ANATOMIE D’UNE CHUTE

Tout proches d’égaliser dans la série avant le retour à San Antonio, les Spurs se sont liquéfiés jusqu’à laisser filer 29 points d’avance. New York en a profité pour réaliser la plus folle remontée de l’histoire de la finale NBA. Plongée dans une seconde période paranormale achevée dans un Madison Square Garden en fusion.

“On a relâché l’accélérateur (...), 
et il ne faut surtout pas. 
On s’est éloignés de tout ce qu’on avait bien fait''
   - DYLAN HARPER, MENEUR DES SPURS

12 Jun 2026 - L'Équipe
SAMI SADIK

NEW YORK (USA) – Dans les entrailles du Madison Square Garden, l’euphorie et la détresse ne sont séparées que par des rideaux noirs. Mitch Johnson, Victor Wembanyama puis Dylan Harper défilent, visages fermés, dans la tente de conférence de presse des Spurs. Mais les bouts de tissus masquent mal les décibels à quelques mètres de là.

Les danseurs et les cheerleaders de New York ont improvisé une haie d’honneur pour fêter la plus folle victoire de l’histoire des Knicks (107-106, 29 points d’écart effacés). Des employés de la salle fendent la foule, hilares, imités par des V.I.P.: la chanteuse Taylor Swift, qui a enfilé le tee-shirt bleu des Knicks, et RZA, le leader du Wu-Tang Clan, qui s’est produit à la mi-temps dans un concert événement.

Lorsqu’il a pris le micro, Robert Fitzgerald Diggs, son nom complet, était le « highlight » de la soirée pour les fans. La seule justification du prix payé pour arracher une place au match 4 de la finale NBA, alors transformé en boucherie par San Antonio (49-76, 24e). Douze ans après la symphonie des Spurs à Miami – 71 points à 76 % à la mi-temps du match 3 ! – Wembanyama et les siens avaient trouvé leur « beautiful game ». Un raz-de-marée de paniers primés, de domination intérieure du Français et surtout l’impression d’être rentré dans les têtes new-yorkaises, surtout celle de Mitchell Robinson que « Wemby » a fait dégoupiller (coup de coude dans le premier quart-temps).

Les Knicks, habitués des come-back

Dans le vestiaire new-yorkais, à la pause, Mike Brown a peaufiné son discours. « On ne leur a montré aucune image du match. On les a laissés parler entre eux, ensuite, je leur ai dit qu’on pouvait mieux jouer. Je leur ai dit qu’il fallait un brin de chance dans le sport, mais que cette chance, on devait la créer, qu’il restait énormément de temps », raconte l’ancien assistant de Gregg Popovich à San Antonio. La feuille de route est tracée : revenir « à 15 ou 17 points » avant le dernier quart. Ce sera 15 (75-90, 36e). Le Madison Square Garden retrouve de la voix en même temps que Jalen Brunson et OG Anunoby enchaînent les banderilles.

En face, San Antonio démarre une interminable glissade offensive : 30 points en deuxième période à 8 sur 39 au tir avec 9 ballons perdus! « On s’est écartés de ce qui nous a offert nos 76 points avant la pause: mettre de la pression sur le cercle, bien sortir des écrans, trouver des points d’appui dans la raquette. On jouait en reculant, on manquait nos tirs, on n’obtenait plus de lancers francs » , souffle Mitch Johnson.

Wembanyama en tête, les Spurs s’acharnent à trois points et multiplient les tirs forcés, sans rythme, sur un ou deux défenseurs. Revient alors un mot honni chez les Texans : l’expérience. Celle des Knicks, cette fois, passés maîtres dans l’art des retournements de situation comme au match 1 contre Cleveland en finale de Conférence (retard de 22 points comblé ).« On a aussi vécu cette situation deux fois contre Boston l’an passé et on était revenus. Ces expériences nous apprennent énormément et la leçon, c’était de ne pas lâcher. On a toujours une chance si on amène le match à un autre niveau », confiait le pivot Karl-Anthony Towns. Pour la plupart novices en playoffs, les Spurs n’ont pas le même bagage et se sont renfermés sur les mauvais côtés de leur identité: ce jeu rapide à outrance.

