Le PSG ne quitte plus le toit de l’europe
FRANCK FIFE/AFP - Budapest (Hongrie), le 30 mai. Le Brésilien,
Marquinhos brandit le trophée après la victoire des Parisiens face à Arsenal.
FOOTBALL - Champion d’europe pour la deuxième fois ! Si l’arrivée du Qatar dans le club de la capitale a été un coup de soft power pour ce pays décrié du Moyen-orient, celle de l’entraîneur Luis Enrique a permis aux dirigeants de s’offrir, en plus des titres, un sacré ravalement de façade.
Avec une politique de stars le club est longtemps
passé à côté de ce qui fait les grandes équipes.
1 Jun 2026 - L'Humanité
ÉRIC SERRES
L’image est saisissante! Lors de la remise des médailles et avant de soulever la coupe aux grandes oreilles, l’accolade plus que chaleureuse entre le président de L’UEFA, Aleksander Ceferin, et le patron du PSG, Nasser Al Khelaïfi, a démontré à quel point, à travers le club parisien, l’état qatarien, propriétaire à 70 %, est devenu au fil des années incontournable. Là où les Anglais d’arsenal n’ont eu le droit qu’à une compatissante poignée de main, les Parisiens ont été célébrés plus que de raison. Admiration pour le chemin parcouru ou soft power qatarien définitivement ancré dans la tête des représentants des instances européennes du football ?
Quoi qu’il en soit, après des années de tâtonnements, « de galères et de combats… », en deux saisons, Paris est entré définitivement dans la légende du football français et restera à jamais le premier à réaliser le doublé, n’en déplaise à qui vous savez.
Cette deuxième victoire consécutive du PSG en finale de Ligue des champions, obtenue aux tirs au but face à Arsenal (1-1, 4-3 tab.), permet aussi d’effacer encore un peu plus, l’espace d’une soirée, toutes les scories de ce pays du Moyen-orient, encore très loin d’être un parangon de démocratie.
Après le passage en 2006 du fonds d’investissement américain Colony Capital, le rachat en 2011 par Qatar Sports Investments a été une aubaine tant pour le fonds souverain d’investissement, géré par le gouvernement du Qatar, que pour le club de la capitale, en quête d’une reconnaissance sportive. Il a changé la donne d’un PSG qui se rêvait grand d’europe, mais n’y arrivait pas ou peu. Il a aussi permis à cet État du Moyen-orient d’imposer un soft power des plus efficaces. On en veut pour preuve l’organisation de la Coupe du monde chez lui en 2022.
Mais revenons à la construction de ce désormais grand d’europe. Tout comme Rome, le Paris Saint-germain ne s’est pas fait en un jour. Loin de là ! Ce n’est d’ailleurs pas par le bon bout que Nasser Al Khelaïfi a pris les rênes du club. Avec une politique de stars, parfois sur le déclin, le club est longtemps passé à côté de ce qui fait la force de toutes les grandes équipes, le collectif. Si, au niveau de l’image de marque, Paris se faisait peu à peu une place grâce à ces grands noms achetés à coups de dizaines de millions d’euros, pour ne pas dire de centaines, il ne trouvait toujours pas les moyens de vaincre au-delà de ses frontières. Les entraîneurs de renom se succédaient, les stars européennes et mondiales s’empilaient sans jamais obtenir la reconnaissance sportive attendue.
Et puis à force de tâtonner, le miracle a eu lieu. Il a un nom : Luis Enrique. L’arrivée à l’été 2023 de l’entraîneur espagnol a été de toute évidence le facteur X de ce backto-back que célèbrent aujourd’hui non seulement le peuple francilien, mais aussi une grande partie du pays, à l’exception de Marseille. Le titre de la Provence fait foi : « Rooney, Henry, Özil… le monde du foot crie au scandale après le sacre européen du PSG ».
UNE FORCE DE CARACTÈRE INÉBRANLABLE INCULQUÉE PAR LUIS ENRIQUE
Malgré des débuts difficiles, l’espagnol a su imposer non seulement son style et ses choix tactiques, mais surtout obtenir l’écoute de ses joueurs. L’ancien entraîneur du Barça avait été clair en arrivant en terre parisienne: moins de stars et plus d’équipe. Aidé en cela par Luis Campos, le directeur sportif, il a fait arriver au pouvoir une jeune génération (João Neves, Désiré Doué et tant d’autres) mais aussi sortir de l’ombre un garçon comme Vitinha, longtemps souffre-douleur de Lionel Messi.
