Paris-Roubaix : Van Aert, la pierre de la persévérance


Christian HARTMANN/REUTERS
Wout Van Aert remporte la classique au sprint, devant Tadej Pogacar, 
sur la piste du vélodrome de Roubaix.

Au terme d’une course de légende, le Belge a privé Tadej Pogacar de la course de ses rêves.

13 Apr 2026 - Le Figaro
Jean-Julien Ezvan - Envoyé spécial à Roubaix

L’histoire lui tendait les bras. Si Tadej Pogacar a secoué la poussière sans relâche, dansé sur un tapis violent, chassé les sueurs froides avec plusieurs passages au stand, badigeonné la terre et les pierres des couleurs arc-enciel de son maillot de champion du monde, le démoniaque Slovène n’a pu étourdir la «Reine des classiques». Mais, après avoir dominé Milan-San Remo et le Tour des Flandres, il s’est incliné au sprint sur le vélodrome de Roubaix. Battu par le Belge Wout Van Aert. Le regard éteint, la bouche encore maquillée d’une poussière tenace, le Slovène a avoué, assommé, épuisé : « J’ai vite réalisé que ça allait être impossible de lâcher Wout sur les pavés et de le battre au sprint. Sur le vélodrome, mes jambes étaient comme des spaghettis. »

Au terme d’une course incontrôlable qui a mis les doigts dans la prise dès les premiers pavés et a oublié de respirer. Un dimanche qui restera dans les mémoires. Pour la vitesse record (49 km/h), le scénario, les rebondissements, le lauréat, le dauphin, les séquences folles. Comme celle vécue par le Néerlandais Mathieu van der Poel (finalement 4e, juste devant Christophe Laporte 5e et premier Français), victime d’une crevaison et ayant échoué sur le bas-côté dans la stratégique trouée d’arenberg, qui voit passer un train d’enfer et, à pied, prend la course à contre-courant après avoir en vain essayé le vélo d’un équipier.

Hommage à Michael Goolaerts

Wout Van Aert est sorti vainqueur de ce tourbillon le doigt pointé vers le ciel, en souvenir de son coéquipier Michael Goolaerts, victime d’un arrêt cardiorespiratoire et décédé sur Paris-Roubaix en 2018. Cette année-là, «WVA» disputait son premier Paris-Roubaix. Sur cette course taillée pour sa robustesse, son endurance, son sens du pilotage, il aura connu des larmes, des déchirements, des désillusions (2e en 2022, 3e en 2023, 4e en 2025). Avant la récompense de sa persévérance lors de sa septième tentative. Au comble de l’émotion : « Je voulais lever le doigt au ciel pour Michael ici. »

Wout Van Aert, récompensé pour sa vaillance, sa persévérance, comme ceux qui n’ont jamais renoncé à la course d’une vie, à l’image de Gilbert Duclos-Lasalle (titré en 1992 et 1993). Le vaillant Belge décroche à 31 ans le plus beau succès de sa carrière (Milan-San Remo 2020 est l’autre «Monument» figurant à son palmarès). Un succès qui récompense un coureur unanimement apprécié. Pour sa polyvalence, son altruisme, sa force, son élégance. Et la malchance, qui ne lui laisse que peu de répit. Car la poisse colle à ses roues.

Le coureur de l’équipe Visma Lease a Bike a ainsi heurté violemment une barrière en coupant un virage lors d’un contre-la-montre sur le Tour de France 2019, avant d’être relevé avec une plaie profonde de 20 centimètres courant de la hanche à la cuisse droite. Après une violente chute sur À travers la Flandre en 2024, il avait souffert d’une contusion à un poumon. Il a commencé 2026 avec une chute et une blessure à une cheville sur un cyclo-cross… Avant de rebondir. Toujours. Avec ses cicatrices, son sourire, ses déceptions. Et son légendaire goût de l’effort. « Gagner ici, cela signifie tout. C’est un rêve qui s’accomplit. »

