Paul Seixas EN HAUT DU TREMPLIN


TOUR DE CHAUFFE

Replonge dans la compétition à l’occasion du Tour Auvergne-Rhône-Alpes, le nouveau nom du Critérium du Dauphiné, dont il est le favori et qui doit le propulser dans les meilleures conditions vers son premier Tour de France.

Seixas, déjà un vieux renard bien rodé qui maîtrise ses émotions et ne dévoile rien d’intime

7 Jun 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

PAUL SEIXAS est le grand favori du Tour Auvergne - Rhône-Alpes (ex-Critérium du Dauphiné), qui s’élance ce matin. Avec en perspective le Tour de France, qu’il découvrira dans un mois. VOIRON (ISÈRE) – La température est vite montée dans la petite pièce où se sont entassés une trentaine de journalistes hier après-midi, à Voiron, et c’était un nouvel indicateur de la fièvre qui accompagne, depuis quelques semaines Paul Seixas, car on n’avait jamais vu autant de monde pour un coureur depuis quinze ans à la veille du Critérium du Dauphiné, nouvellement baptisé Tour AuvergneRhône-Alpes.

Une employée de l’établissement qui héberge la formation Decathlon-CMA CGM est intervenue pour soulager de quelques degrés des carcasses entrées en faisandage, mais l’apparition de la nouvelle coqueluche française a réenclenché le mode ébullition. L’on vit certains brandir leurs téléphones pour prendre photos et vidéos de groupies, une rareté et une incongruité là aussi, un nouveau marqueur de la déraison qui escorte parfois l’explosion du grimpeur lyonnais, comme ces devins en plastique qui essaient de lire son résultat sur le futur Tour de France dans le marc des kilométrages et empilement de mètres de dénivelé positif postés sur les réseaux sociaux.

Lui n’a pas moufté au moment de pénétrer dans ce panier vapeur, confortable dans ses claquettes épaisses comme des pneus, les tempes et la nuque bien dégagées, ses bouclettes sauvages de savant fou et cette veine du front, bien saillante, qui témoignait de l’assèchement de son corps, des nombreuses heures passées en altitude en Espagne, en Sierra Nevada. Mais pas une goutte de stress, pas un signe de nervosité, pas un bafouillement, simplement des mouvements des mains de temps à autre pour ponctuer ses propos, les appuyer.

Seixas est de toute manière un animal à sang froid, à 19 ans, qui se fiche du réchauffement climatique micro-local qui l’entoure. Au contraire, il aggrave même la mousson à chacune de ses sorties par ses résultats. Mais c’est aussi déjà un vieux renard, bien rodé, qui maîtrise ses émotions, ne dévoile rien d’intime quand il est face à un parterre de journalistes, même pas ses joies ou ses satisfactions, tellement il ne profite pas de ses victoires mais passe tout de suite à autre chose.

Hier, il est resté prudent, n’a pas voulu désigner d’adversaire principal, ni trop en dire sur ses ambitions, encore moins se laisser aller au jeu des projections. Il a juste concédé une « impatience » , ce qui en traduction pratique signifie qu’il veut faire du petit bois de la concurrence, et un focus sur ses capacités de récupération entre chaque étape, qu’il espère améliorer dans la perspective du Tour, sur un parcours très montagneux, difficile dès aujourd’hui et jusqu’au plateau de Solaison dimanche prochain, qui figurera une répétition de la Grande Boucle, commelecontrela-montre par équipes mardi.

ll est face à une nouvelle case dans cette trajectoire exponentielle : 
assumer un statut de favori et mettre au fond

Les autres ont parlé pour lui après la conférence de presse. Son directeur sportif Julien Jurdie et son chaperon Aurélien Paret-Peintre ont annoncé que l’objectif de la semaine était la gagne. C’est une aspiration naturelle, en l’absence de ses principaux rivaux pour juillet, Tadej Pogacar qui passe par le Tour de Suisse, Jonas Vingegaard qui récupère de sa victoire dans le Giro et Remco Evenepoel, dans l’inconnu sur les courses par étapes, qui préfère ne pas courir d’ici au grand départ de Barcelone, le 4 juillet.

Et face à un plateau dont la dangerosité est difficile à jauger, car Isaac Del Toro et Juan Ayuso reviennent tous deux de blessure, et même si l’Espagnol a dominé Seixas au Tour d’Algarve, le mois de février paraît désuet comme l’Ancien Régime tant le Français a semblé progresser à chaque fois qu’il est apparu en compétition depuis.

Mais ce statut de favori, il le doit avant tout à ses qualités intrinsèques, à ce début de saison où il a mis le feu partout. Ce Tour Auvergne-Rhône-Alpes est d’ailleurs une nouvelle étape à franchir, différente, d’une autre nature. Après la première victoire chez les professionnels, au Tour d’Algarve, après le premier succès sur une course par étapes World Tour, au Tour du Pays basque, une première semi-classique avec la Flèche Wallonne et un premier duel, les yeux dans les yeux, face à Tadej Pogacar dans Liège-Bastogne-Liège, perdu certes, Seixas est face à une nouvelle case dans cette trajectoire exponentielle: assumer un statut de favori et mettre au fond.

