LA RÈGLE DES TROIS
Vingegaard rejoint le gotha
Désormais vainqueur du Tour de France, du Giro et de la Vuelta, Jonas Vingegaard a implacablement dominé les trois semaines italiennes. Sa régularité sur les Grands Tours est impressionnante.
«Je suis juste heureux d’être maintenant revenu au même niveau,
ou peut-être même mieux, qu’il y a longtemps»
- JONAS VINGEGAARD, VAINQUEUR DU GIRO 2026
1 Jun 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO
ROME – C’est peut-être parce qu’il était accompagné d’une autre façon que Jonas Vingegaard a souvent paru seul sur les cimes italiennes,maillotrosetellementaudessus des autres, tellement facile et serein mais escorté du souvenir de Jacques Anquetil, Felice Gimondi, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Alberto Contador, Vincenzo Nibali et Christopher Froome. Le Danois de 29 ans a rejoint le clan plutôt fermé des coureurs ayant triomphé au bout de trois semaines en Italie, en France et en Espagne au cours de leur carrière.
« Je suis presque à court de mots, glisse le Danois, qui exagère sûrement un peu. En tant que cycliste, c’est bien plus grand que ce dont j’aurais pu rêver quand j’étais enfant. Gagner les trois Grands Tours est quelque chose de spécial...»
Sous les ors romains et ces confettis roses qui flottaient vers le Colisée, à travers ce filigrane jaune-orangé du soleil tombant au loin derrière la via del Circo Massimo, l’atmosphère était douce au-dessus des frêles épaules d’un coureur qui a conquis cinq étapes du Giro 2026 et écrasé le général tout en baladant un apaisement qu’il n’avait peut-être jamais affiché de cette manière.
Une légitimité déjà difficile à contester
Après sa victoire à Piancavallo samedi soir, il a livré son ressenti : « Peut-être un peu d’incrédulité, même si bien sûr j’étais conscient que c’était réel. C’était juste un très grand moment, j’ai essayé de profiter de tout. L’enthousiasme, le bonheur, un peu de tout ça. Je ne dirais pas que c’était du soulagement mais juste du pur bonheur. »
Le Danois n’aura jamais la toute-puissance tout-terrain de Tadej Pogacar, ni son charisme ni son aura, il n’aura jamais ce magnétisme à la Mathieu Van der Poel, l’assurance et le franc-parler que possède Remco Evenepoel, pas non plus la précocité et l’avenir tout tracé du Français Paul Seixas (19 ans), mais son palmarès est un passeport pour une légitimité difficile à contester. Sa place est déjà haute dans l’histoire de son sport, où il compte deux succès sur le Tour de France (2022, 2023), une Vuelta (2025) et ce Giro 2026.
Sur les Grands Tours, unique obsession qui est aussi son défaut majeur pour les observateurs puisqu’il ne s’aventure pas (encore ?) sur des terrains plus piégeux et tout aussi excitants, il peut se targuer d’avoir terminé premier (4 fois) ou deuxième (4 fois) de ses huit dernières aventures sur trois semaines, entre le Tour 2021 et ce Giro. Il avait seulement terminé 46e de son premier Grand Tour, la Vuelta 2020, à une époque où il apprenait autant qu’il épaulait le futur vainqueur, Primož Roglič, avant de prendre le pouvoir chez Visma-Lease a bike l’année suivante sur les routes françaises.
Le Danois est surtout revenu d’une chute terrible, au Tour du Pays Basque 2024 : fracture de la clavicule, côtes cassées, pneumothorax et perforations aux poumons. Il dira plus tard s’être vu mourir ce jour-là, avoir pensé à tout arrêter lorsqu’il était sur son lit d’hôpital, à un moment où sa femme Trine était enceinte de leur deuxième enfant. Dans le petit camion au sommet de Piancavallo, samedi, en fin de journée, Vingegaard a eu une pensée pour elle, qui l’a finalement fait changer d’avis, et pour ses enfants, disant avoir hâte de les retrouver à Rome pour leur présenter ce maillot rose auquel sa fille tenait tant pour sa si jolie couleur. « Cette chute m’a fait reculer bien plus que je ne le pensais au départ, confie-t-il. Parce qu’il m’a fallu environ deux ans pour revenir au même niveau. Et à ce moment-là, quand je suis tombé, j’étais sur une pente vraiment ascendante.» Cette idée d’une version de Vingegaard qui n’aurait jamais été aussi fort que cette saison est toutefois encore dure à entériner. La concurrence en Italie n’était pas impressionnante, mais il n’en est pas responsable.
« Je suis juste heureux d’être maintenant revenu au même niveau, ou peut-être même mieux, qu’il y a longtemps » , certifie le leader de Visma-Lease a bike, qui avait ressenti cette saison le besoin de fonctionner différemment et de découvrir autre chose. Il a survolé Paris-Nice en mars, le Tour de Catalogne en avril et ce Giro en mai. Mais il sait que seul le Tour en juillet donnera la portée exacte de sa forme, de sa place vis-à-vis de Tadej Pogačar et de quelques autres. En attendant, Vingegaard a remporté les trois Grands Tours qui jalonnent l’histoire du cyclisme. Certains ne l’ont jamais fait, certains ne l’ont pas encore fait, lui si.
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Promesses d’un bel été
Grâce à ses trois semaines sur le Giro, Jonas Vingegaard et son équipe sont persuadés de pouvoir gagner en confiance et niveau en vue du Tour de France.
