Une libération
Au pied de la Sagrada Familia, dans les rues de Barcelone,
la Visma-Lease a bike a imprimé un rythme fou pour s’imposer sur la première étape.
VINGEGAARD FRAPPE D’ENTRÉ
Le Tour de France s’est élancé dans la chaleur de Barcelone et Jonas Vingegaard a dominé Tadej Pogačar au terme du contre-la-montre par équipes pour prendre le premier maillot jaune. Un bonheur qu’il n’avait plus connu depuis près de trois ans.
5 Jul 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL ALEXANDRE ROOS
BARCELONE (ESPAGNE) – Qu’est-ce qu’on était bien à débouler, à fond de train les grelots, dans les artères de Barcelone. On grillait tous les feux rouges en toute impunité, un souffle de liberté nous poussait dans le dos, les feuilles cramées par le soleil tourbillonnaient dans le sillage des trains des équipes lancées à toute berzingue, la poussière se levait en grosses volutes, le bleu de la mer, les petits bateaux qui mouillaient en paix au loin, les couleurs chaudes des drapeaux catalans et du monde tout le long.
Cette première gorgée du Tour de France nous réchauffera toujours, même s’il n’y avait pas vraiment besoin de faire grimper le thermostat. Une chaleur ouatée enveloppait les bords de la Méditerranée, où une armée d’extraterrestres avec leurs casques de Dark Vador avait posé son campement et tentait de se rafraîchir avant de se lancer dans l’effort. Mathieu van der Poel et ses équipiers suçaient des Mister Freeze géants, Kévin Vauquelin et ses acolytes trempaient leurs avantbras dans des boîtes en plastique remplies d’eau glacée, Lenny Martinez se promenait en peignoir dans la zone d’arrivée où il venait de prendre un bain rafraîchissant.
Mais avec la première étreinte viennent aussi toujours les premières brûlures du Tour, les chutes, les pannes, les incidents, les éclats d’entrée aux concours de pronostics. On vit ainsi rapidement Warren Barguil connaître des ennuis, Clément Berthet et Guillaume Martin s’accrocher et tomber, Ben O’Connor coincer à 6 km de la ligne et ce pauvre Kévin Vauquelin stoppé par une crevaison à sept bornes de l’arrivée alors que la fusée NetcompanyIneos avançait de sa mécanique fluide et unie, dans laquelle transpirait la culture britannique du contre-la-montre et de la poursuite par équipes. Avec ce pépin, le Français voyait l’espoir de revêtir le maillot jaune s’envoler. Le rêve était pourtant devenu palpable dans les premiers kilomètres, tant les Britanniques chenillaient fort et c’eût été magnifique de voir ce Filippo Ganna, si costaud et si classe dans son maillot tricolore italien, catapulter Vauquelin dans la côte de Montjuic. La crevaison a perturbé tout l’édifice et Ganna échoua finalement à 8 secondes de la gagne. Le Piémontais pouvait bien sûr en être déçu, mais la mésaventure de son équipier lui avait donné une opportunité qu’il ne devait pas avoir dans le plan initial, ce qui atténuera peut-être son chagrin.
Un maillot jaune hautement symbolique
Les Netcompany-Ineos sont tombés face à un autre convoi bien huilé, celui des Visma-Lease a bike. Jonas Vingegaard a été propulsé dans la bosse finale par Matteo Jorgenson puis Davide Piganzoli, pour retrouver le maillot jaune trois ans après sa dernière victoire dans le Tour. Le Danois a ainsi dominé Tadej Pogačar de 12 secondes, mais il n’y a pas encore de leçons à en tirer au-delà de l’exercice spécifique du jour.
La formation du Slovène a beau être impressionnante sur le papier, elle n’a jamais eu le goût du contre-la-montre, de sa méticulosité, de sa précision, contrairement aux Néerlandais. Le double champion du monde a perdu Nils Politt de bonne heure, au bout de seulement huit minutes, ce qui n’a pas aidé, mais il a aussi réalisé le meilleur temps des 3,7 derniers kilomètres, qui englobaient les deux bosses, ainsi que celui de la côte de Montjuic, où il a donc été supérieur, à distance, à son rival danois. Cela lui a valu de s’emparer de la première tunique à pois du Tour, à poisse plutôt, un soir où il aurait pu pour une fois s’épargner de passer par le protocole.
Le maillot jaune de Vingegaard a en revanche une grande valeur symbolique, un peu de lumière après deux saisons où il a enchaîné les galères, frôlé la mort au Tour du Pays basque et subi les brimades incessantes de Pogacar sur les routes de juillet. Le double vainqueur de la Grande Boucle (2022 et 2023) a beau nous agacer parfois sur le vélo, à appliquer à la lettre les plans austères de son équipe, sans la moindre fantaisie, son personnage touche par sa sensibilité, par l’acceptation de ses failles, qu’il embrasse plutôt qu’il ne les cache, par sa pugnacité aussi et on ne peut oublier qu’il a été, depuis cinq ans, le seul véritable résistant à Tadej Pogačar sur le Tour, ce qui nécessite tous les courages. Le voir briller le premier jour de cette édition ne sera peut-être qu’un bonheur éphémère, la douceur du moment ne rendra pas la suite plus facile mais elle le met au moins dans une bonne dynamique.
Les favoris sont là où on les attend
Pour le reste, tout le monde a terminé à peu près là où on s’y attendait. Juan Ayuso a fait un peu mieux que Remco Evenepoel, qui, lui, a remis un petit coup de pression, sur le vélo cette fois, à son équipier Florian Lipowitz, même s’il s’en défendra. Le champion du monde de la spécialité a été plus fort dans la partie finale que l’Allemand, il a donné l’impression de le faire souffrir, même si, après tout, il n’avait pas à l’attendre non plus. Le message est en tout cas clair depuis qu’il est arrivé en Espagne, le Belge n’a pas l’intention, pour l’instant, d’aider son partenaire.
Quant à Paul Seixas, pour sa première dans le grand bain du Tour, il a aussi atterri à une position attendue, à 39 secondes de Vingegaard. Le Français s’est débrouillé seul dans les deux dernières bosses, ses équipiers s’accrochaient à sa roue comme ils le pouvaient mais ils ne lui servaient plus à rien. Il a laissé quelques plumes, mais il va pouvoir passer à autre chose, se libérer après ce baptême et cet exercice si contraignant. Aujourd’hui, le décor sera similaire pour le deuxième volet barcelonais, avec un retour à Montjuic, mais par la côte du Château, beaucoup plus raide et à escalader trois fois. Surtout, Jonas Vingegaard, Tadej Pogačar et tous les autres seront cette fois sur le même ring. Pour le premier combat d’ homme à homme.
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