Les Spurs à court de rythme en attaque

« Le ballon ne bougeait plus de la même façon. Alors qu’on avait créé des bons tirs, qu’on avait rendus des tirs difficiles moins compliqués avec ce rythme, on n’a pas retrouvé ce flow offensif », soufflait le meneur De’Aaron Fox, auteur de deux pertes de balles évitables en fin de troisième quart-temps. « Ça a commencé avant le dernier quart. Je ne peux pas l’expliquer tout de suite. Ce sont des problèmes d’exécution, de gourmandise. On n’était pas l’équipe la plus affamée en deuxième période » , poursuivait Victor Wembanyama. Un problème d’appétit chronique: les Spurs ont mené de plus de 10 points dès le premier quart de chaque match de la finale, et n’ont qu’une victoire au compteur. Des trous noirs offensifs punis par Brunson, flanqué d’Anunoby et du surprenant Jose Alvarado comme détonateurs. Avec cinq minutes à jouer, Mitch Johnson doit appuyer en urgence sur le bouton temps mort sur un nouveau barrage longue distance signé Anunoby (95-99, 44e). Sans effet. « On a relâché l’accélérateur, tout simplement, et il ne faut surtout pas. On s’est éloignés de tout ce qu’on avait bien fait » , lâche le meneur Harper.

Bien aidés par Fox, auteur d’un lay-up précipité et contré par Anunoby au lieu d’écouler le temps, les Knicks s’offrent la balle de match sur une flèche primée ratée par Brunson devant deux Spurs, dont Wembanyama, mais punie au rebond offensif par ce même Anunoby. Action d’éclat ou gros raté défensif ? « Les deux » , répond l’entraîneur des Spurs, pas exempt de reproches sur les difficultés de son équipe à maintenir son avance.

« Je pense qu’après ça, il y a deux chemins. Un bon et un mauvais. Le mauvais, c’est d’abandonner. Le bon, c’est de devenir plus fort grâce à ça, de se rassembler. Je sais que c’est ce qu’on va faire », a promis Wembanyama. Le match 2 perdu dans un final chaotique – balle perdue du Français sur une passe dans le dos de Stephon Castle – avait laissé une plaie, cicatrisée au troisième opus. Les Spurs ont cette fois soixante-douze heures pour arrêter l’hémorragie avant la suite de la série.

***


Anunoby, nouvelle idole de New York

12 Jun 2026 - L'Équipe
M. Au., à New York.

Après son exploit, il est resté complètement impassible : un rebond offensif titillé des doigts dans le ciel à 1,2 seconde de la fin, assez pour l’envoyer jusque dans le panier et offrir la victoire aux Knicks (107-106). « J'essayais de faire une claquette-dunk ou quelque chose comme ça, mais le ballon est passé au-dessus de ma tête, alors j’ai essayé de le déposer doucement et il est rentré, racontait ensuite OG Anunoby, interrogé sur son flegme au moment décisif. Si l’horloge avait affiché 0:00, j’aurais été plus excité, mais là il restait 1 seconde à jouer, donc je pensais juste à obtenir un stop en défense sur l’action suivante. » Grand introverti, l’ailier britannique de 28 ans restera le héros d’une soirée inoubliable au Madison Square Garden, pour son tir en fin de match mais aussi pour l’ensemble de son oeuvre, celle d’un des rares joueurs réguliers (33 points à 10/15 au tir) des Knicks. Qui ont eu du flair en allant chercher OG Anunoby chez les Raptors en décembre 2023, en échange notamment de RJ Barrett et Emmanuel Quickley. Champion NBA avec Toronto en 2019, Anunoby a explosé ces deux dernières saisons, ajoutant à ses qualités défensives un arsenal offensif impressionnant, capable à la fois de finir de près grâce à son gabarit (2,01 m, 109 kg) et de tirer à 3 points avec une adresse remarquable (47,4 % en play-offs). Les Spurs sont prévenus, leurs adversaires comptent un vrai « OG » dans leurs rangs, un « original gangster » , terme américain qui désigne un vétéran respecté dans son domaine.

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