«Là, je suis presque au top de ma forme»
- JONAS VINGEGAARD
1 Jun 2026 - L'Équipe
Th. P., à Rome
Peut-on dessiner son summer body à grand renfort d’assiettes de bigoli all’anatra, tagliolini al ragù, penne all’amatriciana del mare ou tordelli lucchesi, saupoudrées parfois de parmesan et d’un peu de prosecco de temps en temps ? Il est des questions dont il vaut mieux ignorer les réponses quand arrive le mois de juin, mais Jonas Vingegaard n’a pas ce problème. Le Danois (29 ans) possède une approche différente du commun des mortels et il a dessiné 2026 comme un calendrier où mai était un marchepied pour juillet. Le Tour de France (du 4 au 26 juillet) se voyait à la longue-vue depuis les sommets du Blockhaus, de Corno alle Scale, Pila dans la vallée d’Aoste, Cari (Suisse) ou Piancavallo.
C’est ce qu’a répété le maillot rose pendant trois semaines. «J’ai l’impression de m’être beaucoup amélioré tout au long de ce Giro, assure Vingegaard. C’est pour moi la meilleure préparation pour le Tour.» Armé de données de puissance et de récupération lui indiquant qu’en 2023 et 2025 il avait été plus fort lors de son deuxième Grand Tour de la saison (la Vuelta après le Tour), le Danois –qui veillera à ne pas prendre de poids entre les deux échéances – a cette année inversé l’équation et imaginé qu’il serait meilleur sur le Tour face à Tadej Pogacar (vainqueur en2024 et2025) après avoir effectué le Giro.
En janvier, son encadrement expliquait que le parcours de ce Tour d'Italie-là n’était pas aussi exigeant que certaines années, un argument de plus pour y faire le déplacement avant la Grande Boucle. « Si vous êtes complètement sur les rotules et que vous devez prendre deux semaines de repos avant de pouvoir vous entraîner à nouveau, alors ce ne serait pas une bonne préparation, poursuit Vingegaard. Mais je crois que je ne suis pas sur les rotules. (Sourire.)
J’ai un bon pressentiment en sortant de ce Giro. » « Si je n’étais pas sur le Giro, je serais sûrement en stage d’altitude, je pense que ce serait au moins aussi fatigant et je préfère être en course » , rigolait vendredi son coéquipier Sepp Kuss, habitué à faire plusieurs Grands Tours dans une saison (2 en 2019, 2020, 2021, 2022, 2025 ; 3 en 2023). VismaLease a bike est convaincu que le procédé peut être le même pour son leader. « Je pense que cela peut m’aider à atteindre un niveau supérieur,
C’est ce que nous espérons sur le Tour. Là, je suis presque au top de ma forme. » Sur le Giro, Vingegaard n’a pas dépensé une énergie folle au quotidien, il s’est appliqué à cibler des moments forts pour asseoir sa domination, remporter des étapes et affiner sa forme. Il a lancé des attaques de très loin (10,6 km samedi à Piancavallo) pour travailler son effort entre trente-cinq et quarante minutes mais il a aussi beaucoup pédalé dans la roue de ses équipiers Kuss, Davide Piganzoli, voire de Victor Campenaerts à d’autres moments. Généralement, ses attaques décisives survenaient entre quatre et cinq kilomètres de la ligne, un effort mesuré, d’autant qu’il faisait très rapidement la différence sur ses adversaires.
Une fois le maillot rose acquis au bout de la deuxième semaine, Vingegaard et les siens ont couru de manière plus défensive pour faciliter la récupération. « Bien sûr que ça a un rapport avec le Tour, c’est pour ça que je ne pouvais pas jouer à fond chaque étape. On pense aussi au Tour sur le long terme » , expliquait le Danois lors de la deuxième journée de repos à Paderno Dugnano.
Marc Reef, le directeur sportif de Visma, très proche de Vingegaard, confiait vendredi que ce Giro était bon à prendre sur un plan moral, avec des coéquipiers qui l’ont aidé à se détendre, des découvertes de cols et des paysages que Vingegaard ne connaissait pas forcément et certains, comme le Tessin, où il avait une histoire particulière. La vie en rose en Italie pour mieux voir la vie en jaune en France dans quelques semaines? « C’est le plan, s’obstine le Danois, c’est ce à quoi on croit. »
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1 Jun 2026 - L'Équipe
L. He.
Il lui suffisait de rallier l’arrivée à Rome, hier, pour valider ce beau défi à seulement 22 ans: Paul Magnier repart d’Italie avec le maillot cyclamen du Giro. Vainqueur de trois étapes (1re, 3e et 18e étape), le sprinteur de l’équipe Soudal - Quick-Step a dominé le classement par points avec 200 unités, soit 47 de plus que son dauphin Jonathan Milan (Lidl-Trek), vainqueur de la 21e et dernière étape, hier. Magnier, 11e à Rome, avait acquis une avance suffisante et devait seulement éviter un abandon pour devenir le quatrième Français de l’histoire à remporter le classement du meilleur sprinteur du Tour d’Italie, après Laurent Jalabert (1999), Nacer Bouhanni (2014) et Arnaud Démare (2020, 2022). Après sa découverte du Giro l’an dernier, Magnier confirme son entrée parmi les meilleurs sprinteurs du monde dès sa deuxième participation à un grand Tour. Avec ses deux succès sur le Tour d’Algarve en début de saison, le Français achève son printemps avec cinq victoires au total.
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