Vos, le crève-coeur
Marianne Vos suivie par sa coéquipière chez
Visma-Lease a bike, Pauline Ferrand-Prévôt.
Quelques jours après le décès de son père, la Néerlandaise est passée tout près de remporter Paris-Roubaix, le dernier grand objectif de sa carrière. Sa coéquipière Pauline Ferrand-Prévôt, 3e, s’était alignée en dernière minute pour la faire gagner. En vain.
“Quand j’ai su que son père est décédé,
j’ai appelé l’équipe pour leur dire que
je voulais faire Roubaix pour Marianne»
- PAULINE F'ERRAND-PRÉVÔT
13 Apr 2026 - L'Équipe
JULIEN CHESNAIS
ROUBAIX (NORD) – Retenant son souffle, les mains devant sa bouche, Wout Van Aert mimait une prière que partageait tout le clan jaune et noir sur la pelouse du vélodrome André-Pétrieux. Le Belge, qui patientait déjà depuis une heure et demie après son triomphe dans l’épreuve messieurs, les deux bambins trépignant à ses pieds, aurait tant aimé pouvoir soulever le grand pavé du vainqueur au côté de Marianne Vos, celle à qui tout le peloton voue un énorme respect pour son immense carrière, riche de 258 victoires rien que sur la route.
Mais à l’issue d’un sprint à l’arraché, l’espoir et le coeur des Visma étaient arrachés lorsque la Néerlandaise de 38 ans s’est inclinée face à la dernière qui lui résistait encore, Franziska Koch, sixième vainqueure différente de Paris-Roubaix Femmes en six éditions.
Arrivée six secondes plus tard, à la troisième place, Pauline Ferr a n d - Prévô t , a b a s o u rd i e , échouait d’abord à retrouver sa soeur de leadership. Sur le bord de la piste, au milieu de la cohue, les deux erraient comme des âmes en détresse, à la recherche l’une de l’autre, avant de s’apercevoir enfin, pour s’enlacer et trouver un peu de réconfort, après y avoir cru si fort. Dans la formation néerlandaise, chacun y allait de sa petite tape dans le dos de Vos, à l’image de Richard Plugge. « C’est un crève-coeur, soufflait le grand patron de Visma-Lease a bike. Mais la plus forte a gagné aujourd’hui. Marianne et Pauline peuvent être fières de leur manière de courir. Elles ont fait la course parfaite. » L’histoire aurait été si belle pour Vos. La triple championne du monde revenait à la compétition, hier, après le décès de son père. Elle voulait lui rendre hommage en remportant Paris-Roubaix, le dernier grand objectif de sa carrière.
Elle est passée si près. Plus près encore qu’on pouvait l’imaginer, après avoir zappé MilanSan Remo et le Tour des Flandres. Mais malgré une « prépa loin d’être idéale », elle avait les jambes pour accompagner « PFP », lorsque celle-ci a lancé le coup gagnant, initialement un quatuor, à 45 km du but, dans le talus suivant le secteur de Monsen-Pévèle. Quand Blanka Vas (SD Worx-Protime) a coincé à 24 km de l’arrivée, l’affaire semblait entendue : seule Koch demeurait en présence des deux Visma.
Mais à deux contre un, elles ont donc fini par perdre le combat. Ce n’est pas la première fois que Vos échoue d’un rien à Roubaix. En 2021, déjà, elle avait pris la 2e place, intouchable ce jour-là mais piégée par Lizzie Deignan, qui avait anticipé avant même le premier pavé. Les larmes d’hier provenaient cette fois d’un « sentiment étrange », quelque part entre « le crève-coeur et la fierté » d’avoir performé si haut malgré le contexte personnel si lourd. En conférence de presse, elle disait peu, les mots dignes et pudiques, comme toujours.
