Wout Van Aert, pari gagné à Roubaix
À l’avant du groupe de tête sur un secteur pavé, Wout Van Aert (maillot jaune),
qui, comme Tadej Pogacar, a subi une crevaison avant de l’emporter. ABACA
Le Belge en rêvait, mais n’osait l’espérer tant la malchance le poursuit depuis des années. La guigne l’a cette fois-ci laissé tranquille, lui permettant enfin de s’imposer
au sprint dans l’enfer du Nord devant l’ogre Tadej Pogacar.
13 Apr 2026 - L'Humanité
Roubaix (Nord), envoyé spécial.
Ce Paris-Roubaix 2026 aura été celui de la recherche du temps perdu. Ce temps que tous les favoris auront laissé cette année sur les secteurs pavés en raison des crevaisons, mais aussi ce temps qui aura si souvent manqué au Belge Wout Van Aert, laissant passer sa chance, en raison du mauvais oeil, des blessures, des chutes ou des maladies… À l’issue d’un mano a mano d’anthologie avec le grand favori, Tadej Pogacar, dit Pogi, le Belge s’est imposé au sprint sur le vélodrome. Derrière, Jasper Stuyven, échappé dans les derniers kilomètres du groupe de poursuivants, montait sur la troisième marche du podium.
Allongé sur le sol, les mains sur son visage maculé de poussière et creusé par l’effort, Wout Van Aert a laissé, quant à lui, s’écouler des larmes pleines de tant de mauvais souvenirs. Un deuxième monument, après Milan-San Remo. À 31 ans, il pouvait enfin lâcher prise et essuyer d’un revers de la main des années de malédiction.
Mais cet Enfer du Nord aura été aussi celui de la normalisation dans son premier acte où seule la loi des cadors a compté. À Pascal Chanteur, ancien coursier à qui l’on posait la question : « Alors, une échappée matinale avant le premier secteur pavé à Troisvilles pour respecter la tradition ? », la réponse a été sans détour : « Impossible ! Ça, c’était avant ! À la vitesse où va dorénavant le peloton, sortir de bonne heure devient un exercice très périlleux. Avec les UAE, les Alpecin ou les Visma, comment voulez-vous vous extirper d’un peloton qui roule dès les premiers kilomètres pleine balle ? » Ce n’est pas à un vieux singe que l’on apprend à faire la grimace !
Lors de la première heure, vent dans le dos, la moyenne a été de plus de 50 km/h et n’est pas descendue ou presque durant la journée. En dehors de quelques kamikazes qui ont tenté de prendre la poudre d’escampette, ce sont bien les équipes énoncées plus haut qui ont mené la danse, et tout particulièrement l’équipe de Pogi, les UAE.
À chaque secteur pavé, l’équipe émiratie a placé ses hommes devant afin de durcir la course, au point de scinder très vite le peloton en deux. Pourtant, alors que tout semblait rouler pour le Slovène, l’enfer du Nord s’est rappelé à son bon souvenir. Dans le secteur pavé numéro 23, de Verchain-Maugré à Quérénaing (km 134,9), la tuile, ou plutôt une classique dans la plus dure des Classiques : la crevaison.
La suite ? Un grand moment de panique. Pas de voiture UAE en vue. Seulement une voiture de dépannage. Après un changement de vélo, sans équipier pour l’aider, Pogi n’a eu d’autre choix que de s’élancer dans une course-poursuite de 7 km avant de trouver monture à sa taille, puis, quelques kilomètres plus tard, de bénéficier de deux poissons pilotes pour boucher l’écart avec la tête de course où, dans le secteur 20 à Haveluy, Mathieu van der Poel (Alpecin) allait placer une première attaque. En vain, pour le Néerlandais, qui non seulement a vu le Slovène revenir sur ses talons, mais dans la trouée d’arenberg a connu deux crevaisons. Deux minutes à boucher dans la musette, un quatrième succès à Roubaix semblait dès lors bien mal parti. Devant, un groupe, composé de Jasper Stuyven (Soudal), Christophe Laporte (Visma), Wout Van Aert ( Visma), Mads Pedersen (Lidl-Trek), Tadej Pogacar, Stefan Bissegger (Decathlon) et Laurence Pithie (Red Bull), menait grand train.