En 2026, le tableau a jusque-là été parfait, sans ratures, et Seixas n’a jamais sous-performé quand il s’est présenté au départ, ce qui est la marque des très grands. Il aura son premier Tour de France en tête cette semaine, mais avant cela, il sait qu’il doit gagner dimanche prochain. Un autre résultat serait considéré comme un accroc, par lui, par les observateurs. C’est avec ce type d’exigence qu’il doit apprendre à vivre, et cela n’a pas l’air de le faire suer.

***


Rivaux d’avenir ?

En l’absence de Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard, Paul Seixas va se mesurer aux relèves annoncées avant lui, Isaac Del Toro et Juan Ayuso. De retour de blessure, ces (ex)-futurs cracks veulent prouver que les promesses ne sont pas déjà périmées.

Del Toro doit prouver qu’il a bien les épaules pour assurer la succession de Pogacar chez UAE

«C’est la personne que tu deviens chaque jour qui importe, 
pas celle qui franchit la ligne»
   - JUAN AYUSO

7 Jun 2026 - L'Équipe
LUC HERINCX

MEYLAN (ISÈRE) - Si Paul Seixas n’a pas voulu « citer exactement qui seront [ses] principaux adversaires » , son chaperon Julien Jurdie va droit au but. « Pour moi, il y a trois équipes au-dessus du lot, on en fait partie et je sais que la bataille sera difficile, anticipe le directeur sportif de Decathlon CMA CGM.

Lidl-Trek a une très bonne équipe avec Juan Ayuso et Mattias Skjelmose, et UAE-XRG évidemment avec Isaac Del Toro et Joao Almeida… Il ne faut pas oublier qu’il y a un an, Del Toro était sur le point de gagner le Giro (2e), et il a fait un excellent début de saison. »

Vainqueur de l’UAE Tour et de Tirreno-Adriatico, le Mexicain (22 ans) a été dominé par Seixas sur les Strade Bianche (3e) en servant Tadej Pogacar. Victime d’une déchirure à la cuisse droite sur une chute au Tour du Pays basque qui l’a contraint à l’abandon, Del Toro n’a encore jamais été battu dans un rôle de leader et à la pédale par le Français, vainqueur du Tour de l’Avenir deux ans après lui. Avant de découvrir le Tour de France dans l’ombre de son mentor Pogacar, le coureur d’Ensenada doit donc prouver qu’il a bien les épaules pour assurer la succession du Slovène chez UAE, qui a aussi courtisé Seixas.

Avant le Mexicain, l’équipe émiratie avait déjà placé ses espoirs en Juan Ayuso. L’Espagnol (23 ans) est parti dans le fracas l’an dernier après quelques beaux triomphes mais aussi des pépins physiques, comme cette année. Pour sa première course avec Lidl-Trek, le coureur de Javea a remporté le Tour de l’Algarve en février en dominant Seixas sur le chrono et l’arrivée punchy à l’Alto do Malhao. « Je croyais que c’était normal de gagner, relativisait-il hier. Mais après Paris-Nice, j’ai passé deux ou trois jours à la maison sans pouvoir bouger et j’ai réalisé que ce n’était pas normal. Dans ces moments, on se rappelle à quel point ce sport est difficile. »

Contraint d’abandonner « la course au soleil » avec le maillot jaune à cause d’une chute sous les intempéries alors qu’il se sentait « dans la forme de [sa] vie » , Ayuso est encore tombé à cause d’un chien à l’entraînement, a subi des problèmes gastriques au Tour du Pays basque (abandon) et été ralenti par un virus printanier qui l’a privé des Ardennaises. « Alors que la victoire était tout pour moi quand j’étais plus jeune, ces dernières années je crois que j’ai réussi à dissocier mon bonheur du résultat, explique-t-il. Maintenant, c’est le process qui m’intéresse. Ce n’est pas le podium du Tour de France le rêve, mais le travail quotidien vers ce podium. C’est la personne que tu deviens chaque jour qui importe, pas celle qui franchit la ligne. »

Le chemin cabossé de cette grande promesse du cyclisme espagnol est une objection aux destins « garantis », ses retours réussis des preuves d’une résilience qui l’a ralenti mais peutêtre élevé. Ayuso ne revient pas de vacances – « je me suis entraîné dur en stage » - mais concède ne

pas avoir « encore le niveau qu'( il) v eut atteindre sur le Tour de France » . Il partage toutefois le même instinct juvénile offensif que Seixas et Del Toro, et il n’aura rien à perdre. « Le cyclisme a changé ces dernières années, donc tous les jeunes débarquent avec cet état d’esprit où si tu as les jambes, bah, t’y vas ! se marre l’Espagnol. On court avec moins de peur ou disons qu’on ouvre plus la course. »

Seixas, lui, s’y attend. « Ça va être un Tour Auvergne-Rhône-Alpes assez ouvert » . Et une course pour la hiérarchie du futur.

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