VAN AERT Un pavé dans l’amer


Après tant d’échecs, tant de malchance sur les classiques flandriennes et tant de chutes ces dernières années, le Belge a enfin repoussé le mauvais sort sur sa course de rêve hier.

«Cette année, j’ai crevé deux fois, 
mais j’ai appris que ce n’est jamais fini sur Paris-Roubaix»
   - WOUT VAN AERT

13 Apr 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT et GAÉTAN SCHERRER

ROUBAIX (NORD) – Une clameur s’est emparée du vélodrome de Roubaix où il est entré dans la roue de Tadej Pogacar. Puis un bourdonnement. Wout Van Aert était là, son rêve à portée de main, un tour et demi pour remporter ParisRoubaix, mais c’est comme si tout le monde s’attendait à ce qu’il déchausse, glisse, qu’un dernier petit caillou vienne enrayer sa marche vers la gloire qui s’est si souvent refusée à lui. Rien de tout ça n’est arrivé: le Belge a battu le Slovène au sprint mais parce qu’il sait combien il a dû patienter pour tout ça, il allait sans doute repousser l’heure du dodo. « J’ai encore peur de me réveiller de ce très beau rêve » , rigolait-il.

Coureur total, capable de gagner sur tous les terrains (52 succès), toujours dévoué à ses leaders, mais Flandrien dans l’âme, Van Aert a remporté hier son deuxième Monument (après MilanSan Remo 2020) mais surtout le succès qui lui manquait, celui qui lui permet « de boucler la boucle. C’est le sens de ma vie, et de celle de ma famille, qui m’a mené à une journée comme celle-ci. J’ai chassé ça si longtemps. Apparemment, c’était le bon jour. » Celui où toutes ses galères lui ont paru si loin.

Il n’a pourtant qu’à regarder ce genou droit et cette cicatrice ramenée de la Vuelta 2024, quand une chute lors de la dernière semaine l’avait mis hors course. À réentendre son cri rauque de douleur, enregistré par la moto son lors d’À Travers la Flandre, quelques mois plus tôt, le laissant avec des fractures à une clavicule et aux côtes. À revoir son corps étendu à Pau lors de son premier Tour, en 2019, accroché par une barrière (touché à la cuisse), ou boitillant l’hiver dernier à Mol, après une chute en cyclo-cross (cheville).

Autant de coups durs dont il est toujours revenu, toujours aussi fort. « Il se bat toujours, il incarne les valeurs de résilience que nous défendons dans notre équipe, appréciait Richard Plugge, le boss des Visma-Lease a bike. Ne jamais abandonner, viser toujours plus haut, toujours plus loin, surmonter toutes les déceptions. »

Il y en eut beaucoup, car en plus de sa tendance à tomber, qui l’avait refroidi l’an dernier et l’empêchait de bien frotter sur les classiques, Van Aert est un sacré guignard.

Sur l’Enfer du Nord, chutes et roues cassées ont jonché ses sept participations, jusqu’au paroxysme de 2023, crevé à l’entame des 20 derniers kilomètres alors qu’il venait d’attaquer Mathieu Van der Poel dans le Carrefour de l’arbre. Des déconvenues qui, assurait-il hier, lui ont « donné revivait son une certaine expérience. Cette an- agent Yannick Prévost. née, j’ai crevé deux fois, mais j’ai appris que ce n’est jamais fini sur Paris-Roubaix. »

« Il ne l’a pas beaucoup montré, mais il est passé par de gros moments de doutes, confiait Christophe Laporte, excellent dans le rôle d’équipier ce dimanche (5e, voir par ailleurs) et tout de suite venu dans les bras de son leader. Quand tu as vécu tellement de malchances, forcément, tu te demandes si tu vas finir par gagner un jour une telle course. Et il l’a fait. Mentalement, il est super impressionnant. »

