Deux places pour cinq

Alors que la troisième et dernière semaine du Giro démarre aujourd’hui, la bataille derrière Jonas Vingegaard s’annonce sévère. Gall, Arensman, Hindley, Pellizzari et Storer devraient se tirer la bourre pour décrocher les deux dernières places restantes sur le podium.

26 May 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

CERNOBBIO (ITA) – Disséminés autour du lac de Côme, directement en Suisse ou plus tranquilles au nord de Milan, les prétendants au général ont passé la journée à disséquer la dernière semaine et les cinq étapes où le classement peut être bousculé. Ils sont a priori cinq à se disputer la deuxième et troisième place sur le podium derrière Jonas Vingegaard, lancé vers la victoire.

Le Portugais Afonso Eulalio occupe toujours le deuxième rang mais il devrait vite reculer. Reste, dans l’ordre ce matin, Felix Gall (3e), Thymen Arensman (4e), Jai Hindley (5e), Giulio Pellizzari (6e) et Michael Storer (7e). Ils se tiennent tous en moins de deux minutes.

Gall, le mieux placé

L’Autrichien ne fait pas de mystère sur son objectif : il est là pour le podium final et pas pour renverser Vingegaard, qu’il juge trop fort. De tous les prétendants, il est le seul à avoir terminé trois fois deuxième juste derrière le Danois en montagne, ce qui situe son rang dans la hiérarchie.

« La journée de samedi (à Pila) était vraiment difficile, et c’était un test important qui m’a donné beaucoup confiance pour la troisième semaine. Je ne vois pas trop comment battre Jonas donc oui, je suis juste concentré sur moi et sur la bataille pour le podium » , confie Gall. Cinquième du Tour 2025, son meilleur résultat sur un grand Tour, il assume vouloir passer un cap statistique : « C’était l’objectif avant ce Giro et c’est toujours le même. C’est assez serré derrière moi. Ce n’est pas comme si je pouvais jouer. Il faut rester sur ce plan. »

Arensman en terrain inconnu

Très discret médiatiquement depuis le départ en Bulgarie, Arensman a glissé quelques mots sur la ligne samedi, à Pila, alors qu’il venait de connaître une journée plus difficile (6e). « Selon moi, on est encore trop loin de l’arrivée pour parler de podium, a déclaré le Néerlandais, qui pointe pourtant à 13 secondes seulement de Gall.

La troisième semaine sera vraiment très dure… On sait que tout peut changer chaque jour. » Le grimpeur de Netcompany-Ineos s’était totalement relancé lors du contre-la-montre entre Viareggio et Massa (deuxième de l’étape, le meilleur temps de tous les prétendants au général) mais l’enchaînement des cols en troisième semaine va le mettre sous la menace de ses poursuivants. Il devra s’accrocher, peut-être avec l’aide de son coéquipier colombien Egan Bernal (12e).

Hindley, le plus dangereux

Il est le seul de cette liste à avoir remporté un grand Tour et c’était justement le Giro, il y a quatre ans. Sur le podium final également en 2020 (2e), l’Australien est parfois sous-estimé par ses adversaires et il est sûrement l’adversaire le plus dangereux de Gall pour monter sur la deuxième marche du podium. Il y a moins d’une minute entre les deux et Hindley possède la carte Pellizzari pour perturber les autres favoris du général. Sa forme physique avait inquiété à Corne delle Scale le dimanche 17 mai (seulement 9e), mais il a ensuite été troisième à chaque fois derrière Vingegaard et Gall lors des deux grosses étapes, au Blockhaus et à Pila.

Pellizzari à l’affût

« Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont aidé ces derniers jours. Sans elles, j’aurais probablement abandonné et je serais rentré chez moi. » En difficulté la première semaine, touché par un virus et jambes coupées dès que le rythme s’accélérait, le chouchou des Italiens va mieux depuis quelques jours.