Samedi soir, le Paris Saint-germain n’a certes pas donné la même leçon que contre l’inter Milan il y a un an. Point de 5 buts à 0, mais il a su imposer cette force de caractère inébranlable inculquée par Enrique. Bien que menés, les Parisiens n’ont pas cédé à la panique. Ils ont continué à appliquer les préceptes de leur guide, c’est-à-dire jouer, garder le ballon, pour poser la banderille qui fera mouche. Elle a fini par arriver par Kvaratskhelia, fauché dans la surface de réparation anglaise. Un but partout après la transformation de Dembelé. Plus rien ne changera dès lors jusqu’à la fin des prolongations. Puis il y aura ce dernier tir au but raté par le Brésilien Gabriel. Dominer n’est certes pas gagner, mais défendre à outrance n’est pas non plus un gage de succès. L’arsenal d’arteta rejoint donc l’arsenal de Wenger battu par Barcelone en 2006 (1-2). Pour Marquinhos : « Passer de zéro à deux, c’est incroyable. Le coach nous avait dit qu’il était dur de gagner une fois mais que deux c’était encore plus difficile. » Quant à Arsenal, il y avait un air de vingt ans après et toujours pas. « Second again ! » ont chanté des Londoniens qui abhorrent les Gunners.
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Paris est une fête, n’en déplaise à certains
Si encore une fois après la victoire, des incidents ont eu lieu dans la capitale et dans le reste de la France, tout n’a pas été marqué que par des heurts, et ce même si la droite et l’extrême droite en ont fait leurs choux gras.
Il y a eu aussi des casseurs, mais étaient-ce bien tous
des gamins des banlieues si honnies par la droite ?
1 Jun 2026 - L'Humanité
E. S.
Dimanche à la mijournée, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, droit dans ses bottes, - il s’y connaît en matière de décompte d’incidents depuis son passage en tant que préfet de la Ville de Paris lors des manifestations réprimées des gilets jaunes –, a annoncé que 780 personnes avaient été interpellées en marge de la victoire du Paris Saint-germain à travers tout le pays, dont 457 ont été placées en garde à vue. Selon le parquet de Paris, sur Paris intra-muros, 480 interpellations ont été effectuées et 277 personnes ont été placées en garde à vue, dont 82 mineures.
Encore une fois, nombre de médias ont expliqué que la fête avait été gâchée. Sur Cnews, BFMTV, LCI et même France Info, les images de heurts entre la police et les fans du club sont passées en boucle. Sans doute une manière pour eux de montrer que les discours sécuritaires et de discrimination répétés à longueur de journée avaient enfin une justification. Il y a certes eu des incidents, par exemple à République, où les tirs de mortier ont répondu au gaz lacrymogène que les CRS avaient lâché pour disperser les fêtards. Encore une fois, aux alentours du Parc des Princes, aux Champs-élysées, le jeu du chat et de la souris a occupé les forces de l’ordre une partie de la nuit. Il y a eu aussi des casseurs, mais étaient-ce bien tous des Parisiens ou ces gamins des banlieues si honnies par la droite et l’extrême droite qui étaient à la manoeuvre? Bien évidemment, non.
Mais l’extrême droite s’en est donné à coeur joie par la voix de Marine Le Pen : «Il n’y a qu’en France où la victoire d’un club de foot provoque des émeutes », a-t-elle écrit sur X. Dans sa roue, la présidente LR de la région Île-de-france, Valérie Pécresse, a dénoncé quant à elle, sur le même réseau social, « les racailles décérébrées qui se permettent de tout casser, ternissent l’image de Paris et de la France ! ».
C’est oublier bien vite que Paris a aussi été une fête, où les klaxons se sont mêlés aux « Paris, Paris ! ». Dans les bars équipés de télévisions, la jeunesse a laissé libre cours à son enthousiasme pour vivre une belle fin de journée en l’honneur d’un club qui est devenu viral pour beaucoup. A-t-on jamais vu autant de maillots aux couleurs du club? Garçons, filles, mamans, avec des vrais maillots ou des copies, et même des beaucoup plus petits, ont arboré fièrement les couleurs du club. Du jamais-vu! Les maillots du Real, du Barça, de L’AC Milan et de L’OM, rangés définitivement au placard !
Changement de ton dimanche après-midi, côté info ? Ces mêmes chaînes avaient effacé d’un rapide coup d’éponge toutes les images d’incidents pour faire place aux deux bus du PSG rejoignant la capitale afin de saluer leurs supporteurs sur le Champde-mars. Seule exception, Cnews remontrait encore et encore les moments de heurts de la soirée. Chassez le naturel, il revient au galop.
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