Victoire du PSG «Le foot et ma mère, c’est les deux trucs les plus importants»


Près de 90 000 supporteurs s’étaient rassemblés 
au pied de la tour Eiffel pour l’occasion.

NAISSANCE D’UNE LÉGENDE

Au terme d’une finale irrespirable samedi, les Parisiens ont remporté leur deuxième Ligue des champions d’affilée. L’extase pour les dizaines de milliers de supporteurs, sortis tout au long du week-end pour célébrer dans les rues de la capitale.

Le Paris-Saint-Germain a célébré dimanche, avec ses supporteurs, son deuxième sacre d’affilée en Ligue des champions.

«Le Trocadéro tremblait tellement il y avait de monde. 
On a sauté partout, on n’a pas arrêté de chanter.»
   - Mehdy venu de Lyon

1 Jun 2026 - Libération
Par CÉCILE BOURGNEUF

En devenant le premier club depuis le Real Madrid à conserver son titre européen, le PSG est entré un peu plus dans le cercle très fermé des grandes dynasties du football continental et Paris a vécu tout le weekend dans une euphorie géante. Samedi soir, après la victoire du PSG face à Arsenal en finale de la Ligue des champions – la deuxième consécutive du club parisien –, les fumigènes, les klaxons et les chants ont envahi la capitale jusque tard dans la nuit. Le lendemain, au pied de la tour Eiffel, la fête a continué. Des dizaines de milliers de supporteurs du PSG lèvent leurs drapeaux rouges et bleus dans un immense vacarme pour accueillir les joueurs au Champ-de-Mars. «Luis Enrique! Luis Enrique!» scande la foule pendant que d’autres reprennent «Ousmane Ballon d’or !» en référence à Dembélé, l’un des grands artisans du deuxième sacre européen. Les joueurs du PSG arrivent finalement au Champde-Mars avec près de deux heures de retard. Beaucoup de supporteurs ont encore la voix cassée après une nuit quasiment blanche passée à célébrer la victoire parisienne.

Depuis le début de l’après-midi, près de 90000 personnes ont convergé vers les abords de la tour Eiffel pour cette grande célébration populaire organisée sous haute surveillance. Quelque 5 780 policiers et gendarmes et 2 500 pompiers ont été mobilisés autour du site.

BARS BONDÉS ET TERRASSES IMPROVISÉES

Plus tôt dans la journée, place Joffre, dans le VIIe arrondissement, les files s’allongent déjà rapidement avant l’ouverture des accès au Champ-de-Mars. L’ambiance reste largement bon enfant. Des marmots agitent des drapeaux du club sur les épaules de leurs parents pendant que les chants couvrent les consignes des agents de sécurité. «Paris est magique ! Paris est magique !» reprend la foule. Beaucoup portent des maillots floqués Dembélé ou Doué. Ludvina reprend un long «ohhhh oh oh ohhh» de l’hymne du club avec les autres supporteurs avant de s’arrêter quelques secondes, le sourire incrédule. «C’est magnifique, cette victoire, ça fait chaud au coeur.» Samedi, elle a suivi le match à l’hippodrome de Longchamp avant de faire la fête toute la nuit. A côté, Ilyes, venu de Cergy dans le Val-d’Oise, avec sa fille Inès, 11 ans. Il a vécu le match «la boule au ventre» : «On a trop souffert. Maintenant, on respire.» Puis les premiers entrent enfin dans le parc. Juché sur une camionnette, un gendarme tente de remettre un peu d’ordre au mégaphone: «Laissez passer les enfants d’abord!» Les groupes détournent la consigne en chant de supporteurs : «On est des enfants! On est des enfants!» Après les fouilles de sacs et les palpations, la foule s’engouffre vers les pelouses du Champ-de-Mars où des membres du staff distribuent des drapeaux du PSG.

