WEMBANYAMA À pas de géant
WEMBANYAMA CANDIDAT À TOUT
Sur le banc dimanche contre Denver (118-128), l’intérieur des Spurs a bouclé sa troisième saison régulière en NBA. L’année de l’explosion pour le Français, superstar incontestable, candidat MVP et même candidat au titre avec San Antonio. Des temps de pass
14 Apr 2026 - L'Équipe
SAMI SADIK
Encore une fois, Victor Wembanyama était en civil pour le dernier ballet de San Antonio en saison régulière. Il y a un an, voir le natif du Chesnay sur le banc était un début de thérapie pour toute la cité texane, deux mois après sa thrombose à une épaule synonyme de fin de saison, supplément angoisse. Dimanche, les fans des Spurs ont aussi été rassurés. Ménagé contre Denver (118-128), « Wemby » sera prêt pour le retour des play-offs au Fort Alamo, sept ans après.
Si les hommes de Mitch Johnson sont passés de 34 à 62 victoires, ils le doivent avant tout à l’intérieur des Bleus. D’un premier séisme le 22 octobre contre Dallas (40 points et 15 rebonds en 30 minutes) à sa réplique vendredi toujours contre les Mavericks (40 points et 13 rebonds en 26 minutes), pour son 65e match, synonyme d’éligibilité aux trophées de fin de saison, Wembanyama a changé de statut.
Plus jeune MVP de l’histoire ?
«Il a gagné cette constance des superstars» , résume Frédéric Weis, l’ancien pivot de l’équipe de France, consultant pour RMC et beIN Sports. D’abord murmuré, le nom du pivot des Spurs est entré avec fracas dans la course au MVP, un trophée dont il pourrait être le plus jeune lauréat de l’histoire à 22 ans et quatre mois.
«On a toujours envie que ça aille plus vite avec lui, mais il est en avance sur les temps de passage attendus. La première saison était collectivement catastrophique (22 victoires), c’était normal. Il a manqué la fin de son année 2. Là, il est top 3 MVP, meilleur défenseur de la NBA, son équipe a le deuxième bilan. C’est monstrueux» , poursuit Weis. Au même stade, seuls LeBron James et Kevin Durant alliaient une telle réussite individuelle et collective parmi les superstars depuis vingt ans.
« La première fois que j’ai joué contre lui, je vous ai dit qu’il allait changer la ligue et le basket. Je le pense toujours, il a l’opportunité de devenir le joueur le plus unique qu’on ait vu» , l’a encore adoubé Nikola Jokic (Denver), triple MVP, après un duel épique il y a quelques semaines. Le chemin doré s’était pourtant parsemé de doutes la saison dernière.
65 matches un an après sa thrombose
Et si le corps de Wembanyama l’empêchait de toucher les sommets ? Aprè s u n e s a i s o n à 65 matches et une blessure au mollet bien soignée comme seule ombre au tableau, le vicechampion olympique 2024 a chassé pas mal de nuages. Si le titre de MVP lui échappe, une autre statuette est probablement déjà gravée à son nom : celle de défenseur de l’année.
« Je serais surpris de ne pas le remporter à l’unanimité » , a prévenu l’ex-joueur de Boulogne-Levallois. Un coup de fil à Anthony Davis, victime d’une mixtape presque humiliante le 22 octobre, convaincra les derniers votants récalcitrants. « C’est tellement dur d’attaquer contre lui. Il faut créer de l’espace, mais il couvre une si grande surface », soufflait l’intérieur, la semaine dernière dans le podcast de Draymond Green, avant de qualifier Wembanyama de «cheatcode humain». Avec leur alien sur le terrain, les Spurs sont la défense n° 1 du pays (105,4 points encaissés toutes les 100 possessions).
Mais pour entrer dans la caste des superstars, le nouvel actionnaire de Nanterre a dû hausser le ton en attaque, sans se renier.
«J’ai l’impression de pouvoir passer quatre minutes sans toucher le ballon et de trouver quand même des moyens d’avoir un impact», rappelait-il en cours de saison avant d’insister, fin mars, pour défendre sa candidature MVP: «L’impact offensif ne se résume pas qu’à mettre des points.»
Wembanyama en plante tout de même vingt-cinq par soir, un record pour un Français outre-Atlantique. Ses pourcentages ont peu bougé (51% au global, 35% à trois points), mais la star des Spurs trouve plus souvent la ligne des lancers francs (7 tentatives par match). «Même si ce n’est pas dans ma nature de chercher la faute, c’est le meilleur moyen de punir l’adversaire quand il fait quelque chose qu’il n’est pas censé faire », racontait-il en mars après une victoire contre Detroit.
Une fenêtre de titre déjà ouverte
« Il a beaucoup appris, confirme Weis. Avant, pour le stopper, on mettait un joueur plus petit qui l’impactait au niveau des hanches, mais il a trouvé la parade, il s’écarte, il pénètre, il fait les bonnes lectures. C’est inquiétant pour les adversaires, des fois on a l’impress i on qu’ i l j oue contre des enfants. » Et Wembanyama a surtout emmené les Spurs dans son sillage.
