POGACAR La quête continue
Deux fois 2e à ParisRoubaix, Tadej Pogacar poursuivra
son objectif : dompter la Reine des Classiques.
De nouveau deuxième sur le Vélodrome de Roubaix, cette fois-ci derrière Wout Van Aert, le double champion du monde ne se résignera pas tant qu’il n’aura pas inscrit l’épreuve nordiste à son palmarès.
«On est contents qu’il ait encore envie de gagner cette course.
On le connaît, quand il a quelque chose en tête… »
- MARC MARCATO, DIRECTEUR SPORTIF
DE TADEJ POGACAR
13 Apr 2026 - L'Équipe
YOHANN HAUTBOIS
ROUBAIX (NORD) - La lumière laiteuse d’un soleil paresseux lui dessinait les traits d’une toile flamande : sourcils piégés par la poussière locale, cornée asséchée et lèvres inférieures terreuses donnaient à Tadej Pogacar un visage spectral qu’un clin d’oeil résigné à son agent ne suffisait pas à ressusciter. À cet instant, quelques minutes après avoir été battu par Wout Van Aert au sprint, le Slovène s’avouait « un peu déçu » et il n’était alors pas dit qu’il avait très envie de revenir de sitôt sur ce vélodrome de tempête, seul endroit où il est devenu un habitué de la deuxième place.
Il reviendra…
mais pas forcément
l’année prochaine
Mais c’est mal connaître l’animal, même battu, même rossé deux années de suite. « C’est une bonne nouvelle pour le public, il reviendra » , souriait Mauro Gianetti. Après avoir longtemps craint que le tapis de pavés se défile sous ses roues et l’envoie dans le décor, le manager général d’UAE Emirates-XRG ne se pose plus la question de la participation de son leader à l’épreuve nordiste. En interne, on n’en débat plus depuis deux ans qu’elle est devenue une quête intime et ultime pour le coureur, une pièce manquante à son puzzle de onze Monuments.
Même l’enjeu sportif et économique d’un cinquième Tour de France, avec le risque d’une chute dans le Nord, ne pèse plus : Paris-Roubaix s’inscrit de facto dans son programme. Le triple vainqueur du Tour des Flandres a d’ailleurs éventé tout suspense, une heure et demie après l’arrivée : il relancera son dé sur les chemins agricoles et verra si, cette fois, il tombe sur la bonne face. « Mais peut-être pas l’année prochaine. J’espère avoir quelques années devant moi, j’essaierai donc de tenter encore ma chance. J’ai hâte. »
Probablement est-il moins pressé de goûter à la poisse, de crever trois fois comme hier : roue avant et roue arrière la première fois à 120 kilomètres de Roubaix, ce qui l’obligea à emprunter pendant cinq kilomètres un vélo de l’assistance neutre ; puis de nouveau à 72 kilomètres du terme mais, cette fois, il fut dépanné par son staff rapidement. Dans les deux cas, il y avait laissé des mèches pour revenir dans cette course où « il n’y avait pas une seconde de répit, même pas pour manger ou faire une pause. C’était une course très rapide, avec de l’action du début à la fin » , glissa son mécano Bostjan Kavcnik, rythme cardiaque constant même quand il dut décrocher le vélo de son compatriote, lui tendre puis le pousser dans la furie du moment.
Parce qu’il s’y amuse, qu’elle lui ressemble, « imprévisible », rit un membre de son staff, chaotique, bordélique quand le destin et le double champion du monde s’en mêlent, « Pogi » aime Roubaix. L’inverse n’est pas encore vrai « mais il a un niveau incroyable, constate Gianetti. On l’a vu l’an passé qu’il était passé tout près, cette année encore plus près, ça veut dire qu’on peut la gagner mais ce n’est pas facile. »
Hier, au milieu de multiples crevaisons qui ont entraîné des courses-poursuites et l’ont obligé à brûler du jus, il a tenté d’user le futur vainqueur belge, sur les parties édentées du parcours, à la fin du secteur de Bersée, et dans le Carrefour de l’Arbre, mais « tout ne s’est pas déroulé comme prévu. De toute façon, tout ne se passe presque jamais comme prévu » , glissa-t-il en sous-entendant « ici, à Roubaix » . Comme s’il avait compris que l’Enfer du Nord lui glisserait encore un moment entre les rayons, qu’il se déroberait, ne se livrerait pas ainsi, raison de plus pour prendre de nouveau le départ de Compiègne, très vite.
« On est contents qu’il ait encore envie de gagner cette course qui manque à son palmarès, sourit Marco Marcato, son directeur sportif, presque heureux de devoir revenir tôt ou tard dans le Nord avec son leader. On le connaît, quand il a quelque chose en tête… » L’idée d’un caprice n’était pas loin et notre discussion, en début de semaine, avec Philippe Delerm, nous revint à l’esprit. L’auteur, entre autres de la Tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives, trouvait au Slovène une figure esthétique, « quasi-littéraire. Avec son visage enfantin, sa tête d’éternel enfant, on dirait un personnage de Tintin. » Et, hier, c’est justement un Belge qui lui a piqué son jouet.
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UAE n’en mène pas large
13 Apr 2026L'Équipe
Y. H. à Roubaix
À la loterie des crevaisons, tous les favoris ont à peu près perdu, hier, et Tadej Pogacar, très souvent épargné, n’y a pas coupé. Pourtant, le Slovène, avec son staff, pensait avoir limité les risques en adoptant une section de pneu plus large, 35 mm à l’avant, 32 mm à l’arrière (photo). Quasiment du gravel quand, il y a encore vingt ans, le peloton attaquait le pavé avec du 27 ou du 28 mm.
« L’an dernier, nous avions des pneus de 32 mm, nous avons décidé de changer après avoir réalisé des tests en labo et sur le terrain et pris en compte le ressenti des coureurs. C’était le meilleur dispositif pour aujourd’hui », justifiait Marco Marcato, le dirigeant d’UAE. Le Slovène pensait avoir mis tous les atouts de son côté. En mars dernier, en compagnie de Florian Vermeersch et de son mécano qui notait tout sur un bout de papier, il avait arpenté à trois reprises le premier secteur de Troisvilles, aller-retour, avait testé plusieurs vélos, des pneus de différentes tailles, opération renouvelée dans la Trouée.
Dans le contexte de la compétition, des trajectoires qu'on ne choisit pas toujours, ce ne fut pas suffisant mais cette section de pneu inédite n’expliquait en rien, selon Marcato, les cinq crevaisons comptabilisées par son équipe, hier : « On a vu que toutes les équipes ont été concernées, cela aurait pu arriver si on était restés en 32 mm. »

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