De l’autre côté de la barrière, Nathan Van Hooydonck était, lui, en larmes. Ancien frelon contraint de mettre fin à sa carrière en raison de soucis cardiaques, le Belge ressentait « de la fierté. Fier de Wout et de tout ce qu’il a été capable de surmonter pour en arriver là. Il a vécu des heures très compliquées sur le vélo. Mais ce qui fait la force d’un être humain, c’est la manière dont il parvient à surmonter ces moments. Je l’admire beaucoup. Aujourd’hui, par cette victoire, il a donné du sens à ce parcours difficile et à tous ses sacrifices. »

« On s’est si souvent demandé: mais comment c’est possible qu’il ait tant de malchance? », revivait son agent Yannick Prévost. « C’est un moment magique, le triomphe d’une vie, la course qu’il voulait absolument gagner dans sa carrière. Aujourd’hui, il a réalisé son rêve. Sa carrière est réussie, désormais. Wout, c’est un vrai gentil. Il est grand dans la défaite, grand dans la victoire. Il est proche de sa famille, c’est un super papa. Beaucoup se reconnaissent dans la personne de Wout Van Aert. »

***

Laporte : « Il n’y a pas un coureur qui le mérite plus que lui »

Cinquième à Roubaix hier, le Français, équipier de Wout Van Aert, était « aussi heureux » que s’il avait lui-même levé les bras au vélodrome.

«Le podium était sans doute jouable pour moi, 
mais ça ne s’est pas super bien goupillé dans»

13 Apr 2026 - L'Équipe
GAËTAN SCHERRER

ROUBAIX – Sixième d’une édition inoubliable dans la boue en 2021, Christophe Laporte avait semblé abandonner ses ambitions individuelles sur l’épreuve en rejoignant l’armada Visma-Lease a bike l’année suivante, au service de Wout Van Aert. Souvent en déveine sur les pavés du Nord, le Varois a mis du temps à être récompensé de ses sacrifices. Hier, en plus d’avoir offert à son leader la plus belle victoire de sa carrière, le Français a lui-même amélioré son meilleur résultat à Roubaix (5e). « C’est un accomplissement immense, pour moi comme pour lui », disait-il au centre du vélodrome, avec ses deux garçons dans les bras.

On vous a vu très émuaprès la victoire de Wout Van Aert…

Oui, j’étais touché. Wout est un ami. Je suis venu dans l’équipe pour l’aider àatteindre cet objectif-là, Paris-Roubaix, une course dont il rêvait. Il était très fort aujourd’hui, il le mérite mille fois. Woutm’abeaucoupaidé depuis queje suis arrivé dans cette équipe, j’ai beaucoup appris delui et desamentalité. Je suis aussi heureux quesi j’avais gagné moi-même. Je suis vraiment fier de faire partie de cette équipe et de courir pour un leader pareil.

Il est passé par beaucoup de déceptions et de mésaventures avant d’en arriver là (voir par ailleurs).

C’est ce qui fait la beauté deson histoire. Il avécu tellement de péripéties dans sa carrière, des hauts bien sûr, mais aussi beaucoup debas. C’est pour ça aussi queje suis tellement content pour lui. Il n’y apasun coureur qui le mérite plus quelui. C’est unetrès bonnepersonne, unsuper gars dans la vie et un guerrier sur le vélo. Aujourd’hui, c’était son jour.

Comment avez-vous joué le coup d’un point de vue tactique ?

Stratégiquement, notre plan était le mêmequecesdernières années, onvoulait toujours être placés àl’avant. Cequi achangé, c’est qu’aujourd’hui, onaeuun peuplus deréussite queles autres. Çafait cinq ans qu’on n’a pas dechance sur cette course : cette fois, ça aenfin tourné dans notre sens. Il y a eu un moment un peu compliqué quand Wout a crevé dans un secteur, mais j’étais là pour ralentir un peu le groupe (de devant) et ça l’a aidé à revenir. Le podium était sans doute jouable pour moi, mais ça ne s’est pas super bien goupillé dans le final. Ce n’est pas grave, la victoire de Wout est bien plus importante. »

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