« Le bon Dieu avait une dette envers lui »
À l’image de Marc Madiot, double vainqueur sur les pavés de Roubaix, le monde du cyclisme était ravi de voir Wout Van Aert enfin consacré hier.
«Aujourd’hui, il m’a ému, sincèrement.
On a vu le vrai Van Aert, le grand Van Aert»
- MICHELE BARTOLI, ANCIEN VAINQUEUR DU
TOUR DES FLANDRES, DE LIÈGE-BASTOGNE-LIÈGE
ET DU TOUR DE LOMBARDIE
«C’est un gars très facile à aimer.
Il est humble, toujours ouvert, toujours sympa»
- RI'CHARD PLUGGE, GRAND PATRON
DE VISMA-LEASE A BIKE,
L’ÉQUIPE DE WOUT VAN AERT
13 Apr 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO (avec la rubrique Cyclisme)
ROUBAIX (NORD) – Le bonheur des uns fait aussi le bonheur des autres, l’effet papillon est un effet Wout Van Aert et, sous le ciel nettoyé du Nord, les larmes du Belge de 31 ans provoquent celles de ceux qui l’entourent, l’admirent ou l’affrontent. Rarement la victoire d’un homme aura provoqué pareille euphorie collective. Le bonheur est contagieux et se traduit en toutes les langues. « À travers Wout, c’est le cyclisme qui a gagné, s’enflammait le Moldave Andreï Tchmil, vainqueur de Paris-Roubaix en 1994. Quand il est descendu du podium hier ( samedi) lors de la présentation des équipes, je lui ai dit: “Je suis sûr que tu vas gagner, essaie juste de rester calme. C’est ton jour.” Je le sentais. J’avais une intuition. »
Tadej Pogacar et Jasper Stuyven, qui l’ont accompagné sur le podium, ont tous les deux salué la victoire d’un homme qu’ils tiennent en haute estime. « Je suis extrêmement heureux pour lui, je le connais bien, je sais l’homme qu’il est, le coureur qu’il est » , appréciait le Belge, troisième hier et ancien coéquipier de Van Aert en sélection. « C’est une victoire que Wout mérite vraiment, connaissait pour sa part le Slovène, pourtant battu au sprint. Comme l’a expliqué Jasper ( Stuyven), c’est quelqu’un de bien, il mérite de gagner après toute la malchance qu’il a eue pendant sa carrière. C’est un vrai héros pour toute une génération de coureurs. »
Un héros qui a reçu, à même la pelouse, l’accolade magnifique, touchante et non feinte d’un autre héros, son rival depuis tout petit, Mathieu Van der Poel (4e). « On a plein de respect pour Wout, ne cachait pas Philip Roodhooft, le manager de l’équipe Alpecin-Premier Tech, celle de VDP. Il y a une rivalité depuis plus de quinze ans et toujours du respect. Il a connu sa période de malchance et enfin la course lui a été favorable. C’est une victoire méritée pour un grand athlète. »
Derrière le car de Groupama-FDJ United, Marc Madiot, qui a tant de fois clamé son amour et son admiration pour Van Aert, était aussi touché par ce bonheur collectif. « Le bon Dieu du vélo avait une dette envers lui, explique le double vainqueur de l’Enfer du Nord (1985 et 1991). C’est une belle morale. Paris-Roubaix sait reconnaître les champions dans son palmarès. Pour moi, c’est le coureur ultime dans ce qu’on peut espérer d’un grand coureur. Un leader, c’est autre chose. Lui, il fait vivre une équipe. »
« J’ai dit, il y a de nombreuses années, que j’étais un de ses grands supporters, il me plaît comme coureur et comme personne, ajoutait l’Italien Michele Bartoli, une seule participation à Paris-Roubaix en 2004 (21e), mais amoureux des grandes classiques (1 Tour des Flandres, 2 Liège-BastogneLiège et 2 Tours de Lombardie). Ça me fai
Le public belge est venu en nombre encourager Wout Van Aert hier sur les routes de l’Enfer du Nord (ci-dessus à gauche), tout comme au départ de Compiègne (ci-dessus à droite). Son succès a déclenché une vague d’émotion dans le monde du cyclisme, ainsi que chez ses parents (en haut à droite). sait du mal de le voir, ces dernières années, passer à côté de certaines victoires et ne pas réussir à retrouver sa force. Aujourd’hui, il m’a ému, sincèrement. On a vu le vrai Van Aert, le grand Van Aert. »
Sa victoire est aussi celle d’un peuple qui s’est, depuis longtemps, amouraché autant de ses déboires que de son immense talent. « C’est un soulagement pour lui et pour le peuple belge tout entier » , osait Maxence, venu de Mouscron avec son maillot de l’équipe nationale de football. Vous avez Poulidor en France, l’éternel second, nous, on commençait à croire que Van Aert était ce personnage. Et il a créé une force de sympathie dans le public. »
« J’étais anxieux avant le carrefour de l’Arbre, je me disais qu’il allait encore une fois être victime d’une crevaison ou de quelque chose, que tout allait s’envoler. Mais tous, on espérait secrètement… » , ajoutait son voisin, drapeau noir-jaune-rouge autour de la taille. « Wout, c’est une force de résilience énorme, reprend Maxence. Il ne pouvait pas finir sa carrière sans aller chercher au moins le Ronde ou Roubaix. »
Ce sont les galères traversées qui renforcent l’émotion. Madiot, encore : « Il a pris des pètes dont peu de coureurs se relèvent. C’est un mec qui a reçu, qui n’a pas toujours été très heureux dans les circonstances ou les chutes, ou avec un mec en face depuis tout petit. Mais, comme van der Poel, c’est un puriste du vélo. Il a une culture du vélo ancrée au plus profond de lui, c’est ce qui fait que je l’aime. »
Les adversaires de loin ou de près se retrouvent sur ce capital sympathie qui a encore explosé avec la victoire dans ce Monument pavé. « Quand on roulait vers le vélodrome et que j’ai vu Wout gagner, c’était un moment particulier » , admettait Sven Vanthourenhout, pourtant directeur sportif de Red Bull-Bora Hansgrohe. Mais l’ancien sélectionneur de la Belgique avait aussi son pays dans un coin de la tête. « Que ce soit dans le peloton, en dehors du peloton ou dans le monde du cyclisme en général, tout le monde est très heureux pour Wout. Il restera toujours quelqu’un d’important pour moi. J’ai travaillé avec lui pendant de nombreuses années et je lui suis aussi très reconnaissant pour ce qu’on a vécu durant cette période. »
« Il est incroyablement populaire et cela s’est vu dans le carrefour de l’Arbre et dans le vélodrome où tout le monde hurlait pour le soutenir, racontait Richard Plugge, le grand patron de Visma-Lease a bike. C’est un gars très facile à aimer. Il est humble, toujours ouvert, toujours sympa. Nous sommes tous très fiers de lui. »
« S’il y en a un qu’on voulait voir lever ce pavé, c’est lui, glissait enfin le Français Axel Huens (Groupama-FDJ United), 46e hier. Il est très gentil dans le peloton, il ne fait pas de vague, il ne pousse jamais, il est humble… » L’humilité faite homme et, pour ce qui est de Van Aert, un homme qui fait l’unanimité.
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