Le Paris SG a-t-il conquis le coeur des Français ?
Des supporteurs parisiens suivent dans un bar de la capitale la demi-finale
retour de la Ligue des champions entre le PSG et le Bayern Munich, le 6 mai.
Magiques depuis deux saisons en Ligue des champions, les Parisiens ont séduit et marqué les esprits. Au point de faire consensus en dehors de la capitale ?
27 May 2026 - Le Figaro
Baptiste Desprez avec Christophe Remise
« Je ne sais pas s’ils ont gagné le coeur de tout le monde, mais le respect, c’est certain. Le pas en avant a été franchi l’année dernière avec l’état d’esprit collectif, la finale somptueuse et cette Coupe d’europe. Le talent a été reconnu » Christophe Jallet Consultant Canal+ et ancien joueur du PSG
« Jamais de la vie vous n’entendrez un vrai supporteur de L’OM dire que les Parisiens nous font vibrer, il ne faut pas rêver. OK, ils jouent bien, OK, ils vont en gagner une deuxième, mais on sera à jamais les premiers, jamais ils ne pourront nous l’enlever » Deux supporteurs marseillais
From page 1 Le 12 mai dernier, les nombreux souvenirs des nostalgiques sont remontés à la surface au moment de « fêter » les 50 ans des Verts de Saint-étienne, iconiques finalistes de la Coupe des clubs champions, battus pour l’éternité à Glasgow, par le Bayern Munich. Un demi-siècle plus tard, si les héros vaincus sont toujours au zénith de la popularité, avec, en bandoulière, une douce mélancolie du temps qui passe, d’autres s’apprêtent à enfiler leur plus beau costume. Pour la plus grande soirée jamais attendue par un club français.
Ce Paris SG version 2025-2026, tenant du titre de la Ligue des champions après sa finale d’anthologie contre l’inter Milan (5-0) l’an passé, s’attaque à Arsenal samedi (18 heures, M6 et Canal+), dans la quête d’une deuxième victoire consécutive dans la plus grande – et plus dure – des compétitions que le football de clubs propose au XXIE siècle. Après avoir déjà marqué l’histoire, la bande de Luis Enrique veut inscrire son nom dans la légende. Et trôner définitivement, sans aucun débat, au sommet des plus grandes équipes au panthéon du football français. Devant les glorieuses anciennes que sont le Stade de Reims de 1956-1959, L’AS Saintétienne de 1976, L’OM de 1993 (finaliste en 1991 à Bari) ou encore le PSG des années 1990 et, dans une moindre mesure, L’AS Monaco, les Girondins de Bordeaux ou le FC Nantes. Une autre époque.
Pour autant, le club parisien détenu par le Qatar, ode au football moderne avec un architecte reconnu mondialement et une équipe où star rime avec collectif, est-il entré déjà dans le coeur des Français? Au-delà de la capitale et de sa banlieue ? Au point même de pénétrer les foyers de tous les amateurs de ballon rond? Éléments de réponse.
Si l’on pose la question aux anciens joueurs du club – pas très objectifs, reconnaissons-le –, le doute n’est plus permis. « Oui, le PSG est entré dans le coeur des Français, plante avec un grand sourire Mamadou Sakho (2006-2013). Tous les amoureux de football aiment allumer leur télé et voir une équipe jouer comme ça, avec beaucoup de qualités, gagner, mais aussi admirer les efforts qui sont faits collectivement. Les victoires ne sont jamais acquises par hasard.»
Réponse plus nuancée du côté de Christophe Jallet, Parisien entre 2009 et 2014, désormais consultant Canal+ : « Je ne sais pas s’ils ont gagné le coeur de tout le monde, mais le respect, c’est certain. Le pas en avant a été franchi l’année dernière avec l’état d’esprit collectif, la finale somptueuse et cette Coupe d’europe. Le talent a été reconnu. On est dans la continuité aujourd’hui, d’autant plus que les gens s’attendaient à ce que Paris soit plus en difficulté. Maintenant, quand on s’habitue à ce qu’une équipe gagne, on commence à la détester. »
Quid du côté des principaux intéressés? Titi du moment, symbole des valeurs de ce PSG et auteur d’une grande saison, Warren Zaïre-emery, 20 ans, a du mal – et on le comprend – à se projeter. « À Paris, tout le monde aime le PSG, souffle-t-il, sans trop s’avancer, préférant se cantonner à la grande couronne plutôt que de s’intéresser aux quatre coins de la France. On essaie de donner la meilleure version de nous-mêmes à chaque match. Dans le stade, tout le monde nous supporte. J’ai connu les sifflets à certains moments, mais, aujourd’hui, même quand on perd, les gens sont derrière nous et nous poussent. On doit être fiers et continuer dans le même sens.»