Mehdy, 24 ans, chauffeur de taxi venu de Lyon avec son ami Wassime, 21 ans, était déjà à Paris l’an dernier pour fêter la première Ligue des champions du club. «Pour être honnête, le foot je m’en fous un peu, reconnaît Wassime en riant. Moi, je viens pour l’ambiance.» Mehdy, lui, supporte le PSG «depuis tout petit» et salue la prouesse de son équipe de coeur : «Ils ont fait un match extraordinaire.» Pour lui, cette victoire raconte un changement plus profond du club parisien. «Avant, c’était un peu chacun pour soi, estime-t-il. Maintenant, on sent qu’ils jouent tous ensemble. Même les attaquants reviennent défendre.» Autour de lui, plusieurs supporteurs tiennent le même discours: un PSG moins centré sur les stars, plus collectif, porté cette saison par des joueurs comme Dembélé, Doué ou Hakimi, devenus les nouveaux symboles du club. Tous les deux racontent surtout la foule immense au Trocadéro après la victoire. «Ça tremblait tellement il y avait de monde, raconte Mehdy. On a sauté partout, on n’a pas arrêté de chanter.» Puis il souffle: «Il y a toujours des casseurs qui en profitent pour mettre le bordel, c’est dommage.»

La veille, la finale du PSG avait été suivie partout dans Paris. Dans les bars bondés, sur des terrasses improvisées ou devant des écrans sortis dans la rue pour profiter de la chaleur encore lourde du soir, des milliers de fans se sont massés pour regarder le match. Sous les arbres de la place Henri-Malberg, dans le XXe arrondissement, des habitants ont bricolé leur propre retransmission avec un drap blanc tendu contre la grille d’une épicerie fermée et un vidéoprojecteur installé à la va-vite. L’ouverture du score par Arsenal fait retomber la ferveur d’un coup. Le PSG met du temps à revenir et l’égalisation sur penalty relance toute la place. Les fumigènes ressortent, les chants repartent de plus belle. Puis Paris finit par s’imposer au bout de la séance de tirs au but. Pendant une seconde, la place semble hésiter entre stupeur et explosion avant que tout parte d’un coup. «On est les champions ! On est les champions, On est, on est, on est les champions !» hurle la foule au milieu de la route.

Après la victoire, des groupes entiers ont traversé Paris à pied entre les Champs-Elysées, le Trocadéro, République ou le Parc des princes, souvent sans savoir où aller, juste pour continuer la fête. Des supporteurs s’enlacent au milieu de la route, montent sur les arrêts de bus ou se penchent entièrement hors des fenêtres de voitures, drapeaux du PSG à la main, pendant que les klaxons couvrent les chants dans toute la capitale jusque tard dans la nuit.

Mais la nuit de liesse a viré par endroits aux affrontements et aux dégradations. Selon les chiffres communiqués dimanche par le ministère de l’Intérieur, 780 personnes ont été interpellées, dont 457 placées en garde à vue. 219 personnes ont été blessées, dont huit grièvement. Un jeune homme est mort à la suite d’un accident de scooter sur le périphérique.

«Un des plus beaux jours de ma vie»

Dimanche après-midi au Champde-Mars, l’ambiance reste largement familiale. Au milieu de la foule, Dan, 16 ans, tient un bouquet de roses serré contre son maillot du PSG. «C’est un des plus beaux jours de ma vie.» La veille, il regardait la finale au Parc des princes. «A la fin, c’était l’extase, je n’ai même pas les mots.» Comme il est rentré tard après les célébrations, il n’a pas encore eu le temps de souhaiter la fête des mères à la sienne. «Le foot et ma mère, c’est les deux trucs les plus importants de ma vie», sourit-il.

Face à la scène installée au pied de la tour Eiffel, les pelouses sont désormais presque entièrement recouvertes de fans. Les chants repartent par vagues, les fumigènes se rallument et des milliers d’écharpes et de drapeaux se lèvent au-dessus des têtes. Comme Ludvina plus tôt dans la journée, la foule reprend en choeur les «oh oh oh oh» de l’hymne du club pendant que les héros du jour traversent une longue allée aux couleurs rouge et bleu avant de rejoindre la scène principale. Point d’orgue de la cérémonie : la présentation de la coupe au public parisien. Au pied de la tour Eiffel, le trophée est de nouveau soulevé sous les cris et les fumigènes. Les hommes de Luis Enrique ont ensuite été reçus à l’Elysée par Emmanuel Macron avant une nouvelle célébration dans la soirée au Parc des princes.