Mais son visage, maintes fois au bord des larmes, disait assez de la souffrance endurée ces dernières semaines. « Quand j’ai su que son père est décédé, j’ai appelé l’équipe pour leur dire que je voulais faire Roubaix pour Marianne, confiait Ferrand-Prévôt, qui justifiait ainsi son inscription de dernière minute. Je voulais la soutenir dans ce moment, car je sais que c’est son rêve de gagner ici. Je voulais qu’elle gagne pour son père. Quand je suis passée pro chez Rabobank, j’avais 19 ans. J’ai passé toute une semaine dans un camping-car avec sa famille, avec Henk au volant et la maman préparant la bolognaise. J’ai tellement de bons souvenirs avec eux. Pour moi, aujourd’hui, c’était un moyen de lui dire au revoir.Et merci. »
***
La consécration de Koch
En battant son idole Marianne Vos sur le vélodrome, hier à l’arrivée de Paris-Roubaix, Franziska Koch a décroché sa première grande victoire chez les pros.
«N’importe laquelle de mes coéquipières aurait pu gagner aussi»
- FRANZISKA KOCH
13 Apr 2026 - L'Équipe
J. C., à Roubaix
Troisième génération d’une famille cycliste établie à Mettmann, en périphérie de Düsseldorf, Franziska Koch a « toujours rêvé de gagner Paris-Roubaix » . Depuis son arrivée chez FDJ UnitedSuez cet hiver, la double championne d’Allemagne (2024 et 2025) a enchaîné les accessits sur les Classiques, 5e du Nieuwsblad, 3e des Strade Bianche, 8e d’À Travers la Flandre, 10e du Ronde remporté par sa leader Demi Vollering.Franziska Koch après sa victoire, hier.
Mais à 25 ans, aucun succès majeur ne présageait sa capacité à renverser la puissance de frappe des Visma-Lease a Bike. « Je ne suis pas du tout surprise par Franziska, a toutefois salué Marianne Vos. Je savais qu’elle était très, très forte. Elle s’est révélée à elle-même et je pense qu’on va la voir sur toutes les courses car elle est très polyvalente. Ce n’est peut-être pas le cas pour le grand public mais dans le peloton, c’est déjà un grand nom. » Septième dès sa première participation à l’Enfer du Nord, en 2021, Koch s’était rendu compte qu’elle pouvait « embrasser le chaos » d’un Monument à la mesure de ses qualités acquises depuis ses premières courses à l’âge de 9 ans. « J’ai grandi en pratiquant plusieurs disciplines, le VTT, la piste en hiver… Mon expérience en vélodrome remonte à loin, mais j’en ai fait plus jeune. » Un atout pour piéger Vos au sprint, son modèle, « la GOAT (la plus grande de tous les temps) » qu’elle a intelligemment fatiguée à l’approche de Roubaix, « c’était l’idée de mon attaque tardive » . L’Allemande se souvient d’ailleurs d’une étape du Tour de France 2022 passée à l’avant du peloton pour sa sprinteuse Lorena Wiebes. « À la fin, Marianne m’avait mis une tape dans le dos en me glissant : "Bon travail." Je m’étais dit : "Oh mon Dieu ! Marianne m’a dit ça !" » Dimanche, l’admiratrice a dépassé l’idole à l’issue d’un bon travail de ses équipières, qui se sont « sacrifiées assez tôt pour me placer » alors que Koch devait partager le leadership avec Elise Chabbey (vainqueure des Strade Bianche) et Célia Géry. « On avait déjà réalisé un super bon début de saison avec l’équipe et on a beaucoup cru en moi. N’importe laquelle de mes coéquipières aurait pu gagner aussi » , soulignait l’Allemande.
Après avoir traversé ses six premières années professionnelles dans la même équipe néerlandaise (Picnic-PostNL, ex-DSM), Koch semble avoir franchi un cap en changeant d’entraîneur et en basculant dans une formation française en pleine bourre, « un bon environnement qui aide, une équipe qui marche très bien collectivement » . Mais les Visma ont prouvé que cela ne suffit pas toujours.
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