Après son match homérique contre le Bayern Munich en demi-finale aller de la Ligue des champions (5-4), le club parisien est monté d’un cran dans sa manière d’imprimer la rétine à tous les suiveurs du football. En France comme ailleurs. Fort du talent des Dembélé, Kvaratskhelia, Doué ou encore Neves et Hakimi (pour ne citer qu’eux), le collectif parisien semble avoir encore haussé le niveau cette saison, alors que personne ne le pensait capable d’atteindre un tel degré de plénitude après une saison 2025 historique et sans aucune préparation digne de ce nom dans les jambes. Résultat, après avoir sorti Monaco, Liverpool, Chelsea et le Bayern Munich, Paris s’attaque à Arsenal, champion d’angleterre en titre, à la Puskas Arena de Budapest. Chaleur attendue. Frisson garanti.
« Ce Paris SG est un bouquet de toutes les couleurs, théâtralisait Francis Huster, supporteur de la première heure, dans nos colonnes avant la demi-finale. Pour moi, le PSG, c’est la Comédie-française. Tout le monde joue pour les autres. Il n’y a pas de stars. Ce sont tous de glorieux soldats. » On l’aura bien compris, la machine de guerre créée par Luis Enrique rallie tous les suffrages dans ses contrées, et cela ne surprend personne. Et si l’on s’éloigne de la capitale, qu’en pensent les supporteurs de Nantes, Bordeaux, Toulouse – bastions du football français - ou encore Marseille, l’ennemi juré ?
Abonné à la Beaujoire depuis sept ans et « lassé » des années Kita, avec une relégation en Ligue 2 du FC Nantes cette saison, Jonathan, 32 ans, prend le temps de nous répondre. « J’ai une double lecture sur le fait de savoir si le PSG a conquis le coeur des Français, pose-t-il avec clarté et sans animosité. La lecture club et la lecture équipe. » Et le supporteur nantais, basé à Rennes, de s’expliquer : «Le PSG, avec ses propriétaires qui écrasent un championnat en souffrance, avec de l’argent à n’en plus finir et un président aux multiples casquettes dérangeantes (UEFA, bein Sports, LFP), cela ne m’emballe pas. Après, comment ne pas aimer cette équipe ? C’est la plus belle en termes d’images, moins bling-bling, plus proche de ses supporteurs - et la plus forte quant à la qualité de football sous QSI. À Nantes, terre de football, le “jeu” avant le “je”, on adore ça. Cette équipe de Luis Enrique en est le symbole. » Et de conclure : « Cette équipe peut rentrer dans l’esprit collectif comme la plus grande équipe française de tous les temps. »
Un avis partagé du côté de Bordeaux par Franck, 47 ans, abonné aux Girondins depuis 1999. « Comment ne pas apprécier l’esthétisme du football proposé par ce groupe, plante-t-il sans pour autant être emballé par ce que représente le club de la capitale, qualifié d’“artificiel”. Ça court, ça transpire, ça permute, ça joue au ballon, c’est un régal. » De là à séduire le coeur des Français ? Prudence bordelaise. « Je ne suis pas certain, mais je suis heureux pour les supporteurs de la première heure qui ont bouffé leur pain noir avec des misères sportives, comme nous en ce moment, et prennent un pied fou aujourd’hui, contrairement à certains opportunistes, rétorque le suiveur bordelais. L’époque a changé, les jeunes passent vite à autre chose, le temps nous le dira, mais j’ai des doutes sur l’adhésion du pays hors Paris. Et si ce PSG est amené à durer encore, qui sait si ce n’est pas que le début de l’histoire ? »
Un peu plus au sud, à Toulouse, le sentiment diffère. Question de génération aussi. Ethan, 17 ans, abonné au Téfécé depuis trois ans… avec sa mère, est sous le charme : « J’apprécie cette équipe emballante, collective, valeureuse, jamais battue, belle à voir jouer. À Toulouse, on ne va pas se mentir, le beau jeu n’est pas toujours là. Avec Paris, c’est un plaisir total de les voir jouer. » Et notre jeune supporteur, qui avait peur « de ne jamais voir un club français gagner la C1 », de prendre de la hauteur : «Les Parisiens donnent une belle image de la France, du sport français qui gagne, il est respecté, cela me remplit de fierté. Bien sûr que ce PSG est entré dans le coeur des Français. Dans 10, 20, 30 ans, on en parlera encore, j’en suis sûr. » Dans la Ville rose, le week-end dernier, plusieurs badauds arboraient d’ailleurs fièrement le maillot parisien, avec Khvicha Kvaratskhelia en guest-star.
