Le plus fort de l’autre monde


Felix Gall, éternel second de Jonas Vingegaard 
sur ce Giro, dans la montée de Piancavallo.

Dans un Giro surdominé par Jonas Vingegaard, vainqueur d’une cinquième étape hier, l’Autrichien Felix Gall va terminer deuxième du général et décrocher son premier podium dans un Grand Tour.

31 May 2026 - L'Équipe
THOMAS PEROTTO

PIANCAVALLO (ITA)– L’absolutisme de son Giro s’est achevé hier aprèsmidi dans les Préalpes carniques par une cinquième victoire d’étape. Jonas Vingegaard, rose et seul sur un vélo, mettait un dernier coup de marteau à un classement général qui ne vivait déjà plus aucun suspense. À Piancavallo, un homme a pu une nouvelle fois se targuer d’être le plus fort d’un monde où le Danois ne serait pas pris en compte. Felix Gall, éternel second des étapes remportées par Vingegaard sur ce Giro (Blockhaus, Corno alle Scale, Pila, Cari et Piancavallo), montera sauf accident aujourd’hui à Rome sur la deuxième marche du podium.

Un accomplissement pour l’Autrichien de Decathlon-CMA CGM (28 ans), qui n’avait jamais fait mieux que cinquième du général d’un grand Tour, l’an dernier sur la Grande Boucle. « Ce podium veut dire beaucoup, soulignait son coéquipier Oliver Naesen. Il a beaucoup progressé techniquement, et physiquement, il a toujours été très fort. Là, il a encore passé un cap. C’est certainement le meilleur Felix qu’on ait jamais vu. »

Porté par les nouveaux moyens financiers de son équipe depuis plus de deux saisons, Gall a construit une autre route, gommé ou atténué des manques, pour s’affirmer et être régulier. Il y a quelques semaines, il avait appelé Dominique Serieys, le patron de Decathlon-CMA CGM, pour lui affirmer qu’il ramènerait un podium final d’Italie. « Mon objectif est de me battre pour une place sur le podium, c’est ambitieux, confiait

l’Autrichien lundi. C’est la première course de ma carrière où je me bats vraiment pour ça sur un Grand Tour. C’est le scénario de rêve et la prochaine grande étape de ma carrière. » Bien calé hier soir dans une chaise de camping au sommet de Piancavallo, Gall souriait: « C’était à peu près parfait. Je savais que c’était possible. » « Je ne m’attendais pas à avoir un niveau aussi élevé dans les montées difficiles » , a-t-il répété pendant ce Giro. « Avant, j’avais une approche un peu différente, notamment dans mon rapport à mes coéquipiers et mes saisons étaient construites différemment », poursuivait celui qui avait remporté la 17e étape du Tour à Courchevel en 2023.

Un avenir encore incertain chez Decathlon-CMA CGM

« Ce qui lui a permis d’avoir ce niveau-là en mai, ce sont les stages d’altitude, glissait Sébastien Joly, directeur sportif de Decathlon CMA CGM. Il est allé en Sierra Nevada en janvier, il est allé à Teide aux Canaries en mars, plutôt que sur un Tirreno-Adriatico qui n’était pas assez montagneux, et il a fait un dernier stage à l’Etna avant le Giro. Il apprécie énormément l’altitude et il n’a pas perdu d’énergie en course. »

Dans l’ombre, face à l’émergence de Paul Seixas, Gall était accompagné par deux quasi nouveaux. Son équipe est allée chercher l’an dernier Callum Scotson et surtout Gregor Mühlberger cet hiver chez Movistar. Un compère autrichien qui lui fait beaucoup de bien. « Je le connais depuis assez longtemps et c’est vraiment cool que nous soyons coéquipiers cette année, Nous vivons tous les deux à Salzbourg maintenant et nous nous entraînons ensemble en Autriche. Nous avons fait les stages d’altitude ensemble, en janvier nous avons passé un mois ensemble, ça compte vraiment. »

Sur l’aspect purement vélo, « Fefe » et son entraîneur ont également lancé une étude posturale adaptée à sa biomécanique avec des coudes et des genoux moins écartés. La position pour le chrono a aussi été retravaillée, Gall se retrouvant plus haut sur son vélo, plus refermé, les genoux plus alignés (l’image faisait et fait encore parfois le bonheur des réseaux sociaux qui se moquent gentiment delui). Surle contre-lamontre entre Viareggio et Massa, il n’avait perdu que 1’22'' sur Vingegaard. Pas si mal.

L’augmentation du volume en stage l’a rendu sûr de son niveau et Gall, qui adore les jours de forte chaleur comme sur ce Giro, s’est porté à l’attaque à Corne alle Scale pour essayer d’aller remporter l’étape, et n’a pas manqué de durcir le tempo dans la montée vers le Piani di Pezzè vendredi.

Autour de lui, l’encadrement a appris à le gérer, à accepter la présence certains jours de sa compagne à l’hôtel, pour que son moral soit le meilleur possible. En fin de contrat avec Decathlon, son avenir est encore incertain. Il y a un mois, une prolongation semblait se dessiner. Ces derniers jours, un départ était presque entériné. « Je suis si heureux maintenant que c’est fini,

Nous pouvons être très fiers de ce que nous avons fait ici pendant trois semaines. » Il pensait aussi à tout ce qui avait été réalisé avant, pour arriver au plus beau résultat de sa carrière.

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