En 2021, Wout van Aert avait étalé la palette de ses immenses qualités sur le Tour de France. Il avait remporté une étape marquée par un double passage dans le mont Ventoux, un contre-la-montre à Saint-émilion, avant de s’imposer au sprint sur les Champs-Élysées. En 2022, il avait été la pierre angulaire du maillot jaune de Jonas Vingegaard. Indispensable, étape après étape. Sur tous les terrains. Au point que les observateurs se demandaient s’il ne serait pas en mesure de remporter un jour le Tour de France. Il est finalement resté dans son registre avec, notamment, une superbe victoire d’étape lors de l’escapade dans la butte Montmartre lors de la dernière étape du Tour 2025. Après avoir faussé compagnie à… Tadej Pogacar.

Frustré mais fair-play, le no 1 mondial a promis de continuer à courir après Paris-roubaix : « Je reviendrai essayer, c’est certain, peut-être pas l’année prochaine, mais j’ai encore quelques années devant moi.» Il n’a pas encore fait le tour de la planète cyclisme. Son retour sur ces pavés de légende vaudra le détour.

Du côté des femmes, l’allemande Franziska Koch (FDJ United Suez) a privé l’équipe Visma du doublé en remportant l’épreuve (devant la Néerlandaise Marianne Vos et la Française Pauline Ferrand-prévot).

***

Le phénomène Paul Seixas frappe fort à la porte du Tour

13 Apr 2026 - Le Figaro
J.-J. E.

Pour la presse espagnole, Paul Seixas est, en l’espace de quelques jours, devenu le « nouveau Pogacar ». Magistral vainqueur du Tour du Pays basque (3 victoires d’étapes et un maillot de leader porté de bout en bout pour clore six jours de domination avec 2 min 30 d’avance sur l’allemand Florian Lipowitz et 2 min 33 sur le Norvégien Anders Halland Johannessen), le leader de l’équipe Decathlon-cma CGM s’amuse à relever tous les défis avec l’impatience de ceux qui, habités, n’ont pas l’habitude de baisser les yeux.

Heureux sport français. La natation (Léon Marchand, 23 ans), le football (Désiré Doué et Warren Zaïre-emery 20 ans), le basket (Victor Wembanyama 22 ans), le rugby (Louis Bielle-biarrey, 22 ans), la Formule 1 (Isack Hadjar, 21 ans), le tennis (Arthur Fils, 21 ans), le biathlon (Éric Perrot, 24 ans), le tennis de table (Félix et Alexis Lebrun 19 et 22 ans) et, maintenant, le cyclisme disposent de formidables et jeunes têtes d’affiche qui suscitent une curiosité folle, font naître des vocations et sauter des verrous.

Cible des regards, Paul Seixas se retrouve au coeur d’une question brûlante, découvrira-t-il le Tour de France (du 4 au 26 juillet)? Les anciens rappellent qu’il ne faut pas se brûler les ailes trop tôt. À 19 ans, le Lyonnais (comme son équipe) rêve de faire partie de la fête. Pour l’instant figurent à son programme la Flèche wallonne (le 22 avril) et Liège-bastogne-liège (le 26 avril). La suite va rapidement s’écrire après des réunions et des tests pour apprécier sa digestion des efforts.

Les performances de Paul Seixas en 2026 (2e des Strade Bianche derrière Pogacar ; 5 victoires, la première course par étapes World Tour - la première division mondiale - remportée par un Français depuis Christophe Moreau en… 2007) ont montré qu’il sait tout faire : courses d’un jour et épreuves par étapes. Il roule (et gagne en contrela-montre), grimpe, sait composer avec les obligations d’un maillot jaune. Tout semble le pousser vers le Tour. Indurain et Pogacar ont été lancés sur le Tour à 21 ans, Anquetil à 23 ans, Merckx et Hinault à 24 ans. Seixas estil prêt à se mêler au duel Pogacarvingegaard? Bientôt, plus rien ni personne ne pourra freiner la pépite du cyclisme français.

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