Dans un récent sondage Odoxa-rtlwinamax, 73 % des amateurs de football disaient avoir une bonne opinion du Paris SG, contre 49 % il y a dix ans. Un chiffre qui ferait grimper au rideau n’importe quel candidat à l’élection présidentielle. Et 49 % des Français ont une bonne opinion du club de la capitale aujourd’hui, contre 34 % en 2016. Bascule. « Le PSG est passé d’un club qui divise à un club qui rascomme semble, décrypte Erwan Lestrohan, directeur conseil Odoxa. C’est une équipe qui s’est rapprochée des Français sur le plan des résultats mais aussi des valeurs : la cohésion, l’engagement, le fait de faire primer le collectif au-delà de l’individu. Que vous soyez Parisien ou non, c’est une équipe que l’on veut voir gagner. » Le spécialiste des sondages apporte toutefois un bémol : « Avec “que” 49 % des Français qui ont une bonne opinion du PSG, ce n’est pas encore un club que l’on peut qualifier de populaire, par le prisme de la capitale, de Paris et de l’argent de ses propriétaires. Les Français aiment bien les histoires où le football est un peu un outil de revanche sociale ou de revanche territoriale. Il y a encore des obstacles. Mais le mouvement de sympathie national existe, personne ne peut le nier.»
Un élan qui se ressent partout en France ? Pas si sûr. Du côté de Marseille, terre hostile par excellence au Paris SG, le sentiment est tout autre. D’ailleurs, aucun supporteur historique ne veut prendre la parole publiquement. «Jamais de la vie vous n’entendrez un vrai supporteur de L’OM dire que les Parisiens nous font vibrer, il ne faut pas rêver », témoigne un fidèle du Vélodrome qui souhaite rester anonyme (« sinon je vais me faire chambrer à vie »). Un autre, la cinquantaine, abonde : « OK, ils jouent bien, OK, ils vont en gagner une deuxième, mais on sera à jamais les premiers, jamais ils ne pourront nous l’enlever. Avec l’argent qu’ils ont, heureusement qu’ils finissent par gagner!» Objectivité ou mauvaise foi ?
De son café à Gardanne dans les Bouches-du-rhône, Bernard Pardo (65 ans, 13 sélections, ex-om, Bordeaux et PSG au siècle dernier), préfère en sourire. « Du matin au soir, je n’ai que des Marseillais ça qui ne peuvent pas dire un mot gentil sur Paris, c’est le folklore et la rivalité, plaisante-t-il en prenant une pause au soleil. Le PSG est la meilleure équipe du monde. Deux fois de suite en finale, deux victoires possibles, mais pincez-vous, bordel, c’est extraordinaire ! » Blessé avant la finale victorieuse contre Milan en 1993 et absent lors de celle, perdue, à Bari deux ans plus tôt, face à l’étoile Rouge de Belgrade (0-0, 3 t.a.b. à 5), «l’aboyeur» marseillais sait de quoi il parle. « Paris est rentré dans le coeur des Français, bien sûr, leur jeu est formidable pour chaque amoureux de ballon. Si tu ne dis pas ça, tu es aveugle ou de mauvaise foi.»
Relancé sur la trace laissée dans l’histoire du football français, le Marseillais à l’accent rempli de soleil lève les yeux, faussement surpris. «On fête encore les cinquante d’une défaite avec les Verts, et vous croyez que dans un demi-siècle, la France ne se souviendra pas d’un PSG qui va gagner deux finales de Ligue des champions? Luis Enrique et ses gars sont des tueurs à gages. Ils ont marqué les esprits et rentreront encore plus dans les coeurs avec un nouveau trophée. La France, l’europe et le monde ne pourront que saluer leur triomphe. »
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