LES AFFTES DU PNEU À PLAT
Mais voilà, au jeu de la roulette russe des crevaisons, plus personne n’était épargné. Filippo Ganna (Ineos), un temps à deux doigts de revenir à l’avant, puis Wout Van Aert allaient connaître à leur tour les affres du pneu à plat. Les groupes se formaient, se déformaient. Pas de quoi décourager le triple vainqueur de l’épreuve, van der Poel, qui, seul face à son destin, se lançait dans une remontée fantastique. Il comblait seconde après seconde son retard, avalait un à un les groupes intercalés, au point de revenir à une trentaine de secondes de la tête de course, où il ne restait plus que Wout Van Aert et Tadej Pogacar à moins de 50 km de l’arrivée.
Dans un nuage de poussière, les secteurs pavés défilaient à grande vitesse. Pogacar retrouvait au passage un mauvais souvenir sur le secteur pavé de Pont-Thibault (km 219) où, il y a un an, le Slovène avait laissé filer Mathieu van der Poel après une chute dans un virage à angle droit. Effacé !
Derrière, van der Poel cravachait pour revenir. Là encore, en vain. Pogi de son côté tentait de mettre à mal les capacités de Wout Van Aert. Encore une fois, en vain ! Les deux hommes ne se quittaient plus jusqu’au vélodrome, où… mais la fin vous est contée dans les premières lignes.
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Paul Seixas, printemps du vélo franéais
Vainqueur du Tour du Pays basque samedi, le coureur de la formation Decathlon-cma CGM est devenu, à 19 ans, le premier Tricolore lauréat d’une course par étapes World Tour depuis 2007.
13 Apr 2026 - L'Humanité
E. S.
Depuis Christophe Moreau en 2007 sur le Critérium du Dauphiné, le cyclisme hexagonal n’avait plus jamais connu de succès final sur une course par étapes World Tour. Paul Seixas, sur le Tour du Pays basque, a remédié samedi, et de façon magistrale, à ce manque. Le Lyonnais devient aussi le plus jeune coureur de l’histoire à s’adjuger une course par étapes World Tour. Il efface des tablettes Tadej Pogacar, qui avait gagné le Tour de Californie à l’âge de 20 ans, en 2019.
Prodige, phénomène, successeur de Bernard Hinault, victoire historique, le Landerneau de la petite reine n’a plus de mots ni de qualificatifs suffisants lorsqu’il énonce le nom magique de Paul Seixas. Le gone a éclaboussé de sa classe cette épreuve. Une démonstration de force et d’intelligence tactique qui a duré tout au long de la semaine, où l’on a pu voir se confirmer toutes les qualités qu’on lui connaissait chez les jeunes.
Cette année, avant d’arriver en Euskadi, le coureur et dorénavant leader de la formation Decathlon-cma CGM Team avait déjà décroché une étape au Tour de l’algarve, remporté l’ardèche Classic et impressionné tout son monde en étant le seul à tenir tête à Tadej Pogacar sur les Strade Bianche (2e). Mais c’est dans le nord-ouest de l’espagne qu’il a écrit sans doute une nouvelle page de sa toute jeune histoire et, par la même occasion, de celle du cyclisme tricolore.
Cette semaine basque a été entamée sur les chapeaux de roue. Sur le contre- la- montre qui inaugurait l’épreuve à Bilbao, Paul Seixas a écrasé les pédales et la concurrence. Très bon rouleur, à l’aise dans ce type d’exercice, il a, sur un peu plus de 13 kilomètres, mis, à titre d’exemple, Primoz Roglic, l’un des favoris, à une demi-minute, enfilant ainsi le maillot amarillo.
Mais comme il le dit luimême, « la meilleure défense, c’est l’attaque! ». « J’ai coché (l’)étape (suivante) que j’ai l’ambition de remporter » , expliquaitil le soir de ce premier succès. Dès le lendemain, le Rhodanien a ainsi attaqué à 6 kilomètres du sommet du col de San Miguel de Aralar pour entamer un raid solitaire de 26 kilomètres, reléguant la concurrence à près de deux minutes.
Lors de la 5e étape autour d’eibar (176,2 km), comme si cela ne suffisait pas à affirmer sa domination, Seixas s’est offert un troisième succès au terme d’un mano a mano avec Florian Lipowitz, autre tête d’affiche, en le réglant dans les derniers mètres après 30 kilomètres d’échappée commune. Derrière, l’espagnol Javier Romo franchissait la ligne avec plus d’une minute de retard, simple témoin de la domination sans partage du duo de tête. Il restait donc une dernière étape pour conclure ce qu’il a fait tout en maîtrise, démontrant que la valeur n’attend pas le nombre des années.
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