JOAO NEVES L’art d’être beau sans le vouloir
Premières touches soyeuses, conduites de balles créatives, passes de la poitrine ou gestes techniques étonnants : le milieu du PSG se distingue par la dimension esthétique de son jeu qu’il ne cultive pourtant pas.
«Il ne fait pas partie de ces joueurs qui vont faire des virgules,
trois crochets ou cinquante passements de jambes»
- UN PROCHE DE JOAO NEVES
«Il laisse parler son instinct.
Et ça crée les gestes dont vous parlez.
Il a ce foot en lui»
- LUIS CASTRO, ENTRAÎNEUR DE LEVANTE
ET ANCIEN FORMATEUR À BENFICA
14 Apr 2026 - L'Équipe
HUGO DELOM et EMERY TAISNE V. D.
C’est l’histoire d’une passe. Une passe qui, mercredi face à Liverpool (2-0), a fait le tour d’Europe et qui, si elle avait abouti au deuxième but parisien, serait entrée dans l’histoire de cette saison 2026-2027. D’un service poitrine en une touche, sur un renvoi de Matveï Safonov, ou sur cette passedécisive délicieuse pour Khvitcha Kvaratskhelia, Joao Neves (21 ans) a, une nouvelle fois, étalé sa technique peu commune.
Nourrissant cette image, développée depuis son arrivée à l’été 2024, d’un milieu qui, bien au-delà de son volume de courses exceptionnel, dispose d’un talent créatif rare. Dans ses contrôles, ses conduites de balle, certains de ses choix de passe, comme dans ses deux retournés exceptionnels à Toulouse (6-3, le 30 août), tout renvoie chez le Portugais vers une forme d’esthétisme.
Comment est né ce goût pour le beau et cette technique en mouvement si singulière?
De ses quelques heures au musée d’Orsay devant les tableaux de maîtres ? La réalité se situe sans doute ailleurs. Ses journées, enfant, sur les plages de Tavira, dans le sud du Portugal, là où il a mûri ses appuis si forts et où il s’amusait pendant des heures à jouer au foot-volley, on tété contées. C o m m e ces heures au Campus de Poissy ou chez lui à défier sur les tables de teqball, les Nuno Mendes, Vitinha, Gonçalo Ramos ou ses potes d’enfance.
Mais tout cela ne suffit pas à expliquer tout ce que l’on voit. Une technique assez différente finalement de celle de Marco Verratti: « Il est élégant par nature, sans le vouloir vraiment, Joao, il n’en a rien à faire d’être beau, pose-t-on d’entrée dans son entourage. Son seul objectif, c’est d’être utile à l’équipe. Cette passe de la poitrine, on en a parlé ensemble. Il la fait parce qu’il estime que ça va lui faire gagner du temps sur l’adversaire (Jeremie Frimpong), par exemple. Pas parce qu’il voulait se donner un style. Il ne fait pas partie de ces joueurs qui vont faire des virgules, trois crochets ou cinquante passements de jambes. La technique de Joao, c’est de faire des choses simples et efficaces. Mais qui nous paraissent, nous, compliqués (rires). »
Il faut aller plus loin donc pour comprendre cet art du beau sans le vouloir.
« C’est amusant parce que c’est la question que je lui ai posée : comment cela se fait que ta première touche soit si bonne? Et ton contrôle de balle ? D’où te vient cette technique incroyable ? se souvient son entraîneur à Benfica Roger Schmidt. Il m’a répondu que c’est parce que gamin, il jouait à la plage, sur le sable, avec le ballon toujours en mouvement, il ne fallait pas le laisser rebondir, et c’est aussi de là que lui vient cette technique du haut du corps. C’est ça le secret. »
Luis Castro, l’entraîneur de Levante et ex-formateur à Benfica, n’est pas loin de penser à la même chose: « Il a une coordination corporelle exceptionnelle. Il y a plein de sports où il est très fort Joao. Tous ces gestes, tous ces mouvements ont été répétés des milliers de fois. Il y a ça et une part d’instinct. Il prend l’info avant, parce qu’il est très intelligent, mais quand il est sous pression de ses adversaires, il laisse parler son instinct. Et ça crée les gestes dont vous parlez. Il a ce foot en lui. »
L’amour du jeu comme préalable, la thèse est séduisante. Au Campus, comme avant les matches, Neves passe des heures à faire des « brésiliennes » avec ses amis lusophones. Pas un jour, en vacances, sans que l’ancien du Benfica ne se tourne vers le jeu : « Je crois que l’autre explication, c’est qu’il adore jouer au foot, confirme Roger Schmidt.
Rien ne lui importe plus. Au début, quand je l’ai fait monter en équipe première, je l’avais essayé à différents postes, milieu, latéral… Peu importe où il jouait, il était performant. Avec toujours le même plaisir. C’est ce qui se dégage encore de lui. Il est authentique. Il est déjà un footballeur de classe mondiale, et il va encore s’améliorer. » Le Parc n’a pas fini de se régaler de l’esthète de Tavira.
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