Dès la loterie de la draft 2023, le ton était donné : « Je veux remporter une bague de champion au plus vite, préparez-vous » . Trois ans plus tard, la fenêtre de titre est ouverte avec le deuxième meilleur bilan de NBA. Après des expérimentations parfois rock and roll sur sa saison rookie, le puzzle est enfin en place. «Le principal argument en ma faveur (pour le MVP), ce sont les résultats de l’équipe, c’est toujours le plus important » insistait le Français.
Les résultats en son absence – 12 victoires en 18 matches – confirment la progression du noyau autour de lui, à commencer par l’hydre à trois têtes sur les lignes arrières (Castle, Harper, Fox). Autour, les rôles ont été précisés avec un travail d’orfèvre entre shooteurs (Champagnie), energizers (Johnson) et cols bleus (Kornet).
« Mais le catalyseur, c’est vraiment Victor, martelait l’ancien double MVP et consultant Prime Video Steve Nash à des médias internationaux dont L’Équipe, lundi dernier. Leurs statistiques sont très différentes selon qu’il soit ou non sur le parquet. Il sera peut-être l’un des meilleurs joueurs de tous les temps à la fin de sa carrière.» Pour y arriver, il faudra de nombreuses épopées en play-offs. La première dans quelques jours?
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Le carnet de notes des Bleus
Pas moins de vingt-deux Français, un record, ont joué en NBA cette saison, avec une hétérogénéité des situations, mais un bon nombre de franches réussites, même tardives, ou de jolies surprises.
14 Apr 2026 - L'Équipe
XAVIER COLOMBANI
Reçus avec mention
Les cercles étaient bleus. Parmi les trente pivots titulaires en fin de saison, cinq étaient français, dont deux qui n’étaient pas starters au début, Moussa Diabaté et Maxime Raynaud. Diabaté s’est rendu indispensable à Charlotte par sa présence au-dessus de l’arceau, qui le rapproche d’un Rudy Gobert toujours très rentable à 33 ans (1er à la réussite aux tirs, 68 % ; 4e aux rebonds, 11,5 ; 6e aux contres, 1,6). L’inverse de Raynaud, qui a créé la surprise à Sacramento avec son j eu old school (17,3 points depuis le All-Star Game).
Dans le sillage de Victor Wembanyama, Alexandre Sarr est devenu, dès sa deuxième saison, le deuxième français top scoreur (16,3), rebondeur (7,4) et contreur (2) de son équipe, même si Washington, dernier à l’Est, a été catastrophique.
Enkysté au bout du banc depuis plusieurs années, Ousmane Dieng s’est enfin révélé une fois parti d’Oklahoma City en février (11 points avec Milwaukee), comme Rayan Rupert après avoir quitté Portland (12,2 points avecMemphis). Pas attendu dans la rotation de New York, Mo Diawara n’a pas eu un gros temps de jeu (9 minutes/match) mais l’a bien exploité, au point de disputer plus de 80 % des matches des Knicks.
Ils ont la moyenne
Comme Alex Sarr, Bilal Coulibaly a souffert d’un contexte désastreux à Washington. Sa saison, sans progrès statistique (11,7 points), est déjà terminée, comme celle de deux meneurs, Nolan Traoré, qui a eu des opportunités à Brooklyn (22 minutes/ match), offrant des flashs de réussite (4 matches à 20 points ou plus en 2026), et Killian Hayes. Malgré sa maladresse (30% aux tirs), ce dernier a obtenu à Sacramento ce qu’il tardait à retrouver : un contrat, signé mi-mars.
Pour trois autres Français, il faudra survivre au play-in pour voir les play-offs. À 37 ans, Nicolas Batum pourrait y tirer ses derniers feux, même s’il n’a pas encore pris officiellement la décision d’arrêter après une 18e saison à jouer encore 17 minutes/match. Ses Clippers pourraient croiser la route des Blazers de Sidy Cissoko, une des belles histoires de la saison pour avoir gagné définitivement sa place à Portland dans un rôle d’ energizer. À l’Est, Noah Penda (Orlando) a aussi montré de belles choses, mais sans continuité.
Ils doivent encore convaincre
Atlanta est monté en puissance une fois que Zaccharie Risacher a été déplacé sur le banc des remplaçants. Le résumé est rude mais les faits sont là : il n’a pas, ou pas encore, réussi à s’imposer comme un élément aussi indispensable que son statut de numéro 1 de la Draft 2024 le laissait espérer.
Autre désillusion, celle vécue par Guerschon Yabusele avec New York, même s’il a réussi à rebondir une fois transféré à Chicago (10 points, 5,7 rebonds) en février, dans un contexte moins compétitif. Tidjane Salaün a été titré, mais c’était en G-League ce week-end, puisqu’il n’a pas encore réussi à s’installer dans la rotation de Charlotte en NBA.
Difficiles à juger
Les deux Français draftés le plus hauts l’an dernier ont très peu joué. Noa Essengue (12e choix, Chicago) parce qu’il s’est blessé après deux matches, Joan Beringer (17e choix, Minnesota) parce qu’en apprentissage. Pacôme Dadiet (New York) a le plus souvent été oublié sur le banc. Olivier Sarr (Cleveland), le frère d’Alex, n’a regagné un strapontin qu’en fin de saison. Enfin la surprise du chef, Adama Bal, a joué 30 minutes par match, seulement durant deux semaines dans le foutoir qu’était Memphis en fin de saison.
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