaire, Mathieu van der Poel a perdu la course dans la trouée d’Arenberg, victime d’une improbable succession de galères et d’erreurs.

«Je n’y ai jamais vraiment cru»
   - MATHIEU VAN DER POEL, AU SUJET DE SES 
     ESPOIRS DE VICTOIRE APRÈS SES CREVAISONS

«La manière dont il a réagi pour garder le suspense 
de la course pendant encore quelques heures… 
C’est un exploit énorme»
   - PHILIP ROODHOOFT, MANAGER 
     D’ALPE'CIN-PREMIER TECH

13 Apr 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX

ROUBAIX (NORD) – Deux destins se sont croisés à 93 km de Roubaix, dans la ténébreuse trouée d’Arenberg. Alors que Wout Van Aert le malchanceux sortait en tête pour filer enfin vers son rêve ultime, Mathieu van der Poel, le champion souvent épargné par les chutes et crevaisons, découvrait la scoumoune. Son directeur sportif, Christoph Roodhooft, commence le récit: « Il y a eu une petite chute à l’entrée du bois, on est donc restés bloqués plus d’une minute, puis le peloton est passé et s’est retrouvé intercalé entre nous et le groupe de tête. » Impuissante, trop loin pour dépanner, la voiture d’Alpecin-Premier Tech voit « le reste à la télé ». 

Bien placé dans la roue de Van Aert, en tête du groupe des favoris, Van der Poel est victime d'une crevaison à 1,1 km de la sortie du secteur mythique. Croyant lui rendre service, Jasper Philipsen se sacrifie en lui prêtant son vélo. « C’est le gros point noir, admettra Christoph Roodhooft. Ils ne roulent pas avec les mêmes pédales. Mathieu a des prototypes que l’on avait convenu de tester en compétition, mais c’était le pire moment pour que cela pose problème. Il n’a donc jamais pu enclencher les cales sur le vélo de Jasper. » Résigné, Van der Poel ordonne à Philipsen de repartir avec sa monture de base. « Je sais qu’on a des pédales différentes, mais il n’a jamais été question que j’emprunte son vélo, expliquera le Néerlandais. Je crois qu’il ne se sentait pas très bien, donc il a pensé à me le donner et, moi, j’espérais m’en servir juste pour sortie de la Trouée. » « Dans le chaos, tout le monde est stressé » , évacuera le manager Philip Roodhooft, avant que son frère assume la responsabilité de l’erreur. « C’est vraiment stupide de ma part de ne pas avoir anticipé ça, admettra Christoph Roodhooft. Mais c’est facile à dire après coup. On n’aurait jamais imaginé un tel scénario catastrophe où les coureurs doivent échanger les vélos. »

Alors que le vainqueur des trois dernières éditions de Paris-Roubaix rebrousse chemin à pied dans la trouée d’Arenberg, Tibor Del Grosso débarque à hauteur du vélo crevé et abandonné par van der Poel.

« On a eu de la chance, relativisera le sémillant équipier. J’avais une crevaison à l’arrière et lui à l’avant. Je savais que ma course était finie, je me demandais ce que je pouvais encore faire… » Lucide, le Néerlandais de 22 ans s’improvise mécanicien et remplace la roue du leader par la sienne. « Mais quand je l’ai changée, j’ai vu qu’il y avait déjà une fissure… J’espérais qu’elle tiendrait, mais cela n’a pas été le cas. »

Van der Poel avale près d’un kilomètre pavé sur le vélo réparé, mais crève encore à une centaine de mètres de la sortie d’Arenberg. Porté par les hurlements de la foule, l’octuple champion du monde de cyclocross tente de piloter comme dans un bac à sable pour s’extirper de la maudite forêt, puis se résout à un troisième arrêt pour attendre sa voiture et repartir avec son vélo de rechange. « J’étais à plus de deux minutes ( de la tête de course), je n’y ai jamais vraiment cru », expliquera van der Poel.

Un effort violent, une collaboration avec Filippo Ganna, puis son retour dans le deuxième groupe lui permettront pourtant de revenir à une vingtaine de secondes de Van Aert dans le final. « Mais j’avais laissé tellement d’énergie rien que pour revenir, analysera-t-il. C’est fou que je puisse sprinter pour le podium. »

« La manière dont il a réagi pour garder le suspense de la course pendant encore quelques heures… C’est un exploit énorme, retiendra Philip Roodhooft. Il mérite le respect. » Son frère Christoph sera plus mesuré: « C’est impressionnant. Mais ça ne lui apporte rien. » Déjà bloqué au record des trois victoires sur le Tour des Flandres avec sept autres coureurs, van der Poel ne sera pas le premier à remporter quatre fois de suite Paris-Roubaix.

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Un calvaire in quatre temps


Philipsen se sacrifie

Après la première crevaison de Mathieu Van der Poel à la roue avant, Jasper Philipsen se sacrifie en lui donnant son vélo...

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Le faux espoir

... Mais comme les deux coéquipiers n'utilisent pas le même type de pédales, le Belge repart finalement sur sa monture.

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Del Grosso à la rescousse

Après avoir crevé de la roue arrière, Tibor Del Grosso (à droite) revient à la hauteur de son leader et lui donne sa roue avant.

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Encore une crevaison

Proche de la sortie d'Arenberg, van der Poel crève à nouveau de la roue avant. Sa voiture lui permet enfin de changer de vélo.

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