Gout à l’examen de Lyles
Gout Gout avait terminé 6e du 200 m au
meeting d’Oslo remporté par Letsile Tebogo.
À 18 ans, l’Australien arrive à Ostrava face à l’Américain avec une certaine réputation, mais encore loin d’être confirmée au plus haut niveau. Entre chronos prometteurs et analyse de sa mécanique, le sprinteur de 18 ans intrigue avant ce premier grand test aujourd’hui sur 150 m face au champion olympique.
«Je pense que ce (duel) sera beaucoup plus serré que ce que beaucoup imaginent»
- DYLAN HICKS, CHERCHEUR EN SCIENCES
DU MOUVEMENT À L’UNIVERSITÉ FLINDERS
16 Jun 2026 - L'Équipe
ELOI THOUAULT
Il y a toujours un moment un peu particulier avec les phénomènes de précocité, celui où l’on ne regarde plus seulement ce qu’ils font, mais déjà ce qu’ils pourraient devenir. À Ostrava (Tchéquie, à suivre en direct sur L’Équipe live), sur un 150 m atypique, le jeune Australien Gout Gout (18 ans), nouvelle sensation du sprint, va affronter aujourd’hui Noah Lyles, champion olympique du 100 m en 2024 et quadruple champion du monde du 200 m. Un duel déjà très attendu alors que le palmarès du prodige australien reste encore léger au regard de l’attente qu’il suscite.
Car, il faut le redire, on parle avant tout d’un coureur à peine sorti de l’adolescence. Alors oui, l’étiquette de « nouveau Usain Bolt » colle déjà aux pointes de Gout Gout mais au meeting Oslo, sur 200 m la semaine dernière (6e en 20” 60, +0,2 m/s), on a pourtant vu un gamin un peu débordé. « Si vous regardez les images, ses pieds, à l’impact au sol, partaient des deux côtés, analyse Gerrard Keating, ancien recordman australien du 100 m. Ce n’est pas sa mécanique normale, mais il était sous pression, il en faisait trop, et sa technique s’est dégradée. »
Après ce résultat, un doute a commencé à poindre: est-il aussi fort que sa réputation le laisse penser? Une chose est sûre, à âge égal, Gout Gout avec un record en 10’’00 (+ 0,9 m/s) au 100 m et 19’’67 (+ 1,7 m/s) sur 200 m, n’est pas en retard sur ses anciens disciples, loin de là. À 18 ans, 5 mois et 18 jours – soit l’âge de l’Australien aujourd’hui –, Lyles courait en 20''09 sur 200 m (+ 1,6 m/s). Bolt, au même âge, avait couru en 19” 93 (+ 1,4 m/s) sur 200 m, sans avoir une vraie référence sur 100 m.
De là à imaginer l’Australien tenir tête à Noah Lyles à Ostrava? L’hypothèse existe, mais elle reste pour l’heure peu probable, selon Keating. « Gout Gout terminera probablement trois mètres, peutêtre quatre mètres derrière Lyles, parie-t-il. (…) Les chances qu’il refasse un 19''60 ( sur 200 m) comme aux Championnats d’Australie dans les trois prochaines années sont très faibles. Il descendra évidemment sous les 20 secondes, mais plutôt vers 19” 80, peut-être 19” 70 au plus haut. »
Pourtant, Dylan Hicks, chercheur en sciences du mouvement à l’université Flinders, n’a pas vraiment envie de refermer le débat trop vite. Auteur d’une étude sur l’Australien, il voit le prodige capable de jouer des coudes avec le champion olympique. « Je pense que ce sera beaucoup plus serré que ce que beaucoup imaginent. Parce que Lyles n’a pas un départ exceptionnel par rapport à certains sprinteurs » , glisse-t-il.
Gout Gout accumule moins de fatigue sur la fin
Pour ce chercheur, qui décortique régulièrement les performances de Gout Gout à la loupe, il faut voir plus loin que ce chrono clinquant de 19’’67. Aller regarder ce que raconte vraiment la course, et ce qu’elle dit des qualités du jeune homme pour aller chatouiller Lyles. Et notamment la fin du 200 mètres, là où les jambes commencent à brûler. « Sur la partie 100-200 mètres, Gout Gout fait déjà partie des plus rapides de l’histoire. Il a notamment réalisé un split ( séparation du temps) lancé sur 100 mètres en 9''24, détaille-t-il.
Seuls Michael Johnson, Noah Lyles et Yohan Blake ont réussi à faire mieux, même Bolt était moins rapide sur cette portion. »
Mais au-delà de ce split, c’est le physique de Gout Gout qui intrigue de nombreux spécialistes, avec cette drôle de caractéristique pointée par Hicks, « des tendons d’Achille exceptionnels » . « Contrairement à de nombreux sprinteurs et notamment Noah Lyles, Gout Gout n’a pas cette masse musculaire. Il est très léger et ses membres sont particulièrement fins, explique le chercheur en sciences du mouvement. Cela lui permet de produire davantage d’énergie élastique lorsqu’il entre en contact avec le sol. Mais surtout, il est capable de stocker une grande quantité de cette énergie dans ses tendons et de la restituer très rapidement au moment de quitter le sol. C’est ce qui donne cette impression qu’il rebondit sans cesse. »
En clair, son pied effleure la piste avant de repartir aussitôt. Une qualité rare, qui rappelle parfois « la foulée de Bolt » , selon Keating. « Cette utilisation massive de l’énergie élastique, combinée à la légèreté de ses membres lui permet aussi d’accumuler moins de fatigue » , ajoute Hicks. Comme s’il disposait, dans les derniers mètres, d’une petite réserve cachée. Un supplément d’énergie toujours bienvenu quand il s’agit de tenir tête à Lyles.
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