En quittant le Champ-de-Mars, plusieurs supporteurs cherchent le nouveau maillot floqué de la deuxième étoile, déjà en rupture de stock. «On attend la troisième l’année prochaine», lance l’un d’eux en tapotant l’écusson du club sur son torse pendant que les chants repartent une nouvelle fois autour de la tour Eiffel. Suite de la page 21 jouent moins ont le sourire et sont prêts à tout donner. Ce soir, ils se sont battus, Gonçalo [Ramos] et [Lucas] Beraldo [qui ne jouent plus ou très peu, depuis février, ndlr]. On a un groupe incroyable.» Ces derniers mois, le vestiaire n’en a pas moins été le théâtre de tiraillements, pour dire le moins. Mais l’équipe a avancé.

Comment se sont-ils sortis du traquenard tendu par Arsenal ?

Irrésistible depuis plus de deux mois, à tel point qu’une équipe aussi référencée que le FC Liverpool n’a pas tant joué la formation parisienne (en quart, deux fois 2-0 pour le PSG) pour la challenger que pour éviter de prendre une rouste, l’équipe de Luis Enrique aura paradoxalement plus grandi lors de sa soirée immensément difficile de samedi que lors des matchs dévalés plein fer contre Chelsea ou même le Bayern Munich en demie. Vitinha, João Neves ou Marquinhos l’ont expliqué en creux, insistant sur la structure d’équipe, la patience et la foi qui les ont laissés dans la partie alors qu’ils étaient au bord du précipice, Declan Rice et consorts leur ayant imposé ce match lent, fermé, à la fois frustrant et physique, que les Londoniens étaient venus disputer.

«On a fait ce qu’on devait faire sur le terrain, a détaillé Marquinhos. On savait que cette équipe d’Arsenal était très forte. On était prêts pour toutes les circonstances de ce match. Nous avons un entraîneur qui nous pousse tout le temps, toute la journée, depuis le premier jour de la rentrée en août. [Luis Enrique] nous a alors expliqué que ça allait être encore plus difficile que la saison dernière, qu’on allait devoir travailler encore plus pour y arriver. Il nous a montré le chemin à suivre.» Les mots du capitaine parisien doivent être contextualisés. L’été dernier, Marquinhos a été le seul joueur du onze sacré à Munich à être mis en concurrence par la direction parisienne, l’arrivée d’Illya Zabarnyi devant le pousser vers le banc.

Le Brésilien a résisté. Zabarnyi joue désormais les utilités. Et Marquinhos incarne à présent mieux que personne cette durabilité qui aura porté les Parisiens vers un second titre en les guidant par vent de face. «Ça a été une saison dingue, a expliqué Vitinha. Beaucoup de haut et de bas… Quand on a commencé la saison, avec le peu de préparation qu’on a eu [le Mondial des clubs, bouclé mi-juillet, les aura privés de préparation foncière, obligeant les joueurs à enchaîner les deux saisons sans plages de repos ou de réathlétisation], c’était 100% sûr qu’on aurait des soucis. On était prêts pour ça. C’est toujours difficile de composer avec ça mais on l’a très bien fait. On a joué plusieurs matchs sans beaucoup de joueurs importants [pour cause de blessures] et même là, on a réussi à être présents. Et on est arrivés sur ce match le plus important de la saison avec presque tout le monde. Finir de cette façon-là, c’est vraiment une fierté. Parce qu’on l’a mérité du début à la fin.»

Le penalty pour Arsenal aurait-il dû être sifflé à la 103e minute ?