C’est une bonne nouvelle pour son équipe et pour Hindley, le mieux placé pour le moment chez Red Bull-Bora-Hansgrohe. Pellizzari va chasser le maillot blanc (porté actuellement par Eulalio), s’accrocher dans chaque montée, et il pourrait alors en profiter pour gagner un rang (voire deux) si Arensman (ou Hindley) connaît un jour sans. « Le Giro n’est pas terminé, je suis content de me battre au côté de Jai (Hindley) » , confiait Pellizzari samedi soir.

Storer en embuscade

Alors que son coéquipier français Mathys Rondel (11e) chasse le top 10, Storer est celui qui possède le moins de garanties en troisième semaine. Bon chasseur d’étapes (deux à la Vuelta en 2021, une l’an dernier à Paris-Nice, une au Tour des Alpes avant le Giro), l’Australien n’a jamais fait mieux que 10e sur un grand Tour, lors des deux derniers Tour d’Italie. 7e à Pila et 9e au Blockhaus, il a fait mieux que limiter la casse mais il devra compter sur des défaillances devant lui pour progresser dans le classement.

***

Vingegaard, imperturbable leader

Le Danois aborde la dernière semaine en position plus que confortable, serein et déterminé à marquer encore un peu plus la course de sa force.

"C’est une course où on sent toute une nation derrière soi"
   - JONAS VINGEGAARD

26 May 2026 - L'Équipe
Th. P.

PADERNO DUGNAGO (ITA) – Le leader du Giro sait sa margeconfortable (2’26” d’avance sur le Portugais Afonso Eulalio et 2’50” sur l’Autrichien Felix Gall) mais il répète que rien n’est joué, qu’un accident est vite arrivé, qu’une chute peut tout gâcher. C’est de bonne guerre, il ne veut énerver personne, mais personne n’est dupe. Sans vraiment forcer, Jonas Vingegaard adéjà mis sa main sur le Giro.

Le Danois sait aussi plaisanter, évoquant la dégustation de vins italiens de toutes les régions traversées qu’il se serait bien envoyée derrière le maillot rose s’il n’y avait pas un autre Grand Tour à gagner. Hier matin, avant d’aller faire sa sortie d’entraînement lors de la journée de repos, au nord de Milan, le leader du Giro a déminé tous les sujets avec confiance et sérénité. « La troisième semaine est de loin la plus difficile de ce Giro», assure-t-il. « Il y a aussi beaucoup d’occasions de gagner, mais comme je l’ai déjà dit, nous allons certainement choisir nos jours. »

Il paraît logique que l’étape de vendredi, considérée comme l’étape-reine du Giro avec celle de samedi dernier dans la Vallée d’Aoste, soit son objectif majeur. Six cols au menu, 4 800 m de dénivelé avec une arrivée à Piani di Pezzè, cela a de quoi aiguiser son appétit. Vingegaard compte déjà trois victoires (Corno alle Scale, Blockhaus, Pila) mais il veut aussi marquer de son empreinte l’édition 2026 en se montrant dans les moments qui comptent aux yeux des tifosi italiens.

« J’ai toujours vraiment aimé courir en Italie », apprécie le leader de Visma-Lease-a-bike. « Courir le Giro est quelque chose de spécial, je m’en rends compte maintenant. C’est vraiment une course où on sent toute une nation derrière soi. » La double ascension de Piancavallo, samedi, où Marco Pantani s’était imposé en 1998, a aussi attiré son oeil. « Je suis presque au top de ma forme » , reconnaît le double vainqueur du Tour de France, qui disserte aussi régulièrement sur sa montée en puissance en vue de la Grande Boucle (4-26 juillet).

La lutte pour le podium, avec des coureurs qui laissent pour la plupart entendre qu’il est intouchable (voir ci-dessus), peut aussi servir ses intérêts, pour courir de manière plus défensive, presque à l’économie. « Je ne pense pas que la course soit terminée avant d’être terminée» , certifie pourtant celui qui pourrait compléter sa trilogie Tour-Vuelta-Giro dans une semaine à Rome.

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