«A mes yeux, c’était clair», a déploré l’entraîneur d’Arsenal, Mikel Arteta. De fait, la décision de l’Allemand Daniel Siebert, mystérieusement nommé pour arbitrer cette finale alors qu’il n’a pas été jugé digne d’officier lors de la prochaine Coupe du monde, aura rendu fous les joueurs anglais, Noni Madueke étant passé devant Nuno Mendes quand les deux hommes se sont effondrés de concert dans la surface de réparation parisienne à un moment du match où un but aurait fait basculer la partie. Mais là encore, il faut du contexte. Nuno Mendes joue bien le coup, pesant sur l’international anglais sans pour autant mettre une impulsion franche qui aurait rendu la sanction inévitable. Surtout, les Londoniens se seront aliéné l’arbitre très tôt dans le match, s’écroulant au moindre contact et perdant un temps considérable à chaque remise en jeu pour laisser courir l’horloge sans dommage. Ce qui avait déjà valu un carton jaune au défenseur Cristhian Mosquera et une scène, à notre connaissance inédite, juste avant la mitemps : Siebert a renvoyé les deux équipes aux vestiaires avant un corner anglais, ulcéré par la bonne minute prise par Bukayo Saka avant qu’il ne s’exécute. En pratique, un match n’est jamais jugé comme une succession de séquences indépendantes les unes des autres, mais en continuité. Pour avoir grandi chaque jour qui passe avec cette idée, les joueurs le savent. L’équipe anglaise s’est donc ratée sur l’appréhension globale de l’arbitrage de Siebert, pas une mince affaire à un niveau où deux ou trois coups de sifflet conditionnent souvent l’issue d’un match. Pour autant, l’arbitre allemand avait le droit, pour ne pas dire le devoir si on écoute la presse dominicale anglaise, de penser contre lui-même. Et de conserver une certaine rigueur analytique dans sa perception des situations.

Et maintenant, que vontils faire avec ce statut de doubles champions ?

Le Paris-Saint-Germain aura marqué l’histoire avec un grand H : regroupant les 100 à 150 meilleurs joueurs du monde dans les sept ou huit clubs pouvant prétendre à la victoire finale, la Ligue des champions est conçue comme une entité hypercompétitive, piégeuse, ne pouvant pas (du moins en principe) reconduire un vainqueur d’une année sur l’autre. «On est humbles, on donne tous les uns pour les autres, tout le monde attaque, tout le monde défend, a raconté Vitinha dans un couloir du stade Ferenc-Puskás samedi. On prend beaucoup de plaisir à jouer dans cette équipe. J’espère que ça va continuer comme ça.» L’international portugais décrit une équipe fraîche, dynamique, vibrante. Non seulement la jeunesse mais le spectacle de la jeunesse, traversant son époque en entassant des wagons de buts (24 en neuf matchs par élimination directe cette saison, sans précédent), dans une manière d’élan dont il reste quelque chose quand l’adversaire les éprouve en profondeur comme ce fut le cas samedi : un style, une trace qui feront l’époque, comme les individualités du Real Madrid ou la doxa d’airain imposée par l’entraîneur catalan Pep Guardiola à Manchester City en leur temps.

L’été dernier, Luis Enrique et le directeur sportif de fait, Luís Campos, avaient décidé de reconduire l’effectif à l’identique à un ou deux joueurs près, l’idée étant de laisser une chance à ceux qui avaient installé le club sur le toit de l’Europe de creuser leur sillon. Ce qu’ils ont fait. A un moment où Campos a mis la poussière sous le tapis : toutes les discussions de prolongation de contrat ont été repoussées après la finale de samedi, la direction parisienne ne mesurant que trop les possibles incidences des négociations sur la bonne marche des affaires sportives quand arrivent les matchs qui décident du bilan d’une saison. Aujourd’hui, on y est. Et la politique sportive du club va devoir emprunter un chemin étroit. Si certains joueurs, à commencer par le Ballon d’or Ousmane Dembélé, veulent faire grimper le club aux rideaux et toucher enfin les subsides de leur statut de (double, désormais) champions d’Europe, d’autres vivent mal d’être systématiquement écartés les grands soirs, et la câlinothérapie de Luis Enrique, les soirs de triomphe, n’a pas vocation à les calmer éternellemnt.

Par ailleurs, il n’aura échappé à personne, et surtout pas à l’entraîneur parisien, que les deux greffes opérées l’été dernier, Zabarnyi et le gardien Lucas Chevalier, ont été rejetées plus ou moins consciemment par le vestiaire parisien. Ce qui donne la mesure de la difficulté qu’il y aura à faire évoluer cette équipe. Les prochains défis s’apprécieront en coulisses.

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